Guy de Pourtalès

Guy de Pourtalès
Guy de Pourtalès

Écrivain français d'origine suisse, Guy de Pourtalès est né le 4 août 1881 à Berlin (Allemagne).

Descendante de Huguenots émigrés au début du XVIIIe siècle, la famille de Pourtalès compte trois branches, une en France, une autre en Allemagne et la troisième à Neuchâtel, à laquelle appartient le romancier. Des alliances familiales poussent encore des racines jusqu'en Angleterre. L'Europe est donc le terreau dont Guy de Pourtalès va nourrir son œuvre, mais il a choisi la France comme patrie spirituelle, profitant en 1913 de la loi qui permet aux enfants d'émigrés de réintégrer la nationalité française.

Cosmopolite par ses origines et par son éducation qui le mène de Genève, où il passe son enfance, à Neuchâtel, Bonn, Berlin et enfin Paris, où il s'établit et fréquente les milieux de la Nrf, Guy de Pourtalès est resté fidèle aux rives du Léman qui forment le cadre de ses deux romans autobiographiques: Marins d'eau douce (1919) et La Pêche miraculeuse (1937).

Retenu par la guerre en 1939 dans sa demeure d'Etoy, près de Lausanne, c'est là qu'il apprend la mort de son fils, tombé dans les Flandres à quelques kilomètres du lieu où lui-même avait été gazé en 1915.

En apparence, son œuvre est disparate. Des essais littéraires: De Hamlet à Swann (1923), Les Affinités instinctives (1934); trois romans, Montdar (1926) s'intercalant entre les deux transpositions romanesques de sa jeunesse, un récit de voyage au pays khmer, Nous à qui rien n'appartient (1931), et six biographies, genre très prisé dans l'entre-deux-guerres: La Vie de Franz Liszt (1925), Chopin ou le poète (1927) , Louis II de Bavière ou Hamlet-roi (1928) , Nietzsche en Italie (1929), Wagner, Histoire d'un artiste (1932) et Berlioz et l'Europe romantique (1939). À cela s'ajoutent de nombreux articles et les conférences qu'il a données dans plusieurs pays. L'écrivain a cependant lui-même groupé ses différents livres sous le titre général de L'Europe romantique, englobant dans une même réflexion sur le XIXe siècle finissant — qui pour lui s'achève en 1914 — les vies des grands hommes et sa propre jeunesse.

La Première Guerre mondiale marque pour Pourtalès la fin d'un type de société et d'un monde de valeurs, parmi lesquelles il privilégie la reconnaissance du génie et de l'individu. S'il se tourne vers les compositeurs, c'est parce que la musique représente pour lui le langage de l'âme qui permet d'accéder à la transcendance. Bien qu'il ne porte pas d'intérêt aux bouleversements sociaux qui secouent l'Europe au début du XXe siècle, il demeure attentif aux menaces politiques qui se lèvent avec la montée des fascismes: homme de bonne volonté comme Jules Romains ou Roger Martin du Gard, il tente, dans La Pêche miraculeuse, dont le héros s'engage dans le conflit, de dénoncer le danger des nationalismes.

Très française par la pureté classique de son écriture, l'œuvre romanesque de Guy de Pourtalès est profondément suisse romande dans sa sensibilité. Marins d'eau douce, récit d'une enfance privilégiée à Genève et dans une campagne du bord du lac, narre les découvertes et l'éveil à la musique d'un jeune garçon pour qui le lac est source d'exploits sportifs aussi bien que de révélations profondes.

Le héros de Montclar est un frère lointain d'Adolphe ou de Barnabooth, désinvolte et raisonneur, incapable de choisir entre deux femmes. Il évolue entre Paris et une province non localisée mais qui ressemble beaucoup à la Suisse romande par les valeurs morales protestantes auxquelles se réfèrent les personnages. Le ton cynique des analyses de Montclar rappelle celui de Benjamin Constant, dont Pourtalès était l'arrière-arrière petit neveu et avec lequel il se sentait en affinité.

La Pêche miraculeuse, qui obtint le grand prix du roman de l'Académie française, est l'un des meilleurs tableaux de la société genevoise du début du XXe siècle. Les derniers représentants de familles privilégiées dont les fortunes se défont côtoient des banquiers au calvinisme autoritaire et terroriste, des jeunes femmes qui s'émancipent au grand scandale des leurs et un milieu interlope d'anarchistes et de réfugiés russes qui préparent un monde meilleur. Les rencontres, les amitiés et les amours du héros, jeune pianiste, sont pour l'écrivain prétexte à brosser une fresque vivante et contrastée où la tendresse n'exclut pas la critique. Le roman est à la fois la somme des expériences de l'auteur et un testament spirituel. Au moment où la violence déferle à nouveau, Pourtalès défend la vision d'une Europe fondée sur un patrimoine culturel commun et sur des valeurs spirituelles dont il sait qu'elles sont menacées. L'histoire s'achève en effet sur la fondation de la Société des Nations, espoir d'une «nouvelle terre» déjà démenti par les événements qui accompagnent la rédaction de l'œuvre.

Les deux textes parus à titre posthume: les mémoires de l'écrivain, Chaque mouche a son ombré (1980) et le Journal 1919-1941 (1991), expliquent sa personnalité, commentent son travail et sont à leur manière un tableau révélateur d'une époque et d'une société disparue.

Guy de Pourtalès est mort le 12 juin 1941 à Lausanne (Suisse), à l'âge de 59 ans.

Copyright © Françoise Fornerod / La République des Lettres, Paris, lundi 14 octobre 2019. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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