Arvède Barine : Thomas de Quincey
Arvède Barine
Biographie : Vie et oeuvre de Arvède Barine.

Écrivain anglais, Thomas De Quincey est né le 15 août 1785 à Édimbourg (Ecosse, Royaume-Uni).

À six ans, il a la douleur de perdre son père et une jeune soeur, Elisabeth, qu'il adorait: c'est le début d'un long cycle de souffrances. Élevé d'abord à Bath, il est envoyé dans un collège à Manchester dont il s'enfuit à dix-sept ans pour se rendre à pied à Londres.

Il y vit dans la misère, souffrant de la faim et dormant dans une maison abandonnée. Il rencontre dans la rue une petite prostituée de quinze ans, Ann, aussi perdue que lui, et qui disparaît à jamais malgré ses recherches inlassables. Cette période est décrite de façon touchante dans les Confessions d'un mangeur d'opium anglais. Il se rend à Oxford, mais ne passe pas ses examens universitaires.

Pour calmer des névralgies et de fortes douleurs d'estomac, Thomas De Quincey se met à prendre du laudanum, un extrait liquide d'opium dont on se servait couramment comme remède à l'époque. Cela devient rapidement une habitude quotidienne dont il ne peut plus se passer, pour calmer ses douleurs, mais aussi pour stimuler son imagination. En 1808, il se rend chez William Wordsworth à Grasmere, et commence à fréquenter les romantiques, Samuel Taylor Coleridge et Robert Southey.

Il s'installe à Grasmere et épouse en 1816 Margaret Simpson, la fille d'un agriculteur, dont il aura cinq fils et trois filles. Il commence à écrire pour le Blackwood's Magazine et la Quaterly Review, et collabore à la Westmoreland Gazette. En 1821, il se rend à Londres, et publie anonymement dans le London Magazine les Confessions d'un mangeur d'opium anglais, qui paraissent en volume en 1822 et le rendent immédiatement célèbre.

En 1828, Thomas De Quincey s'installe avec sa famille à Édimbourg. Commence alors pour lui une vie difficile d'écrivain parfois en mal d'inspiration, souvent à court d'argent pour nourrir sa famille, toujours sous le joug de l'opium. Poursuivi pour dettes, il déménage souvent pour fuir les huissiers venus le saisir, ne trouvant le calme que dans de longues marches autour de sa chambre: sa "dromomanie", comme il l'appelle.

Thomas De Quincey meurt à Édimbourg le 8 décembre 1859, après avoir lui-même organisé la publication de l'ensemble de ses oeuvres à partir de 1853 dans Selections Grave and Gay. L'édition la plus complète est celle de Masson, publiée en quatorze volumes chez Black à Édimbourg en 1889-90.

D'une très grande diversité, l'oeuvre de cet érudit comporte principalement des essais, mais aussi des traductions, et même un roman d'inspiration "gothique", Klosterheim. Elle peut se diviser en trois grands chapitres: les écrits autobiographiques, tournant avec obsession autour de lui-même, des incidents de sa vie, et des pouvoirs de son imagination; une quinzaine d'essais historiques, tantôt courts, tantôt très développés; et des études littéraires ou esthétiques, analysant le travail de ses contemporains ou d'écrivains plus anciens, élaborant une certaine théorie de la littérature.

C'est le premier groupe qui est à juste titre le plus célèbre, allant des Esquisses autobiographiques aux écrits visionnaires des Confessions, des Suspiria, ou de La Malle-Poste anglaise. il y trace le portrait d'un enfant errant sur les routes ou dans les rues de la grande capitale, Londres, et se situe dans la lignée des grands vagabonds de la littérature. Il s'intéresse à d'autres figures de nomades, racontant dans La Nonne militaire d'Espagne l'étonnant et authentique périple d'une religieuse vers l'Amérique du Sud, ses aventures picaresques, déguisée en homme, et même ses assassinats.

Son humour et son goût des paradoxes se manifestent dans De l'assassinat considéré comme un des beaux-arts, et dans les innombrables notes et digressions de ses essais sur les sujets les plus éclectiques et bizarres. Fin lettré, amateur de livres et d'érudition, Thomas De Quincey marque de son empreinte personnelle tout ce qu'il touche.

Les écrits historiques vagabondent entre les siècles et les pays. Judas Iscariote propose la réhabilitation du paria, contre la tradition qui voit en lui le traître par excellence. L'auteur suggère que Judas agit avec l'espoir de pousser Jésus à déclencher la révolte: il illustre donc le thème de l'erreur fatale qui obsède De Quincey. Les Esséniens et Les Sociétés secrètes témoignent de son intérêt pour les premiers chrétiens et la clandestinité, tout comme La Toilette de la dame hébraïque de son goût pour les parures et les fastes des périodes les plus reculées de l'histoire. Dans Jeanne d'Arc et Charlemagne, il élabore sa théorie de l'histoire, à la fois scénique, dramatique et philosophique, dont on peut trouver une belle illustration dans Les Césars et dans La Révolte des Tartares, qui décrit la fuite des Kalmouks à travers les steppes de l'Asie jusqu'en Chine en 1771. Il sait aussi se servir d'un style plus dépouillé pour décrire Les Derniers Jours d'Emmanuel Kant, philosophe pour lequel il avait la plus grande admiration.

Car Thomas De Quincey est un connaisseur en styles qui a pratiqué tous les grands écrivains, de Goethe à Schiller, de Milton à Pope et Shakespeare. Les Souvenirs des lacs et des poètes des lacs témoignent de son amitié pour Wordsworth et les autres poètes romantiques, et Le Heurt à la porte dans Macbeth de l'attention avec laquelle il a lu Shakespeare. Publiées en 1823, juste après les Confessions, les Lettres à un jeune homme dont l'éducation a été négligée, à l'usage des autodidactes, comme le déclare la deuxième lettre, sont une sorte de manifeste éducatif.

Thomas De Quincey y souligne l'importance de l'études des langues ainsi que des philosophes, et y définit deux grands types de littérature: la littérature de connaissance, factuelle, analytique, et la littérature de puissance, celle qui émeut et qui transfigure le monde. Ses propres textes, si souvent visionnaires, labyrinthiques et sublimes, le situent d'emblée parmi les adeptes de la seconde.