Albert Londres

Albert Londres
Albert Londres

Journaliste et écrivain français, Albert, Jean, Marie Londres est né le 1er novembre 1884 à Vichy (Allier). Son père, Jean-Marie Londres, d'origine gasconne est chaudronnier.

Il fait ses études au lycée de Moulins puis, en 1902, part à Lyon pour travailler comme comptable à la Compagnie Asturienne des Mines. Passionné de poésie et de théâtre, il envisage sérieusement de devenir écrivain et décide en 1903 de monter à Paris où il retrouve ses amis lyonnais Charles Dullin et Henri Béraud.

En 1904, il publie son premier recueil de poèmes: Suivant les heures. La même année, sa compagne, Marcelle Laforest (qui décèdera en 1905), donne naissance à sa fille, Florise. Il fait ses premiers pas dans le journalisme en devenant correspondant d'un quotidien lyonnais dont la rédaction parisienne est dirigée par Élie Joseph Bois: Le Salut Public.

En 1905, il publie un second recueil de poèmes; L'âme qui vibre. En 1906, il est embauché comme "chambrier", c'est-à-dire reporter parlementaire, au journal Le Matin. Ses articles ne sont pas signés, comme le veut la tradition du journal à l'époque. Mais le journalisme n'est encore pour lui qu'un gagne-pain, la poésie restant son activité préférée. Deux nouveaux recueils de poésie paraissent entre 1908 et 1910: Lointaine et La Marche à l'étoile, ainsi qu'une pièce de théâtre en vers, Gambetta.

La Première Guerre mondiale permet à Albert Londres de s'affirmer comme journaliste. En août 1914, il est réformé pour raisons de santé. Le Matin l'affecte alors au ministère de la Guerre. Accrédité correspondant de guerre, il est envoyé dès septembre avec un photographe sur le front de la Marne. Il couvre le bombardement de la ville de Reims. Son article daté du 21 septembre 1914 sur l'incendie de la cathédrale de Reims est très remarqué et lui donne une certaine notoriété.

En 1915, Le Matin refusant de l'envoyer couvrir la campagne militaire du front d'Orient, il passe au Petit Journal dont le directeur, Stephen Pichon, accueille favorablement ses projets de grands reportages. Il entame alors une série d'articles qui le conduiront entre 1915 et 1917 d'abord dans les Dardanelles (Turquie), puis en Serbie, en Albanie, en Roumanie, en Bulgarie et en Grèce. En juin 1917, il revient pour suivre les combats de la fin de la guerre sur les fronts français et italien.

Albert Londres butte souvent sur les impératifs de la censure et de la propagande officielle et sera parfois catalogué comme journaliste "indésirable" par les autorités militaires. Passant outre, on peut lire ses démêlés avec la censure en temps de guerre dans Contre le bourrage de crâne, 1917-1918 (Editions Arléa).

Entre reportages de guerre, récits de voyages et analyses politiques, ses articles connaissent cependant un grand succès. À partir de 1919, il travaille pour l'Excelsior, un grand quotidien populaire illustré. Il décrit l'épopée de la conquête de Fiume par Gabriele D'Annunzio, puis part en Allemagne occupée, dans la toute jeune Russie soviétique de Lénine et Trotski (Dans la Russie des soviets, 1920), au Japon, en Chine (La Chine en folie, 1922), et consacre aussi des articles à l'Inde de Gandhi et Nehru. Ses reportages au Japon, Indochine et Inde sont rassemblés dans le recueil Visions orientales (1922).

À noter que certaines de ses investigations à l'étranger, comme par exemple en URSS, sont aussi parallèlement des missions d'agent secret effectuées pour le compte du gouvernement français.

De janvier à avril 1923, Albert Londres collabore au lancement du journal Quotidien. En 1923 également, il est engagé au Petit Parisien par Henri Béraud, un autre grand reporter devenu directeur littéraire de ce journal de Pierre Dupuy qui atteindra des tirages de plus d'1,5 million d'exemplaires. Ses reportages sont maintenant publiés en volume par les éditions Albin Michel. Le journaliste se rend en Guyane pour visiter les bagnes de Cayenne et de Saint-Laurent-du-Maroni. Il décrit l'enfer de ces pénitenciers dans Au bagne (1923), qu'il clôt par une lettre ouverte au ministre des Colonies l'enjoignant de réformer ces prisons indignes. Son reportage a un tel retentissement dans l'opinion qu'il aboutira en 1938 à l'abolition des bagnes par Albert Lebrun.

Paraissent ensuite plusieurs autres grandes enquêtes au long cours, notamment sur les bataillons militaires disciplinaires de Biribi en Afrique du Nord (Dante n'avait rien vu, 1924), l'univers des hôpitaux psychiatriques (Chez les fous, 1925), la traite des blanches et le milieu des prostituées françaises d'Argentine (Le Chemin de Buenos Aires, 1927), Marseille (Marseille, porte du sud, 1927), le procès en réhabilitation de l'anarchiste Eugène Dieudonné, ex-membre de la bande à Bonnot et bagnard en cavale (L'homme qui s'évada, 1928), le Tour de France (Les Forçats de la route, 1928), l'esclavage et la politique coloniale française en Afrique noire (Terre d'ébène, 1929), le sort des Juifs des ghettos en quête d'une Terre promise et l'émergence du sionisme (Le Juif errant est arrivé, 1930), le travail des pêcheurs de perles en mer Rouge le long des côtes de Djibouti (Pêcheurs de perles 1931), ou encore le terrorisme et l'indépendantisme dans les Balkans (Les Comitadjis, 1932).

En 1932, Albert Londres câble depuis Shanghaï au quotidien Le Journal plusieurs articles sur le conflit sino-japonais et les réseaux des Triades chinoises (La Guerre à Shanghaï, 1932). Ce sera son dernier reportage. Dans la nuit du 15 au 16 mai 1932, il disparaît en mer au large de la Somalie lors de l'incendie et du naufrage du paquebot Georges Philippar qui le ramène en France. Il avait 47 ans.

Figure incontournable du grand reportage écrit du XXe siècle, défendant souvent des causes de justice sociale, Albert Londres a sillonné le monde pour les grands journaux de son époque et marqué plusieurs générations de journalistes contemporains. Un "Prix Albert Londres", créé en 1933 par sa fille Florise, récompense chaque année le meilleur grand reporter de presse écrite.

Copyright © Jean Bruno / La République des Lettres, Paris, lundi 14 octobre 2019. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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