Joséphin Péladan

Joséphin Péladan
Joséphin Péladan

Écrivain français, Joseph-Aymé Péladan, dit Joséphin Péladan, est né à Lyon le 28 mars 1858.

Issu d'un milieu de militants légitimistes et catholiques méridionaux hauts en couleur, il s'installe à Paris en 1881 et s'attaque violemment dès ses premiers articles à la peinture réaliste et académique. Promouvoir l'«art idéaliste et mystique» d'un Gustave Moreau, d'un Puvis de Chavannes, lui semble le meilleur moyen de lutter contre la «décadence»: si Dieu parle par la beauté des chefs-d'œuvre, si l'Église n'est plus administrée que par des prélats républicains, l'artiste sera le prêtre de l'avenir, le musée deviendra temple…

Son premier roman, Le Vice suprême (1884), que préface Jules Barbey d'Aurevilly, inaugure la vaste série de La Décadence latine, vingt et un volumes où Joséphin Péladan prétend égaler La Comédie humaine d'Honoré de Balzac dans une vaste fresque épico-romanesque des moeurs contemporaines. On y trouve déjà les éléments autour desquels s'organisera sa carrière: goût prononcé pour l'«autoglorification» qui le fait se magnifier dans ses héros, obsessions érotiques, occultisme, enfin la verve lyrique et l'humour très particulier qui caractérisent son style.

Participant au «renouveau occultiste» de la fin du XIXe siècle, il fonde en 1888 avec Stanislas de Guaita un ordre kabbalistique de la Rose-Croix. Mais à dater de 1890 son militantisme personnel s'intensifie: il prétend descendre de mages chaldéens, prend le titre de Sar, «excommunie» dans ses «mandements» aussi bien Émile Zola que Mme de Rothschild, allant jusqu'à sermonner le cardinal Rampolla, premier secrétaire du Vatican…

Ces excentricités amusent Paris mais ne sont pas du goût de Guaita: exclu de la Rose-Croix kabbalistique, Josephin Péladan fonde alors la Rose-Croix catholique, fondée pour lutter par l'art contre le matérialisme. Il poursuit sa bruyante campagne, organisant de 1892 à 1897 des expositions d'art wagnéro-symboliste et prêchant dans ses traités de L'Amphithéâtre des sciences mortes (six volumes) une philosophie originale. Dans Comment on devient fée, érotique (1893), qui fait suite aux enseignements altiers de Comment on devient mage, éthique (1892), il assigne à la femme le rôle «providentiel» de prostituée sacrée au service des «œuvres de lumière»…

Incompris, déjà déçu, il épouse en 1895 une aristocrate, se range; mais divorce en 1900, se remarie l'année suivante plus modestement, devient un critique d'art nostalgique du préraphaélisme et fermé à toute innovation: il s'en prend dans ses chroniques au Salon d'automne, à Henri Matisse, à Pablo Picasso, à Georges Rouault comme jadis à Gustave Courbet. Sa haine pour la civilisation contemporaine englobe aussi bien les cafés, les grands magasins, l'armée, l'université, le clergé,… Les remèdes qu'il propose sont la religion romaine et l'aristocratie de l'intelligence.

L'occultisme occupe une place privilégiée dans son esprit. La magie pratique fournit à ses livres des embellissements (scènes de magnétisme, de sortie de corps astral, etc…) et l'ésotérisme inspire la plupart de ses concepts (théorie de l'androgyne, constitution ternaire de l'homme, genèse de l'aristocratie humaine, de la femme et de l'amour, etc…). D'une manière générale, le sens de son oeuvre apparaît comme le fruit de sa vision mystico-occultiste du monde, agrémenté de certains traits de sensibilité «fin-de-siècle» et de scènes érotiques traversées par l'obsession du vice.

En 1904, sa belle tragédie, Sémiramis, est représentée avec succès aux arènes de Nîmes. Ses contemporains l'oublient pourtant. Au long des derniers romans de La Décadence latine, ses héros ne cessent d'exprimer sa propre amertume: Un regain d'exaltation le précipite à partir d'août 1914 dans une littérature «antiboche» et lui dicte un «catéchisme» du «surhomme chrétien» ainsi qu'une Grande prière médiévale aux anges, aux trônes et aux dominations pour la victoire de la France…

Joséphin Péladan meurt à Neuilly-sur-Seine le 27 juin 1918, victime d'une intoxication alimentaire, à l'âge de soixante ans.

Le Vice suprême

Copyright © Christophe Beaufils / La République des Lettres, Paris, mardi 16 octobre 2018. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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