Hermann Ungar
Hermann Ungar
Biographie : Vie et oeuvre de Hermann Ungar.

Écrivain tchèque de langue allemande, Hermann Ungar est né le 20 avril 1893 à Boskovice, une bourgade de Moravie, alors province de l'Empire austro-hongrois.

Le père, Emil, juif libéral qui, après avoir hésité à devenir rabbin, a étudié le sanskrit et lit Homère et Shakespeare dans le texte, dirige une petite affaire familiale de distillerie et se fait élire bourgmestre de la communauté juive de la ville. La mère, Jeannette, née Kohn, précocement frappée de cécité alors que Hermann était encore enfant, mourra en déportation avec son fils Félix et la famille de ce dernier. Une sœur, Gerta, émigrera en Palestine où elle travaillera comme pédiatre jusqu'à sa mort en 1946.

En 1903, après une formation élémentaire qui lui est dispensée par un précepteur, futur sénateur communiste de Prague, Hermann Ungar entre au lycée allemand de Brünn (Brno) où il fait de brillantes études secondaires. Déjà passionné de théâtre, il suit par ailleurs des cours de danse, de piano, et pratique assidûment le football et la gymnastique. De 1911 à 1913, des études de philosophie, de droit et d'économie le conduisent successivement dans les universités de Munich, Berlin et Prague, où il se lie d'amitié avec ses compatriotes Gustav Krojanker et Ludwig Pinner, et participe activement aux mouvements étudiants juifs, en particulier dans l'association sioniste Barissia.

Engagé volontaire en août 1914, il combat trois ans sur le front russe, avant d'être blessé, médaillé et rapatrié. Pendant cette période, il écrit, sous le pseudonyme de "Sum" (Je suis), de nombreux poèmes qu'il fait parvenir à Max Brod, qui refuse de les publier, et dont il ne reste aucune trace.

Ayant obtenu le titre de "docteur des deux droits", il travaille quelques mois comme stagiaire dans un cabinet d'avocat pragois, puis aux archives du ministère des Affaires étrangères de la jeune République tchécoslovaque, où il se consacre en fait à des études littéraires d'ordre privé. Ses auteurs de prédilection sont Christian Dietrich Grabbe et Fiodor Dostoïevski. C'est de cette période que date son premier texte connu, un drame expressionniste intitulé Guerre.

En 1920, Hermann Ungar travaille comme dramaturge et acteur au théâtre de la petite ville d'Eger (actuelle Cheb). La même année, il est employé pendant six mois dans une société d'escompte et publie, sous le titre de Enfants et meurtriers, ses deux premiers récits, "Un homme et une servante" et "Histoire d'un meurtre". Le livre, chaleureusement accueilli par la critique, lui vaut les éloges de Thomas Mann et ceux, plus nuancés, de Stefan Zweig.

En 1921, sur la proposition d'un ami du président Masaryk, il part travailler à Berlin comme attaché commercial puis secrétaire de légation à l'ambassade de Tchécoslovaquie, poste qu'il occupera jusqu'à deux semaines avant sa mort. Il se marie en 1922 avec Margarete Weiss, dont il aura deux fils, et commence à publier régulièrement des nouvelles dans diverses revues; ainsi Le Voyage de Colbert (1922) paru en août dans la Neue Rundschau, où il introduit pour la première fois le personnage de Modlizki, étonnante figure satanique de valet rebelle et destructeur, qui sera au centre de sa création romanesque des années suivantes. En 1923, les éditions Rowohlt publient Les Mutilés.

Il effectue plusieurs voyages à Rome et à Florence. A Berlin, il fréquente assidûment le célèbre Romanisches Café où il fait la connaissance d'écrivains tels Joseph Roth, Ernst Tôlier, Arnold Zweig, Leonhard Frank, Alfred Döblin. À Prague, il s'était déjà lié d'amitié avec Ernst Weiss, Franz Werfel et Jaroslav Hasek, auquel il doit sans doute le personnage de l'oncle Bobeck, gros bourgeois repu à la jovialité débordante, qui apparaît dans plusieurs de ses romans et récits. Ses amis le décrivent alors comme un éternel collégien, volontiers caustique, peu versé dans l'abstraction, sans rien en tout cas de la noirceur et du pessimisme foncier dans lesquels baignent ses œuvres narratives.

En 1924, Hermann Ungar publie son troisième livre, L'Assassinat du capitaine Hanika, reconstitution d'un procès d'assises qui avait fait grand bruit l'année précédente en Moravie. La même année, le Neue Freie Presse de Vienne le désigne comme "l'écrivain le plus important de la dernière décennie". Il adhère à l'éphémère "Groupe 1925", groupe d'artistes et intellectuels révolutionnaires dans lequel il côtoie Tôlier, Roth, Döblin, Kasack et Mehring. En février 1927, il est invité à Paris par le P.E.N.-Club français à l'occasion de la publication à La Nouvelle Revue française d'Enfants et meurtriers. Il en revient enthousiasmé par les mœurs éditoriales et la vie littéraire parisiennes. La Classe, parue en décembre, lui vaut une nouvelle moisson d'éloges, les critiques soulignant qu'il a atteint là la pleine maturité de son talent. En 1928, il écrit Le Général rouge, drame de la Révolution russe inspiré par le destin de Léon Trotski, qui est créé en septembre à Berlin et recueille des critiques positives d'Alfred Kerr et Cari von Ossietsky.

Le 10 octobre 1929, il démissionne de ses fonctions diplomatiques pour se consacrer entièrement à l'écriture. Il publie sa seconde pièce, La Tonnelle, adaptation du Voyage de Colbert, qui sera créée le 12 décembre au Theater am Schiffbauerdamm de Berlin dans une mise en scène de Erich Engel.

Le 28 octobre 1929, Hermann Ungar meurt, à l'âge de 36 ans, d'une crise d'appendicite aiguë trop tardivement opérée. Il est enterré au cimetière de Malvasinka à Prague.

En 1930, Rowohlt publie un volume de dix nouvelles, dont certaines totalement inédites, préfacé par Thomas Mann. L'œuvre de Hermann Ungar, totalement occultée durant le nazisme, tant dans les pays de langue allemande qu'en France (les traductions figurent pendant l'Occupation sur la fameuse "liste Otto"), ne sera redécouverte que dans les années 1980.