Carl von Clausewitz

Carl von Clausewitz
Carl von Clausewitz

Officier supérieur et théoricien militaire allemand, Carl von Clausewitz est né le 1er juin 1780 à Burg, près de Magdebourg (Allemagne).

Fils d'un lieutenant de l'armée prussienne mais d'origine roturière, Clausewitz est nommé aspirant dans un régiment d'infanterie dès l'âge de douze ans. Quelques mois plus tard, il est déjà au combat, prenant part à la campagne de France dans les armées de la Première Coalition (1793-1794).

En 1795, il est promu lieutenant. Remarqué par son supérieur en raison de son goût pour l'étude, Clausewitz est muté en 1801 à l'Académie militaire de Berlin. II y devient un admirateur de Gerhard von Scharnhorst, le futur réformateur de l'armée prussienne. C'est en qualité d'aide de camp du prince Auguste de Prusse qu'il asiste en 1806 à la défaite d'Auerstaedt. Durant la retraite qui s'ensuit, il est fait prisonnier, et reste interné en France jusqu'à la paix de Tilsit (1808).

Une fois libéré, il participe, aux côtés de Scharnhorst dont il devient le plus proche collaborateur, à la réforme du système militaire prussien, adaptation urgente des structures de l'armée à l'esprit nouveau de démocratisme et de patriotisme, dont la diffusion dans les Allemagnes est une conséquence directe du changement de mentalité entraîné par l'exemple de la Révolution française.

L'année 1812 marque un tournant dans l'existence de Clausewitz. Le roi de Prusse est contraint par les circonstances de s'allier à Napoléon Bonaparte et de mettre à sa disposition un corps auxiliaire de dix-huit mille hommes. Ulcéré, Clausewitz le quitte alors pour prendre du service dans l'armée du Tsar. C'est l'époque où il écrit sa Profession de foi patriotique, texte imprégné d'un nationalisme ardent (durant la Seconde Guerre mondiale, Joseph Goebbels en fera lire des extraits à la radio hitlérienne par l'acteur Heinrich George).

C'est sous l'uniforme d'un officier de l'état-major russe que Clausewitz combat à la bataille de la Moskowa (Borodino) et voit le désastre de l'armée française au passage de la Bérézina.

En décembre 1812, il prépare avec le général Ludwig Yorck von Wartenburg, qui commande le corps prussien intégré à la Grande Armée, la fameuse déclaration de neutralité qui équivaut à un ralliement aux Russes et que sanctionne la convention de Tauroggen. L'attitude indépendante de Clausewitz, qui ne rentre en Prusse qu'après la rupture du roi avec Napoléon (janvier 1813), lui vaut la méfiance de celui-ci. Ce n'est qu'en 1814 que Clausewitz est réintégré dans les cadres de l'armée prussienne, mais il est tenu à l'écart lors de la campagne de France. Nommé de nouveau à l'état-major prussien en 1815, il combat contre Emmanuel de Grouchy, mais non directement contre Napoléon à Waterloo.

Lorsque la paix revient en Europe, Clausewitz est un officier supérieur immensément expérimenté, mais frustré de la gloire à laquelle il aspirait. La fin de sa carrière sera terne. Clausewitz est nommé directeur administratif de l'École de guerre, ce qui équivaut à une disgrâce, car il n'y exerce aucune activité d'enseignement. Il lui faut attendre 1830 pour être promu: il est nommé inspecteur de l'artillerie à Breslau, puis chef d'état-major auprès du maréchal de Gneisenau à Posen (Posnan).

Carl von Clausewitz meurt à Breslau quelques mois après, le 16 novembre 1831, emporté par le choléra à l'âge de 51 ans.

L'œuvre maîtresse de Clausewitz est son célèbre traité De la guerre, conçu, écrit et constamment remanié entre 1816 et 1830, demeuré inachevé mais publié à titre posthume en 1832. De la guerre doit sa célébrité et son influence au fait qu'il est le premier traité de stratégie militaire à envisager la guerre comme constante anthropologique et à en élaborer une philosophie. Tirant la leçon des bouleversements introduits dans la conduite des guerres par les campagnes de la Révolution française et de l'Empire, Clausewitz insiste sur le rôle décisif que jouent les forces morales dans les conflits, alors que les auteurs spécialisés jusqu'alors ramenaient l'art de la guerre à de simples séries de mouvements de troupes. Selon lui, les soldats doivent être galvanisés par de puissantes motivations idéologiques et la force d'âme, faite de courage et de détermination mais aussi de clairvoyance intellectuelle, est la qualité suprême du chef de guerre. S'opposant au cosmopolitisme et à l'humanisme pacifiste de la génération des Lumières en Prusse, qui avait accueilli avec enthousiasme le traité d'Emmanuel Kant Pour la paix perpétuelle, il met ici véritablement en relation la guerre et la politique en développant sa célèbre formule selon laquelle "la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens". Selon lui, la guerre n'est "ni un art, ni une science, mais un acte de la vie sociale". De théories sur le concept de "guerre absolue" ("La guerre est un acte de violence à l'emploi de laquelle il n'existe pas de limites") en réflexions sur la doctrine stratégique ou la guérilla, De la guerre sera lu et relu avidement par la plupart des responsables politiques et militaires des XIXe et XXe siècles, dont notamment Karl Marx, Friedrich Engels et Vladimir Ilitch Lénine, même si l'enseignement que ces générations ont cru devoir en tirer montrent que son interprétation a donné lieu à de graves contresens, dont le plus éclatant a consisté à faire de lui un précurseur de la guerre totale. Indéniablement, Clausewitz est un belliciste pour qui la guerre est l'épreuve la plus haute et la plus salutaire dans la vie des États, et le moyen privilégié de l'affirmation nationale. Mais ce bellicisme n'est pas sommaire. Il découle d'une conception nouvelle de la nation, inspirée par la leçon de la défaite d'Iéna qui a failli entraîner la disparition de la Prusse et la transformation de l'Allemagne en satellite de la France. Un peuple, soutient-il, ne peut être libre que s'il est militairement puissant et redouté. Même l'épanouissement culturel le plus brillant ne peut à lui seul le tirer de l'état d'abjection qu'entraîne la domination de l'étranger, tant que le vouloir national n'est pas tendu en permanence dans la perspective de l'affrontement. Clausewitz s'est en outre toujours attaché à souligner les impératifs militaires liés à la situation géographique très exposée de l'Allemagne.

Copyright © Pierre Vaydat / La République des Lettres, Paris, vendredi 24 mai 2019. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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