Karin Boye

Karin Boye
Karin Boye

Poétesse et romancière suédoise, Karin Boye est née le 26 octobre 1900 à Göteborg (Suède).

Son père est issu d'une famille de marchands allemands immigrée en Suède au milieu du XIXe siècle. Sa mère est issue d'une famille paysanne aisée. Elle a deux frères plus petits, Sven et Ulf.

La famille s'installe à Stockholm en 1909. Adolescente, Karin Boye commence à écrire des vers et des nouvelles et s'essaie à l'aquarelle. Esprit grave épris de vérité, elle se passionne alors pour la philosophie orientale et la pensée d'Arthur Schopenhauer. Elle est tourmentée par les problèmes métaphysiques mais, à dix-huit ans, la révélation du christianisme lui procure un réconfort passager.

Après son baccalauréat en 1920, elle suit des études de lettres à l'université d'Uppsala. Après un voyage en URSS, elle épouse en 1929 l'économiste Leif Björk, membre du mouvement international socialiste et antifasciste «Clarté» de Henri Barbusse, et se destine à l'enseignement.

Entretemps, Karin Boye commence à publier ses premiers recueils de poésie et participe activement aux débats idéologiques de l'entre-deux guerres dans les journaux et les revues. Elle connaît le succès dès la parution de son premier opuscule de poèmes, Nuages (1922), vers libres empreints de mysticisme et d'extase esthétique. La même intensité caractérise le lyrisme de ses deux autres recueils de jeunesse, Pays cachés (1924) et Âtres (1927).

La délivrance de ses tourments vient avec la découverte de la psychanalyse, qui lui ouvre les yeux sur sa véritable nature et l'incite à accepter sa différence sexuelle. Elle devient alors une ardente adepte de Sigmund Freud, dont elle défend en Suède les théories, notamment entre 1925 et 1932 dans «Clarté» aux côtés d'Arthur Lundkvist et de Harry Martinson.

En 1931, Karin Boye est élue à l'Académie les Neuf. Elle collabore à la fondation puis à la rédaction de la revue Spektrum (1931-1933) avec Erik Mesterton et Josef Rikwin, prenant fait et cause pour le modernisme. Elle y publie notamment une traduction du poème The Waste Land de T. S. Eliot.

Pour chanter l'amour et sa confiance retrouvée, elle s'est forgé une Langue au-delà de la logique (essai, 1932), au symbolisme dépouillé.

En 1932-1933, elle séjourne à Berlin où elle rencontre Margot Hänel, une jeune juive allemande avec qui elle vivra jusqu'à sa mort après avoir divorcé de son mari.

Pour Karin Boye, sans cesse obligée de dominer le chaos qui l'habite, la liberté, le droit à l'épanouissement individuel constituent des thèmes obsédants. Avec Pour l'amour de l'arbre (1935), elle atteint la parfaite maîtrise de son art. Enfin, dans Les Sept Péchés capitaux (1941), elle élève une magnifique cantate, sous l'influence nietzschéenne, pour souligner le rôle nécessaire du mal dans la dynamique de la création.

Autant la poésie de Karin Boye demeure marquée par des images lumineuses, autant, par contraste, sa prose s'avère d'une facture plus terne, comme si l'auteur voulait refouler une sensualité excessive. Elle écrit pour surmonter ses propres difficultés et campe des personnages en pleine métamorphose, mais ceux-ci restent bien souvent des abstractions dans des romans à thèse: Astarte (1931), Mérit s'éveille (1933), Trop peu (1936).

Deux romans cependant — Crise (1934) et La Kallocaïne (1940) — font exception. Le premier, où Karin Boye retrace le combat intérieur qu'elle mena lorsqu'elle découvrit son attirance pour les femmes et l'échec de son mariage, est remarquable par la finesse de l'analyse psychologique. Dans le roman dystopique La Kallocaïne, inspiré par la montée du nazisme auquel elle a assistée lors de son séjour en Allemagne, elle a parfaitement intégré ses angoisses face à la dictature dans un récit qui dénonce avec audace le totalitarisme.

Les nouvelles de Karin Boye sont à rapprocher de ses romans par le style limpide et direct, le recours à des confessions voilées et le désir marqué de prendre position: Conflits (1934), Hors d'état (1940), Annonciation (1941).

Cette femme de lettres à la sensibilité exacerbée, assoiffée de pureté et d'harmonie mais sans cesse torturée par un sentiment de honte et de culpabilité, a donné à la littérature suédoise quelques-uns de ses plus beaux poèmes modernistes ainsi qu'un roman superbe par son engagement éthique et son intuition visionnaire. Ecartelée entre des aspirations contraires qui la font osciller entre une farouche volonté de se réaliser pleinement et des tendances autodestructrices, elle a mené une existence ponctuée de crises psychologiques graves et de plusieurs tentatives de suicide. N'ayant pu trouver la paix intérieure qu'elle recherchait avec beaucoup de courage et de rigueur morale, elle finit par se donner la mort à Alingsäs, dans la solitude de la montagne, le 24 avril 1941, à l'âge de 40 ans. C'est dans cette lutte de tous les instants pour sauvegarder l'intégrité de sa personnalité que Karin Boye a puisé son inspiration particulièrement féconde.

La Kallocaïne

Copyright © May-Brigitte Lehman / La République des Lettres, Paris, mercredi 12 décembre 2018. Droits réservés pour tous pays. Toute reproduction totale ou partielle de cet article sur quelque support que ce soit est interdite. Les citations brèves et les liens vers cette page sont autorisés.

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