Pierre Louÿs

Pierre Louÿs
Pierre Louÿs

Poète, romancier et conteur français, Pierre Louÿs — pseudonyme de Pierre-Félix Louis — est né à Gand (Belgique) le 10 décembre 1870.

Son père, Pierre-Philippe Louis (1812-1888), avocat à Dizy, près d'Épernay, est le petit-fils du baron Louis, haut fonctionnaire de l'Empire, puis pair de France. D'un premier mariage, avec une demoiselle Blanchin, il a eu un fils, Georges, futur ambassadeur à Saint-Pétersbourg (1847-1917). Sa seconde femme, Claire-Céline Maldan, morte en 1879, lui donne deux fils: Paul, mort en 1884, et Pierre, dont l'éducation est confiée à son demi-frère, ainé de vingt-trois ans. La mère de Pierre Louÿs est la petite-fille de Louise Junot, sœur du duc d'Abrantès, et du docteur Sabatier, médecin de Napoléon et co-fondateur de l'Institut.

Après avoir suivi jusqu'à la rhétorique les cours de l'École alsacienne, Pierre Louÿs entre en philosophie au lycée Janson-de-Sailly, où il a pour condisciples Maurice Legrand (futur Franc-Nohain) et Marcel Drouin (futur beau-frère d'André Gide). Il se lie d'amitié avec André Gide, alors élève au Lycée Henri-IV.

Il couvre des cahiers d'écolier de strophes chargées d'un très naïf romantisme. Puis son originalité commence à se manifester après avoir fait la connaissance de Paul Valéry à Palavas, aux fêtes du sixième centenaire de l'université de Montpellier. Il fait beaucoup pour les débuts de cet autre poète, resté son ami le plus cher et le plus fidèle. La Conque, revue de luxe, est en grande partie fondée pour le plaisir et l'honneur d'imprimer les premiers poèmes de celui-ci, à côté des siens qu'il regroupe deux ans plus tard sous le titre d'Astarté.

En 1890, Louÿs est présenté à Stéphane Mallarmé, puis à José-Maria de Heredia. Ses premiers vers d'une certaine valeur, L'Effloraison, sont publiés dans La Revue d'aujourd'hui dirigée par Rodolphe Darzens.

Au retour d'un voyage à Bayreuth et d'un pèlerinage à la Grande-Chartreuse, Pierre Louÿs se mêle vraiment au milieu symboliste, tant belge que français, collabore à La Wallonie fondée par Albert Mockel, à La Revue blanche, au Mercure de France et au Centaure, la belle publication d'Henri Albert, qui insère ses magnifiques sonnets des Hamadryadesà côté de La Soirée avec M. Teste (1890-1896).

À partir de 1892, Louÿs commence à écrire en prose, avec une traduction des Poésies de Méléagre, les récits lyriques de Léda, d'Ariane, de La Maison sur le Nil, enfin les extraordinaires Chansons de Bilitis, un de ses chefs-d'œuvre et l'un des plus heureux spécimens de poèmes en prose jamais conçus en langue française.

Lors d'un séjour à Londres en compagnie d'Oscar Wilde, dont il corrige la Salomé écrite directement en français, il trace la première ébauche, en vers, d'Aphrodite, le roman qui consacrera sa réputation, et dont le premier chapitre fait, l'année suivante, l'objet d'une plaquette intitulée Chrysis ou la Cérémonie matinale. Achevé à Lapras, chez A.-Ferdinand Hérold, Aphrodite paraît d'abord dans le Mercure de France, sous le titre L'Esclavage. Puis Alfred Vallette accepte de l'éditer à compte d'auteur. Mais un article dithyrambique du Journal, signé de François Coppée (à qui Georges Louis, inquiet des audaces de son frère, l'a signalé) fait soudain la fortune de ce roman de «mœurs antiques», d'apparence frivole et libidineuse, et qui en réalité peint le tourment, le drame sans remède d'une adolescence passée à la recherche de l'amour vrai. Cet amour, Pierre Louÿs en fait alors, depuis trois ans, l'expérience jusque-là triomphale et nourrie d'espoir. Cette passion très haute et longtemps partagée s'achève en 1898 sur les stances de L'Apogée, incorporées plus tard au Pervigilium Mortis puis au roman posthume de Psyché.

Cette même année 1898 voit paraître un second récit, La Femme et le Pantin, plus puissant et plus direct qu'Aphrodite, mais qui ne fait qu'en confirmer le pessimisme: une nouvelle Carmen, moins amère et dépourvue de sécheresse. Faut-il attribuer à la fois à l'explosion imprévue d'Aphrodite et à la faillite du seul amour de sa vie la brusque stérilité dont est frappé, avant sa trente-cinquième année, un créateur aussi précoce? Ce n'est pas que les quelques autres ouvrages qui se succédèront de 1899 à 1906 soient du tout négligeables: ainsi les pages savoureuses ou profondes des Aventures du roi Pausole, de Byblis, de L'Homme de Pourpre, de Sanguines et d'Archipel, amis le fait est qu'à partir de cette dernière date, l'un des plus vastes et féconds cerveaux de son temps ne se manifeste guère que par des travaux d'érudition et d'exégèse, dont il ne met au jour que des fragments, et par des échanges de correspondance avec Georges Louis et quelques amis demeurés sûrs et généreux: Paul Valéry (qui écrit alors La Jeune Parque), André Lebey, Gilbert de Voisins, Claude Debussy (qui avait jadis exécuté l'acte I de Pelléas chez lui), Claude Farrère, Fernand Gregh…

À partir de 1914, Pierre Louÿs, séparé de sa femme Louise de Heredia, épousée en 1899, se retire dans la solitude du hameau de Boulainvilliers. Il y vit dix ans dans la méditation. Une certaine nuit de novembre 1916, il retrouve, dans un tiroir resté clos depuis 1899, une ébauche oubliée du Pervigilium Mortis. C'est alors qu'il met au point son grand poème, en même temps qu'il compose Islhi et Poétique. Mais bientôt sa santé, qui a déjà subi les assauts d'une mauvaise hygiène, d'insomnies et d'excès de lectures, décline jusqu'à la paralysie et une demi-cécité.

Pierre Louÿs meurt à Paris le 6 juin 1925, à l'âge de 54 ans.

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