Antonio Gramsci
Antonio Gramsci

Homme politique et essayiste italien, Antonio Gramsci est né à Aies (Sardaigne) le 23 janvier 1891.

Émigré à Turin, il fait dans cette ville des études universitaires (philosophie, histoire et philologie), adhère en 1913 au parti socialiste, dont il devient rapidement l'un des chefs de l'aile gauche, et, après les émeutes de 1917, occupe la fonction de secrétaire du parti.

Participant au mouvement des conseils d'usine, il crée en 1919 la revue Ordine Nuovo, alliée au mouvement libéral de Piero Gobetti, puis, après les grèves de 1920, il contribue avec Togliatti, Bordiga et Tranquilli (Silone) à la scission de Livourne, devenant le secrétaire général du nouveau parti communiste et fondant L'Unità.

Député de Turin (1924-1926), il est déclaré déchu de son mandat par le gouvernement fasciste et arrêté en 1926. Il est condamné deux ans plus tard, à vingt années de réclusion. Relégué aux îles, il y endure sa captivité avec un courage tranquille et constant, dont témoignent ses Lettres de prison (posthume, 1947), et entame une longue réflexion où se manifeste une pensée encyclopédique, sur des sujets sociaux et historiques, philosophiques et littéraires, consignée en trente-deux cahiers, les Carnets de prison (posthume 1948-1951).

Atteint d'une grave maladie à la suite de sa détention, ce qui suscite des protestations internationales, il est « libéré » par le gouvernement fasciste, assuré de sa fin imminente, et transporté dans un hôpital de Formia puis à Rome, où il meurt le 27 avril 1937, à l'âge de 46 ans.

De l'imposant corpus de ses cahiers, on a pu extraire quelques essais cohérents qui attestent la maturité et l'autorité de sa réflexion: Le matérialisme historique et la philosophie de Benedetto Croce (1948), critique générale de l'idéalisme crocien, auquel Gramsci s'oppose, un peu à la manière de Karl Marx et Friedrich Engels à la philosophie allemande de leur temps; Les Intellectuels et l'organisation de la culture (1949); puis Littérature et vie nationale (1950), où Gramsci illustre le caractère non national et non populaire de la culture et de la littérature italiennes, ainsi que le cosmopolitisme des intellectuels, hérité du Moyen Age. Il préconise un nouveau type d'intellectuels qui, d'une simple « technique-travail », passeraient à une « technique-science » et à une conception humaniste historique, sans quoi ils continueront à n'être que des « spécialistes » et ne deviendront jamais des « guides »; Remarques sur Machiavel, sur la politique et sur l'État moderne (1949), où Gramsci esquisse une théorie du parti politique d'avant-garde, autre thème de réflexion que complète, d'une certaine manière Le Risorgimento (1949).

On trouve dans cet écrit une critique générale des déformations de tout ordre que la « philosophie de la praxis » (Gramsci évitait le mot « marxisme » afin d'éluder la censure carcérale) a subies, cette philosophie étant entendue comme la forme moderne et actuelle de l'humanisme, destinée à devenir « la base éthique du nouvel État ». Et la critique s'accompagne d'un approfondissement du concept léniniste de « l'hégémonie », c'est-à-dire d'un développement des superstructures sous la conduite de la classe ouvrière et des éléments progressistes de la société.

C'est dans cet aspect de la pensée d'Antonio Gramsci que des commentateurs ont cru déceler, bien avant la lettre, les éléments précurseurs d'un communisme à l'italienne, plus ou moins spécifique, vaguement orienté tant vers un certain eurocommunisme que vers le « compromis historique »…