Romain Rolland

Biographie Romain Rolland
Romain Rolland
Quatre essais sur Shakespeare

Éditions de La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0097-1
Prix : 5 euros
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Romain Rolland

Écrivain français, Romain Rolland est né le 29 janvier 1866 à Clamecy (Nièvre), dans une vieille famille de bourgeois bourguignons de tradition protestante et républicaine. Il passe toute son enfance dans la douceur de la vie provinciale avant de poursuivre ses études à Paris, où sa famille s'installe en 1880.

Il découvre avec enthousiasme les oeuvres de Shakespeare et de Victor Hugo. Reçu en 1886 à l'École normale supérieure de la Rue d'Ulm, où il rencontre André Suarès, agrégé d'histoire en 1889, il lit Nietzsche, Goethe, Spinoza et Tolstoï et se forge une philosophie personnelle, résumée dès 1888 dans Credo quia verum, où s'exprime un panthéisme cosmique.

De 1889 à 1891, pensionnaire à l'École française de Rome, Romain Rolland travaille dans des archives sur l'histoire de la musique. Il découvre Raphaël, Michel-Ange et s'enivre de la lumière romaine. Il s'intéresse surtout à la musique et à la littérature. Amoureux de Mozart, attiré par Beethoven, il se passionne pour Wagner et, grâce à Malwida von Meysenbug, amie de Mazzini, de Wagner et de Nietzsche, il découvre Bayreuth. Il commence à dresser une première ébauche de son futur grand roman, Jean-Christophe, ébauche une théorie du "roman musical", mais s'essaie surtout au théâtre, écrivant en 1891 ses premiers drames: Empédocle, Orsino, Les Baglioni.

Rentré en France, il épouse en 1892 Clotilde Bréal et repart pour l'Italie; il y rassemble la documentation pour ses thèses de doctorat, consacrées à l'Histoire de l'opéra en Europe avant Lully et Scarlatti. De retour à Paris, il assure un service restreint d'enseignement, rédige ses thèses, qu'il soutient en 1895. Il écrit d'autres pièces: Niobé (1892), Caligula (1893), Le Siège de Mantoue (1894); seul Saint Louis (1895) sera publié.

Chargé, en octobre 1895, de cours d'histoire de l'art, il poursuit ses travaux de musicologie et continue d'écrire des drames. Frappé par la décadence de son époque, il commence un Savonarole (1896), inachevé, et met en scène des héros solitaires et purs en butte à un milieu corrompu dans Jeanne de Piennes et Aert (1897).

Il se tourne vers le socialisme. Après un autre drame, Les Vaincus (1897, publié en 1921), il écrit Les Loups (1898), inspiré par l'affaire Dreyfus. Il s'intéresse à la Révolution française, en fait le sujet d'autres pièces: Le Triomphe de la raison (1899), Danton (1901), Le Quatorze-Juillet (1902). Le dramaturge épouse les passions des personnages, qu'il montre emportés dans les convulsions de l'Histoire. Comme Richard Wagner, il rêve, à sa manière, de recréer un théâtre à l'image de celui des Grecs, vraiment populaire parce qu'il remettrait en valeur les grandes oppositions élémentaires. Il expose la théorie de sa pratique dans Le Théâtre du peuple (1903). Il écrit encore Le Temps viendra (1903), dénonçant l'impérialisme européen.

Entré en relation avec Charles Péguy, Romain Rolland donne aux Cahiers de la Quinzaine la première de ses grandes biographies où il exprime sa conception d'un héroïsme humanitaire: Vie de Beethoven (1903), un hymne au musicien qui lui permet de vaincre le découragement consécutif à son divorce en 1901. Délaissant le théâtre, il se lance dans le vaste roman d'apprentissage auquel il songe depuis des années: Jean-Christophe, qui introduit en France le genre du roman-cycle, montrant ainsi leur voie à un Jules Romains et à un Roger Martin du Gard. L'ensemble romanesque (1904-1912) comprend dix volumes, répartis en trois séries: Jean-Christophe (L'Aube, Le Matin, L'Adolescent, La Révolte), Jean-Christophe à Paris (La Foire sur la place, Antoinette, Dans la maison), La Fin du voyage (Les Amies, Le Buisson ardent, La Nouvelle Journée). Romain Rolland avait d'abord pensé montrer un héros qui, à l'image de Beethoven, réussissait à atteindre la joie; le projet s'est enrichi et le roman s'est transformé en miroir de la société européenne. Effrayé par la tragédie qui se prépare, il pousse un cri d'alarme et plaide pour une réconciliation des nations.

Parallèlement, il complète la série des "Vies des hommes illustres" (Michel-Ange en 1905-1906 et Tolstoï en 1911), renonçant à un Mazzini et à un Hoche prévus. Le musicologue rassemble divers articles (Musiciens d'aujourd'hui et Musiciens d'autrefois en 1908), publie un Haendel (1910).

Il quitte l'enseignement en 1912. Il écrit un roman d'une autre veine: Colas Breugnon, journal tenu pendant un an par un artisan menuisier, qui, malgré les malheurs qui s'abattent sur lui, domine la vie avec sérénité. Mais la guerre survient et l'auteur en diffère la publication jusqu'en 1919. Son ami Charles Péguy, rallié au nationalisme et au catholicisme, est tué lors la bataille de la Marne. Alors en Suisse, Romain Rolland décide d'y rester pour garder une entière liberté. Jusqu'en juillet 1915, il se met au service de l'Agence des prisonniers de guerre. Il écrit plusieurs articles réunis dans Au-dessus de la mêlée (novembre 1915). Ce cri d'appel pacifiste qui plaide pour une réconciliation future est alors aussi mal reçu en France qu'en Allemagne et donne lieu à de furieuses polémiques qui enlèveront à son auteur de nombreuses amitiés malgré le Prix Nobel de littérature qui lui est remis la même année. En 1917, il adresse un Salut à la Russie libre et libératrice, la mettant toutefois en garde contre les excès. Durant la guerre, il tient un journal, qui paraîtra en 1952 (Journal des années de guerre, 1914-1919). Ses réflexions trouvent leurs prolongements dans quelques oeuvres: Liluli (1919) dénonce férocement les idéologies qui mènent les peuples, Clérambault, Pierre et Luce (1920) plaident pour la paix.

