Jules Vallès

Jules Vallès
Jules Vallès

Journaliste et écrivain français, Jules Vallès — pseudonyme de Louis Jules Vallez — est né au Puy-en-Velay (Haute-Loire) le 11 juin 1832.

Son enfance est malheureuse et pauvre entre une mère bornée et violente et un père sévère, professeur froid et intransigeant. Il l'a décrite avec une émouvante sensibilité dans L'Enfant (1879).

Il fait ses études aux collèges de Saint-Étienne et de Nantes puis monte à Paris en 1848 afin de préparer l'École normale, mais son tempérament combatif ne peut se contenter d'une telle carrière. Le Paris qu'il trouve n'est pas encore calmé de la révolution de 1848. Exalté par l'atmosphère insurrectionnelle qui règne dans la capitale, il complote l'enlèvement du prince-président, ce qui lui vaudra un bref séjour à la prison de Mazas.

Tour à tour journaliste, professeur libre, chroniqueur de Bourse au Figaro, expéditionnaire à la mairie de Vaugirard, il connaît une vie de misère et d'aventures dans la bohème littéraire parisienne de l'époque. Il écrit des poèmes, amasse des ébauches de romans et de drames, mais il lui faut attendre 1860 pour donner sa mesure: son article fameux intitulé Dimanche d'un jeune homme pauvre, paru dans Le Figaro, lui ouvre les portes du succès.

Certes Jules Vallès est un polémiste qui ne fait aucune concession, mais son talent l'impose. De 1861 à 1865, il collabore à La Revue européenne, La Presse, La Liberté et L'Époque. Ses principaux articles sont réunis en 1866 dans Les Réfractaires. Ils révèlent une verve pleine de sensibilité, un réel amour des prolétaires et de ceux qui les défendent. Son enthousiasme épouse entièrement la cause du peuple. Ce n'est pas la pensée d'un théoricien politique, mais une générosité passionnée qui cherche à réveiller les somnolents.

Sa situation s'améliore par sa collaboration à L'Événement. Peut-être l'aisance matérielle adoucit-elle son caractère: ses récits sont moins âpres, mais il demeure un observateur ému des humbles. Il rassemble ses articles de L'Événement dans La Rue (1867). Cette même année 1867, il fonde l'hebdomadaire La Rue et s'y livre en toute liberté à son ardeur de polémiste.

Puis la guerre de 1870 survient. Lors des troubles consécutifs aux défaites de Forbach et Reichshoffen, les antécédents de Jules Vallès le rendent suspect aux autorités et on l'enferme à Mazas. Libéré par la révolution du 4 septembre, il s'affilie à l'Internationale et participe à chaque manifestation de cette époque agitée.

Après la formidable insurrection du 18 mars 1871, l'intense activité qu'il déploie et sa popularité lui valent d'être nommé membre de la Commune. À l'Assemblée, il se borne à prôner la paix et l'entente entre les classes, mais il entrevoit l'issue du conflit et sa colère véhémente communique à son fameux journal Le Cri du peuple un esprit de résistance qui en fait un des chefs de file de l'insurrection. À la fin de la lutte de la Commune, Jules Vallès reste l'un des derniers combattants sur les barricades du XIe arrondissement.

Condamné à mort, il réussit à échapper aux recherches et à gagner Londres. Il y devient correspondant de plusieurs journaux parisiens, dont Le Siècle. Il termine L'Enfant (1879), premier volume de sa célèbre trilogie Jacques Vingtras et rédige le second: Le Bachelier (1881), récit romancé de sa propre jeunesse, de ses luttes, de sa misère. Le troisième tome, L'Insurgé (1886), permet de connaître le climat vibrant de la tragédie de la Commune.

Après l'amnistie de 1880, Jules Vallès regagne Paris. En 1883, il ressuscite Le Cri du peuple qui devient l'organe des revendications les plus violentes. Jusqu'à sa mort à Paris le 14 février 1885, à l'âge de 52 ans, il reste le partisan passionné de la cause du peuple.

Son œuvre, qui a été lue et est encore lue par des générations de jeunes militants humanistes de gauche — voir encore Le Tableau de Paris (1882-83) — et sa vie passionnée en font, malgré ses violences et sa complaisance à se raconter, un des auteurs les plus attachants du XIXe siècle. De sa vie personnelle, il a su tirer une œuvre spontanée et engagée qui touche au plus vif et au plus noble de la sensibilité.

Copyright © Dominique Renardet / La République des Lettres, Paris, lundi 14 octobre 2019. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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