Ernest Psichari

Ernest Psichari
Ernest Psichari

Militaire et écrivain français, Ernest Psichari est né à Paris le 27 septembre 1883.

Fils du philologue Jean Psichari, petit-fils par sa mère d'Ernest Renan, il reçoit une éducation laïque, scientiste et républicaine dans une maison de la haute bourgeoisie intellectuelle parisienne qui est l'un des centres de l'agitation dreyfusarde. Jeune homme, il partage en tout point les idées de sa famille et suit ses études au lycée Henri-IV où il passe son baccalauréat en 1900.

Avec son ami Jacques Maritain, lui aussi adepte, à cette époque, d'une sorte de socialisme mystique, il collabore aux universités populaires. Dans les couloirs de la Sorbonne, où il prépare sa licence en philosophie qu'il passe brillamment en 1902, il fait des collectes pour entretenir la propagande syndicaliste. Il rêve aussi de devenir écrivain et, dès l'âge de dix-huit ans, publie dans des revues des poèmes d'inspiration symboliste.

Psichari a naturellement lu les œuvres de Renan, mais semble en être moins touché que par les cours d'Henri Bergson au Collège de France et surtout, en 1903, par sa rencontre avec Charles Péguy, lui aussi ardent dreyfusard, mais déçu par l'exploitation politique de l'Affaire à laquelle se livre le parti combiste.

Impatient de se dévouer, de servir, il commence à souffrir profondément du manque de certitudes intellectuelles, et il pressent que le vague idéalisme dont on a nourri sa jeunesse ne l'a pas suffisamment armé pour affronter la vie. Peu après sa vingtième année, une déception sentimentale avec la sœur de Jacques Maritain vient précipiter la crise morale déjà latente. En plein désarroi, Ernest Psichari quitte le domicile familial et fait une tentative de suicide dont il est sauvé par son ami Maurice Reclus. Il exerce ensuite divers métiers — il est même débardeur sur les quais de la Seine —, traînant une vie misérable dans les faubourgs parisiens.

À l'automne 1903, après quelques semaines de repos dans la maison de campagne de ses parents, il prend la décision de s'engager au 51e régiment d'infanterie, cherchant dans l'armée "la force et l'énergie". Il s'éprend dès lors de la carrière des armes avec un enthousiasme qui ne s'éteindra plus, devient caporal puis sergent en 1904. Insatisfait de la vie en métropole, il obtient sa mutation dans l'artillerie coloniale et part au Congo au début de l'année 1906 avec la mission du colonel Eugène Lenfant. De cette expédition coloniale, il rapporte la Médaille militaire en 1908.

La même année, il publie un premier roman intitulé Terres de soleil et de sommeil, couronné par l'Académie française. Rejetant les idéaux pacifistes de sa jeunesse, il s'affirme désormais militariste et nationaliste, entamant une correspondance avec Maurice Barrès et soutenant les idées de Charles Maurras et de l'Action française.

L'École militaire d'artillerie de Versailles l'élève au grade de sous-lieutenant. En 1909, le jeune officier part pour la Mauritanie où il passe trois années fécondes (1909-1912), pleines de faits de guerre et de méditations philosophiques. Ce long séjour dans les solitudes du Sahara, où il commande un groupe de méharistes, lui permet de mener à son terme sa révolution intérieure: le désert agit sur lui à la manière d'un cloître. Il comprend alors qu'il doit faire un pas décisif, "prendre, comme il dit, le parti de ses pères contre son père", et, après avoir retrouvé la France, retrouver aussi la religion de la France, c'est-à-dire la foi catholique. Son dur apprentissage de la discipline du soldat lui donne enfin la certitude morale et l'exaltant sentiment de participer à une longue tradition qu'il avait vainement demandée à ses maîtres de la Sorbonne.

À son retour en métropole, le 15 novembre 1912, Ernest Psichari est devenu chrétien et catholique de tête et de cœur. Il rapporte aussi un livre: L'Appel des Armes (publié en 1913), qui exprime les tendances traditionalistes et nationalistes de la jeune génération. Le 8 février 1913, dans la chapelle du petit séminaire de Versailles, il communie pour la première fois.

Puis, dans les loisirs de la vie de garnison, il écrit Le Voyage du centurion (publié à tire posthume en 1915) où ses nouveaux sentiments religieux et son mysticisme trouvent une magnifique expression. C'est le récit poignant, à peine transposé, de son expérience et de son évolution spirituelle, qui rejoint celle de ses amis Charles Péguy, Jacques Maritain et Henri Massis, tous trois convertis à la même époque.

Sans quitter l'armée, Psichari aspire cependant désormais à une règle plus haute encore. À la suite d'une retraite au couvent dominicain de Rijckholt, en Hollande, il décide d'entrer dans l'ordre des Frères prêcheurs, dont il est d'ailleurs déjà tertiaire. Mais la guerre éclate, il rejoint le 2e régiment d'artillerie coloniale à Cherbourg et combat l'ennemi dès les premiers jours des hostilités.

Le 22 août 1914, Ernest Psichari tombe au champ d'honneur pendant la bataille de Rossignol, près de Virton (Belgique), frappé d'une balle en pleine tête. Il est âgé d'à peine 30 ans.

Moins grand écrivain que figure morale et témoin exemplaire de la "génération sacrifiée", Psichari est surtout apprécié des milieux de la droite chrétienne et nationaliste française.

Copyright © Michel Mourre / La République des Lettres, Paris, lundi 17 février 2020. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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