Madame de Lafayette

Madame de Lafayette
Madame de Lafayette

Romancière française, Marie-Magdeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette (ou Lafayette), et née à Paris le 18 mars 1634).

Fille d'un gentilhomme de petite noblesse, simple écuyer, mais passionné de littérature, elle passa sa première enfance au Havre où son père exerçait le commandement de la place au nom du marquis de Brézé. En 1640, la famille revint à Paris et s'installa dans un hôtel du quartier du Luxembourg. M. de la Vergne mourut en 1649 et, un an plus tard, la mère de la future romancière se remaria avec Renaud de Sévigné, oncle de la marquise de Sévigné. La jeune Marie-Magdeleine, sa cadette de huit ans, fut présentée à celle-ci en 1652 et les deux femmes restèrent toujours amies.

C'est le 15 février 1655, à l'âge de vingt et un ans, que Marie-Magdeleine de la Vergne épousa à Paris Jean-François Motier, comte de La Fayette et frère d'une ancienne favorite de Louis XIII. De cette union naquirent deux fils. Mais, pour la jeune femme qui avait déjà, semble-t-il, connu une grave déception sentimentale, le comte de La Fayette fut le moins encombrant des maris: comme il n'aimait que la campagne, il se retira bientôt dans son domaine d'Auvergne et laissa la comtesse vivre à Paris.

Peu après son mariage, Mme de La Fayette fit la connaissance de François de La Rochefoucauld. Mais celui-ci était alors tout entier sous l'influence de Mme de Sablé, et ce n'est qu'une dizaine d'années plus tard, vers 1665, lorsque Mme de Sablé se fut tournée vers l'Église, que commença l'étroite et fameuse amitié de l'auteur des Maximes et de Mme de La Fayette. Mais, à cette époque, celle-ci avait déjà fait ses débuts littéraires.

Sa première œuvre fut sans doute, selon une mode du temps, ce "portrait" de son amie la marquise de Sévigné, rédigé en 1659. Mme de La Fayette avait reçu une bonne éducation. Ses maîtres de latin furent le père Rapin et le docte grammairien Gilles Ménage — lequel tomba d'ailleurs amoureux de son élève et se mit un jour à la célébrer en madrigaux latins. Par La Rochefoucauld, elle noua de nombreuses relations avec le monde des lettrés. C'est chez le duc qu'en 1665 elle entendit le jeune Jean Racine faire la lecture de son Alexandre le Grand et, sept ans plus tard, le vieux Pierre Corneille déclamer sa Pulchérie, tandis que le 15 décembre 1673, chez Gourville cette fois, elle fit partie de la société d'élite à laquelle Nicolas Boileau donna la primeur de son Art poétique. Elle avait lu enfin tous les livres de son temps, ce qui explique que ses deux premiers récits, La Princesse de Montpensier (1662) et Zaïde (1670), exploitent encore des recettes littéraires (naufrages, enlèvements, reconnaissances imprévues, etc.) dignes de La Calprenède et de Madeleine de Scudéry. Cependant, Mme de La Fayette se montrait aussi attirée par l'histoire, par le détail vivant, par le trait moral, exact. Amie intime de Madame, première duchesse d'Orléans, c'est avec la collaboration de celle-ci qu'elle écrivit ces sortes de mémoires intitulés Histoire d'Henriette d'Angleterre: rédigé peu après la mort de la princesse, ce livre ne fut publié qu'en 1720, à Amsterdam.

Dans quelle mesure La Rochefoucauld participa-t-il à la composition du chef-d'œuvre de Mme de La Fayette, La Princesse de Clèves? Une telle question pose le problème, toujours irrésolu, de la propriété réelle de Mme de La Fayette sur les ouvrages que nous lui attribuons. Cette femme de lettres était en effet, en grande dame de son temps, dépourvue de toute vanité d'auteur. Ainsi dans une lettre d'avril 1678, donc de peu postérieure à la publication de La Princesse de Clèves, la voit-on nier toute part dans la rédaction de ce livre. Et c'est à Segrais, familier de La Rochefoucauld et auteur du discours préliminaire des Réflexions… que le public attribua le roman. N'était-ce point d'ailleurs le même Segrais qui avait signé les deux premiers livres de la comtesse ? Il n'est pas douteux qu'il y fit des corrections de style, mais peut-être, à part cela, ne s'occupa-t-il que des démarches auprès du libraire en vue de la publication. Lui-même, quoique revendiquant "quelque part dans la disposition du roman", a affirmé expressément que La Princesse de Clèves et Zaïde étaient bien de Mme de La Fayette. Parmi les collaborateurs de celle-ci, on a également cité les noms de Ménage, de Corbinelli et, naturellement, de La Rochefoucauld. La Princesse de Clèves était en tout cas une œuvre représentative de toute la nouvelle école littéraire. Elle est d'ailleurs le premier livre qui corresponde à la conception moderne que nous avons du roman. Le livre parut le 17 mars 1678 et eut un immense succès: Mme de Sévigné clama son enthousiasme; Bernard Le Bouyer de Fontenelle lut et relut le livre quatre fois; Edme Boursault en fit une tragédie en cinq actes; Valincour passionna l'opinion en publiant ses Lettres à Mme la marquise de X... sur le sujet de "La Princesse de Clèves" (1678), auxquelles répliqua l'abbé de Charnes par sa Conversation sur la critique de "La Princesse de Clèves" (1679).

En 1680 mourut La Rochefoucauld. Si les relations de celui-ci avec Mme de La Fayette restent entourées d'un réel mystère (protégé, semble-t-il, par une tacite entente de leurs amis), nous avons pourtant à ce sujet un mot révélateur de Mme de Sévigné: "Je crois que nulle passion ne peut surpasser la force d'une telle liaison." Au point de vue littéraire et spirituel, ils s'influencèrent réciproquement, car si la concision de La Princesse de Clèves doit certainement beaucoup au duc, Mme de La Fayette adoucit heureusement l'état d'esprit janséniste que son amitié avec Mme de Sablé avait confirmé chez La Rochefoucauld. Peut-être même le persuada-t-elle d'atténuer plusieurs maximes par trop rigoureuses, et l'on cite souvent d'elle cette parole: "M. de La Rochefoucauld m'a donné de l'esprit, mais j'ai réformé son cœur."

Son ami disparu, elle s'enferma dans la solitude. Elle avait quitté la Cour après la mort mystérieuse de Madame, dont elle nous a laissé une description émouvante.

Des Mémoires de la cour de France pour les années I68S et 1689, qui ne furent publiés qu'en 1731, lui sont parfois attribués sans raison évidente.

Elle mourut, à Paris le 25 mai 1693, à l'âge de 59 ans, d'une maladie de cœur dont elle était depuis longtemps atteinte et qui lui causa de multiples souffrances.

En juin 1724 parut dans le Mercure galant une œuvre inédite, La Comtesse de Tende, "nouvelle historique", écrite probablement en 1664.

Copyright © Michel Mourre / La République des Lettres, Paris, vendredi 24 mai 2019. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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