V. S. Naipaul

Biographie V. S. Naipaul
V. S. Naipaul
La fin du roman

Éditions de La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0071-1
Prix : 5 euros
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V. S. Naipaul

Romancier trinidadien, Vidiadhar Suprajasad Naipaul est né à Trinidad le 17 août 1932. L'exemple de Vidiah Seepersad Naipaul, issu de pauvres immigrants hindous mais journaliste au Guardian et auteur d'un recueil de nouvelles, ne manqua pas d'influencer ses fils: l'aîné, Vidiadhar, évoque son histoire dans Une maison pour M. Biswas; le cadet, Shiva, né en 1945, devint également un romancier apprécié.

V. S. Naipaul reçut l'éducation poussée qui convenait à sa caste de brahmane à Queens Royal Collège puis à l'université d'Oxford. Il s'établit alors en Angleterre, écrivit pour le New Statesman et dirigea le programme "Voix de la Caraïbe" à la B.B.C. avant de devenir écrivain de profession. En l'absence d'une tradition littéraire propre à la Caraïbe dont le public restreint ne pouvait lui suffire, il visa une audience internationale et s'efforça de créer un univers romanesque vraisemblable et sympathique pour évoquer une société qu'il percevait comme chaotique et changeante.

Son art allie pourtant le réalisme documentaire à une vision de satiriste plus qu'à la tendresse railleuse de l'humoriste. Naipaul est surtout romancier. Son troisième volume publié, le recueil des nouvelles de Miguel Street (1959) est son premier écrit. Le jeune narrateur relate les événements du monde de la rue où les actions d'éclat sont souvent des stratégies de survie: Bogart est ainsi surnommé parce qu'il imite la vedette du film Casablanca; Man-Man joue le Christ au calvaire pour attirer, au moins une fois, tous les regards mais s'insurge vite quand les spectateurs se mettent à le lapider. Cet univers coloré de "machos" qui maltraitent les femmes est un monde de ratés où le paraître, et non le faire, confère l'importance et l'identité. Dans un milieu post-colonial, il s'avère impossible de construire et d'oeuvrer. Le Masseur mystique (1957) reprend ce thème pour proposer la chronique acide et bouffonne de l'ascension d'un charlatan -- situation que Naipaul évoquera à nouveau, avec plus de gravité, dans le premier roman qu'il écrit sur un sujet anglais, Les Hommes de paille (1967). On vote à Elvira (1958) passe du destin personnel aux comportements collectifs. L'organisation d'élections après l'Indépendance dans le village le plus isolé et arriéré de l'île permet au narrateur de disséquer les accommodements et les malversations qui font de ce petit monde dont les valeurs religieuses se sont effondrées une foire d'empoigne où chacun revendique les lambeaux d'un pouvoir illusoire. Les antagonismes entre groupes raciaux, ethniques et religieux révèlent que l'argent est devenu la seule valeur qui compte. Le récit plein de verve reflète un merveilleux sens du parler local mais la critique sociale est acerbe.

D'une tout autre facture est le chef-d'oeuvre de V.S. Naipaul, Une maison pour M. Biswas (1961). Ce monument érigé à la mémoire de son père et au souvenir de son enfance contient assez de compassion et de tendresse pour que sa critique ne dépasse guère les limites de l'humour. On a beaucoup reproché à Naipaul sa peinture acide des pays du Tiers-Monde et sa critique de leurs dirigeants, et des échecs répétés de leurs plans de développement. Il s'est sans cesse davantage tourné vers ces nouvelles nations. Dans L'Inde brisée (1977), il juge le quiétisme fataliste du Mahatma Gandhi nuisible à l'individu et au développement de l'Inde, alors que les Hindous immigrés dans la Caraïbe font preuve de dynamisme et d'initiative. Dans Le Baraquement bondé (1972), Naipaul déplore le factionnalisme, facteur d'arriération, à l'île Maurice, et évoque la décolonisation en Egypte et en Afrique centrale dans des nouvelles de Dis-moi qui tuer (1971) et dans le roman À la courbe du fleuve (1979). En fait l'essentiel de sa critique sociale est consacré à la Caraïbe comme dans La Perte de l'Eldorado (1965), et Le Passage du milieu (1965), qui met en opposition deux grands moments du destin de Trinidad et cherche dans la psychologie et l'histoire des explications aux problèmes actuels. Guérilleros (1975) pose la même problématique à travers ses personnages: Jane incarne la classe des aristocrates coloniaux dont le statut a décliné après l'Indépendance; mi-Chinois, mi-Africain, Jimmy est attiré par cette culture qu'il déteste. Malgré ses slogans révolutionnaires, il ne parvient pas à dominer cette fascination et le roman laisse une impression chaotique d'irrationnel et de tension. A la courbe du fleuve situe en Afrique une thématique comparable.

Parmi bien d'autres oeuvres non romanesques, V.S. Naipaul a également donné une belle autobiographie littéraire, L'Énigme de l'arrivée (1987). Il a obtenu le prix Nobel de littérature 2001.

V. S. Naipaul
La fin du roman