Charles Robert Maturin
Charles Robert Maturin

Romancier et dramaturge irlandais, Charles Robert Maturin est né le 28 septembre 1780 à Dublin (Irlande).

Il est le dernier des six fils d'un fonctionnaire de la poste irlandaise. Issu d'une famille protestante aisée (son trisaïeul huguenot, Gabriel Maturin, avait fui la France après la révocation de l'Édit de Nantes), il connaît une jeunesse heureuse.

En 1795, il entre à Trinity College où il suit des études théologiques et obtient les diplômes de Bachelor of Arts et Master of Arts. Il choisit la carrière religieuse sans réelle vocation, est ordonné dans l'Église anglicane en 1803 et, peu après, épouse Henrietta Kingsbury, fille du pasteur de Kildare. Après un bref séjour à Loughrea, dans le Galway, il est heureux de revenir à Dublin comme vicaire de Saint Peter: il y demeurera jusqu'à sa mort, écarté de toute promotion par ses supérieurs arminiens en raison de ses opinions calvinistes. Si le mariage est sans nuage, les difficultés financières assaillent très vite Maturin. En 1809, son père est congédié et se trouve démuni. Charles Robert ouvre alors une pension et prépare des étudiants aux examens de Trinity College.

Dans l'intervalle, influencé par les romanciers alors en vogue, il s'est lancé dans la littérature en écrivant des récits d'aventures et de terreur. Il publie La Famille de Montorio ou la Fatale Vengeance (1807), roman "gothique" publié à compte d'auteur sous le pseudonyme de Dennis Jasper Murphy, comme son second livre, Le Jeune Irlandais (1808). Ils sont suivis de Connal ou les Milésiens (1812) et d'Eva, ou Amour et Religion (1818) où se fait sentir l'influence du Corinne de Germaine de Staël. Ses romans compte chacun trois ou quatre volumes et connaissent des succès de librairie divers.

Voyant le succès remporté par une pièce de son compatriote Richard Lalor Sheil, Adélaïde ou les Émigrants (1814), Maturin, avant tout orateur, se tourne vers le théâtre. Bertram ou le Château de St. Aldobrand (1816), sa première pièce, acceptée à Drury Lane grâce à Walter Scott et lord Byron, est un succès en raison de ses qualités propres et de l'interprétation d'Edmund Kean dans le rôle principal.

Pourtant Maturin est poursuivi par les ennuis d'argent, auxquels s'ajoute un profond désarroi psychologique. Polémiste anti-catholique, adversaire déterminé de l'union anglo-irlandaise, il reçoit l'aide de lady Morgan et, une fois de plus, celle de Walter Scott. Mais il dépense sans trop compter, et ce que lui rapporte Bertram sert à régler les dettes d'une personne pour qui il s'est porté garant.

Manuel (1817) et Fredolfo (1819), ses deux tragédies suivantes montées à Londres, sont des échecs dont la responsabilité incombe au moins en partie au jeu désinvolte des acteurs. Une autre pièce, Osmyn le Renégat, ne sera jouée qu'en 1831, après sa mort.

En 1818, il publie un nouveau roman historique de terreur et de mystère, Pour ou contre, ou Les femmes, sur les moeurs de la société calviniste qu'il connaît bien.

En 1820, paraît son livre devenu depuis le plus célèbre, l'étrange Melmoth, ou l'Homme errant, qui marque l'apogée du genre gothique inauguré en 1764 par Le Château d'Otrante d'Horace Walpole. Le personnage principal du roman offre un curieux composé de Faust, de Méphistophélès, du juif errant et du Prisonnier de Chillon, qui, après avoir signé un pacte avec Satan, vit 150 ans d'aventures en tous genres. Cet authentique chef-d'œuvre, dans la ligne de l'école romanesque fantastique incarnée notamment par Horace Walpole (Le Château d'Otrante), Ann Radcliffe (l'Italien) et George Lewis (Le Moine), renouvelle le thème faustien de la révolte et de la soif de connaissance, et la destinée de l'homme errant préfigure à la fois les interrogations métaphysiques et les banqueroutes intellectuelles de la littérature contemporaine. Honoré de Balzac en fait l'éloge lors de sa parution en France en 1821.

Son roman historique Les Albigeois, publié en 1824 et consacré à la Croisade des Albigeois, s'inspire également des romans historiques de Walter Scott avec qui Maturin entretient une correspondance régulière.

Maturin publie aussi deux volumes de sermons: Sermons (1819) et Cinq sermons sur les erreurs de l'Eglise catholique romaine (1824), ainsi qu'un recueil de poèmes de jeunesse, Verse (1821).

Miné par les soucis d'argent accrus par son imprévoyance naturelle, blessé par l'indifférence ou l'hostilité des critiques, Charles Robert Maturin meurt empoisonné accidentellement le 30 septembre 1824, à l'âge de 42 ans, pleuré par une femme et des enfants qu'il chérissait. Walter Scott promet d'établir une édition complète de ses œuvres, mais la faillite des éditions Constable (l'éditeur écossais habituel de Maturin) et ses répercussions sur la maison Ballantyne l'empêchent de mener à bien son projet.