Carl Spitteler

Carl Spitteler
Carl Spitteler

Écrivain suisse d'expression allemande, Carl Spitteler est né à Liestal, près de Bâle (Suisse), le 24 avril 1845.

Issu d'une famille de petite bourgeoisie, il fait ses études au gymnase de Bâle, à Zurich et à l'université de Heidelberg, puis se consacre à l'enseignement.

Pendant huit ans, de 1871 à 1879, il séjourne en Russie, comme précepteur. Rentré en Suisse en 1880, il devient professeur à Berne et à Neuveville. Il travaille également comme journaliste à la Grenzpost de Bâle de 1885 à 1890 et à l'importante Nette Zürcher Zeitung de 1890 à 1892. Un bel héritage lui permet ensuite de mener une carrière d'écrivain indépendant.

L'inspiration et la formation intellectuelle de Spitteler présentent de frappantes analogies avec celles de Friedrich Nietzsche. Les deux hommes sont cependant trop proches pour se comprendre, comme il apparaît dans l'ouvrage intitulé Mes rapports avec Nietzsche (1908).

L'œuvre de Spitteler, écrite dans un style romantique qui peut sembler aujourd'hui un peu vieilli, n'en continue pas moins à dégager dans son ensemble une grande impression de puissance et de noblesse héroïque. Comme Nietzsche, Spitteler veut être un libérateur de l'esprit, et sa doctrine se rapproche fort de celle de l'"amor fati".

La prose rythmique de Prométhée et Epiméthée (1881) ne peut manquer d'évoquer celle de Ainsi parlait Zarathoustra, mais Spitteler a ici une incontestable priorité, puisque son œuvre sort en librairie au moment où Nietzsche commence seulement la sienne. À la même veine appartiennent Extramundana ( 1883), mythes néo-platoniciens de la chute et de la rédemption cosmiques, et surtout le vaste poème allégorique intitulé Printemps olympien (1900-06).

Carl Spitteler veut être avant tout l'homme des grandes épopées. Il considère comme des aspects secondaires de son œuvre les recueils lyriques pourtant charmants que sont Papillons (1889), Ballades (1896) et Chants de la cloche (1906).

Dans son œuvre romanesque, il reste curieusement fidèle à l'esthétique naturaliste avec une nouvelle comme Le Lieutenant Conrad (1898), mais fait vraiment œuvre novatrice avec Imago (1906), violente attaque, totalement autobiographique, contre la société et les traditions bourgeoises. Imago est aussi d'une grande importance pour la recherche psychanalytique par la part qu'elle accorde au domaine du rêve, ce qui est assez peu commun à l'époque. En 1913, Sigmund Freud donne d'ailleurs le nom d'Imago à la première revue psychanalytique qu'il crée.

Parmi les essais littéraires, enfin, on ne peut manquer de citer Riantes vérités (1898). Il est assez curieux de noter qu'en dépit de son inspiration romantique et de ses affinités nietzschéennes, Spitteler a éprouvé fort peu de sympathie pour l'Allemagne, comme il le montre au cours de la Première Guerre mondiale dans son retentissant discours pacifiste sur Notre point de vue suisse.

En 1919, il reçoit le prix Nobel de littérature. À la fin de sa vie, il reprend sa première œuvre poétique, lui fait subir une refonte complète et la republie sous le titre Prométhée le Patient (1924).

Carl Spitteler est mort à Lucerne (Suisse) le 29 décembre 1924, à l'âge de 79 ans.

Copyright © Michel Mourre / La République des Lettres, Paris, mercredi 18 septembre 2019. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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