Rentré à Paris en 1919, l'écrivain tente une action internationale avec la Déclaration de l'Indépendance de l'Esprit (1919), qui n'eut guère de suite. Déçu par les violences de la révolution russe, il n'accepte pas l'intolérance des partis. Dans sa controverse avec Henri Barbusse (1921-1922), il refuse la dictature communiste et veut "garder l'intégrité de la pensée libre, fût-ce contre la Révolution".

Son idéal pacifiste et internationaliste lui inspire Clérambault en 1920 et l'amène à fonder la revue Europe en 1922. La même année, il part s'installer à Villeneuve, en Suisse. Il commence son deuxième grand roman, L'Âme enchantée, publiant trois volumes: Annette et Sylvie en 1922, L'Été en 1924, Mère et fils en 1927, qui reprennent ses thèmes privilégiés.

Il s'intéresse à l'hindouisme et aux théories de la non-violence, écrit un Mahatma Gandhi (1923). Il entre en relation avec Sigmund Freud et rédigera plus tard Le Voyage intérieur, auto-analyse, portant sur les années 1926-1942, qui exprime sa conception "océanique" de la vie. Il poursuit son "Théâtre de la Révolution": Le Jeu de l'amour et de la mort (1925), Pâques fleuries (1926), Les Léonides (1928).

Il publie La Vie de Ramakrishna (1929), La Vie de Vivekananda et l'évangile universel (1930). Dans la pensée religieuse de l'Inde, Romain Rolland retrouve le contact avec l'Être, source profonde à laquelle il n'a cessé de s'abreuver. Cette croyance, base du Credo quia verum, qui s'exprime dans Jean-Christophe, est aussi la philosophie sous-jacente de L'Âme enchantée: Annette Rivière vit dans un contact permanent avec l'Être dans lequel, à la fin de sa vie, le romancier a prévu qu'elle doit se fondre, brisant le dernier enchantement.

Le musicologue revient à Beethoven, dont il étudie les grandes époques créatrices: De l'Héroïque à l'Appassionata (1928) et Goethe et Beethoven (1930) cherchent à retrouver à travers la musique l'âme qui s'y exprime. Il est alors repris par le monde réel. La montée du fascisme en Italie, la politique des nations européennes, les changements en URSS après la mort de Lénine, le conduisent à réviser ses positions et à tenter de "concilier la pensée de l'Inde et celle de Moscou". Comme André Gide à l'époque, il est attiré par le communisme. Dès 1927, plus nettement dans les années suivantes, encouragé par Maria Koudacheva, venue d'URSS, qu'il épousera en 1934, il s'engage aux côtés des communistes. Son Adieu au passé (1931) marque une rupture. Quand il reprend L'Âme enchantée, il se fait le chantre de la Révolution; la vie de Marc, le fils d'Annette, reflète sa propre évolution. Les derniers volumes, La Mort d'un monde et L'Enfantement (1933), portent la marque de son engagement. Malgré tout, il réussit à garder à l'oeuvre son unité: au moment de sa mort, Annette retourne à l'Être.

En 1935, il fait un voyage à Moscou, dont la relation ne sera connue que bien après sa mort. Il publie Quinze ans de combat, Par la révolution la paix (1935), recueils d'articles sociaux et politiques, et Compagnons de route (1936), série d'essais littéraires. Malgré les procès de Moscou (1936-1937), il reste un fervent défenseur de l'URSS. Il poursuit son travail sur Beethoven, publiant en 1937 Le Chant de la résurrection.

En 1938, il quitte Villeneuve et s'installe à Vézelay. Sa dernière pièce, Robespierre (1939), tout emplie d'interrogations sur le devenir des révolutions, pourrait être lue comme une critique de Staline. Mais il faut attendre le pacte germano-soviétique de 1939 pour qu'il flétrisse le régime qu'il avait soutenu. Âgé, l'homme se retire de l'action. Dans sa retraite de Vézelay, durant la guerre, "au seuil de la dernière porte", il revient sur lui-même. En 1939, il commence à rédiger ses Mémoires (posthume, 1956), qu'il interrompt en 1942 pour écrire une biographie passionnée, Péguy (1944), dialogue émouvant et véritable confession spirituelle. Il tente d'achever son grand ouvrage sur Beethoven. Ce sera La Cathédrale interrompue, en trois parties: La Neuvième Symphonie, Les Derniers Quatuors (1943) et Finita Comoedia (1945). Il reste à l'écoute du divin, sentant battre le rythme du monde.

Quand il meurt, le 30 décembre 1944 à Vézelay, il laisse inachevés des Entretiens sur les Evangiles, publiés dans Au seuil de la dernière porte (posthume, 1989). Durant toute sa vie, Romain Rolland a eu de multiples correspondants et il a tenu un journal. Ces documents permettent de découvrir la richesse de ce "beau visage à tous sens", partagé entre Nietzsche et Tolstoï, entre le rêve et l'action, entre l'idéalisme et l'exigence rationaliste.

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