Apulée
Apulée

Écrivain, orateur et philosophe latin, Apulée de Madaure — Lucius Apuleius en latin — est né vers 124 à Madaure, aux confins de la Gélulie et de la Numidie (actuellement en Algérie), dans une famille distinguée de citoyens romains d'origine berbère.

Après avoir étudié la rhétorique à Carthage, il s'initie, à Athènes, à la philosophie de Platon. Il veut tout connaître: les sciences naturelles, l'astronomie, la géométrie, la médecine, la musique, et écrit aussi des vers.

Épris de voyages, il visite plusieurs pays et, après une absence dont on ignore la durée, revient s'établir à Carthage. L'épisode le plus connu de sa vie est un procès que lui intente, à Oea (actuelle Tripoli), la famille de la riche veuve Pudentilla. Ils l'accusent d'avoir, à l'aide d'enchantements maléfiques, contraint Pudentilla au mariage, par cupidité. De ces accusations, il se disculpe dans un brillant ouvrage: De la magie ou Apologie d'Apulée, plaidoyer prononcé, croit-on, entre 155 et 158, devant le tribunal de Claude Maximus, proconsul romain en Afrique. De la magie est l'unique témoignage d'éloquence judiciaire en latin que nous ait laissé l'époque impériale. Ce discours, que saint Augustin jugeait "très abondant et très prolixe", sera ensuite, selon la coutume des orateurs d'alors, augmenté et agrémenté d'ornements littéraires. Tel qu'Apulée l'a prononcé, il était certainement beaucoup plus bref quant à l'argumentation, moins riche en anecdotes et d'un style plus simple, car l'auteur eut à peine trois ou quatre jours pour préparer sa défense.

Dans la seconde partie de sa vie, nous retrouvons Apulée à Carthage, comblé d'honneurs, donnant par ses conférences de nouveaux exemples d'une éloquence éblouissante dont l'éclat n'avait jamais été atteint. La population cultivée de Carthage accourt comme pour un grand spectacle public. Nul mieux qu'Apulée ne sait mieux soulever l'admiration des auditeurs, capable qu'il est de parler alternativement en grec et en latin. C'est ainsi que, dans la basilique de Carthage, il célèbre en prose et en vers le grand dieu Esculape, après s'en être fait le panégyriste dans les villes africaines.

Parmi ses principaux écrits, citons Platon et son dogme; l'opuscule Le Démon de Socrate dans lequel est exposée la doctrine religieuse du philosophe; De l'univers et Florida (recueil de vingt-trois morceaux oratoires extraits — on ne sait par qui ni à quelle époque — des conférences publiques d'Apulée). De mundo n'est qu'une traduction remaniée du traité Du Cosmos d'Aristote.

Sa plus grande renommée, Apulée la doit aux Métamorphoses, appelé aussi L'Âne d'or (As in us aureus), premier roman en prose de langue latine. Ce récit en onze chapitres relate les aventures d'un jeune homme, Lucius, malencontreusement transformé en âne par sa maîtresse Photis à l'aide d'un onguent magique. Après diverses péripéties comiques, érotiques et ésotériques, où le lecteur découvre entre autres le mythe d'Éros et Psyché, il revient à sa forme humaine en mangeant une couronne de roses. L'Âne d'or s'achève par une initiation aux mystères d'Eleusis et une célébration du culte d'Isis et d'Osiris. Un prêtre explique alors la signification spirituelle de la métamorphose, l'âme de l'homme étant chassée de son état de béatitude pour connaître les vicissitudes de l'état animal. La onzième partie, empreinte en son début d'une craintive joie religieuse, ne cesse, jusqu'à la fin, d'être un splendide récit des visions extatiques de la liturgie mystique et des initiations sacrées. La personnalité d'Apulée s'y dessine nettement à travers le héros qui, soudain, n'est plus le Grec Lucius, mais un natif de Madaure, autrement dit lui-même. Dans L'Âne d'or ou Les Métamorphoses apparaît tout le génie de l'auteur, sans doute l'écrivain le plus personnel de l'Antiquité quant au style.