Sinclair Lewis
Sinclair Lewis
Biographie : Vie et oeuvre de Sinclair Lewis.

Romancier américain, Sinclair Lewis est né le 7 février 1885 à Sauk Center (Minnesota, Etats-Unis).

Fils et petit-fils de médecin, il perdit sa mère dans sa petite enfance et fit ses premières études à l'école de sa ville natale. Il entra en 1903 à l'université de Yale, où il se distingua par l'originalité de ses opinions et déjà par son activité littéraire. Il dirigea une revue et collabora à plusieurs petits journaux. Il lut les poètes anglais et écrivit des poèmes.

Ayant, en 1906, quitté l'Université, il fit partie quelque temps du groupe socialiste d'Upton Sinclair. Il fit un séjour décevant à Panama, puis rentra à Yale et y obtint ses diplômes en 1908.

Après maints voyages et une vie quelque peu bohème, Sinclair Lewis se lança à fond dans le journalisme. Il fut un moment reporter, puis éditorialiste pour plusieurs maisons d'édition et magazines. En même temps, il commença à écrire des romans, qui recueillirent une critique favorable mais peu de lecteurs. À la même époque, il écrivit avec un succès toujours croissant pour des magazines populaires comme le Saturday Evening Post et le Cosmopolitan. Ses histoires étaient lues par des millions de personnes et lui apportaient une renommée considérable auprès du grand public. Il travailla encore à de petits métiers, mais sans jamais abandonner son ambition de devenir un grand romancier. Ces expériences lui serviront de base pour plusieurs ouvrages d'importance secondaire, en particulier pour The Job (1917).

Cependant, par un gros effort de travail, il entreprit d'écrire un livre qui lui apporta autre chose que le succès des magazines, et en 1920 parut Main Street, qui stigmatisa une fois pour toutes l'étroitesse d'esprit et l'intellectualisme superficiel qui sévissaient dans toutes les "Main Street" d'Amérique. Avec ce livre, qui pourrait n'être qu'une étude sociologique d'une petite ville du Middle West, le réalisme américain trouva sa meilleure expression littéraire et Lewis gagna une renommée mondiale. Du même coup, il se libéra complètement du réalisme anglais, tel celui d'Arnold Bennet et de H. G. Wells, dont il s'était inspiré dans ses premiers romans. Livre satirique, Main Street, dans son attaque du provincialisme, est aussi l'expression de la conscience nationale de l'après-guerre.

Babbitt (1922) met en scène le petit homme d'affaires américain, satisfait de lui-même, vidé de toute personnalité par la fréquentation des Rotary clubs, par l'idéal du business et le conformisme général. Plus qu'aucun autre livre de cette décennie publié en anglais, Babbitt eut un effet considérable sur le public anglo-saxon, si bien que le mot même est passé dans le langage pour désigner ce type de personnage. Cet ouvrage se caractérise par une écriture volontairement plate et uniquement descriptive dans l'énumération. À ce titre, les cent premières pages qui sont le relevé minutieusement détaillé des faits et gestes du personnage sont un chef-d'œuvre de malice dans la compilation.

Arrowsmith (1925) est une étude satirique de la profession médicale; Lewis y attaque le mercantilisme et la jalousie professionnelle qui ruinent l'intégrité et l'idéal scientifiques. Pour certains critiques c'est son meilleur roman.

En 1926, Sinclair Lewis obtint le prix Pulitzer avec Mantrap mais il le refusa en arguant que cette récompense tendait à rendre les écrivains "obéissants, inoffensifs et stériles". D'où les violentes critiques dont il fut ensuite l'objet aux États-Unis, et qui atteignirent leur paroxysme en 1930, année où il obtint le prix Nobel de littérature. Il est vrai que, de son côté, l'écrivain, dans son discours de remerciements au comité du prix Nobel, intitulé La Peur américaine de la littérature, ridiculisa ses ennemis littéraires et en particulier l'Académie américaine des arts et des lettres.

Elmer Gantry (1927) est une attaque pamphlétaire des chefs grossiers, ignorants et rapaces dissimulés dans l'Église protestante, ainsi qu'un violent portrait satirique de l'hypocrisie religieuse. Très controversé, ce livre eut moins de succès en tant qu'œuvre littéraire que comme récit d'anticipation.

La production de cette époque témoigne de dispositions antibourgeoises à la manière de Henry Louis Mencken dont l'influence coïncida avec la parution des premiers romans importants de Lewis. En 1928 paraissent L'Homme qui connaissait Coolidge, puis Dodsworth (1929), ouvrage presque dénué de satire mais fine étude de la qualité des relations humaines: expérience d'un Américain, ancien constructeur d'automobiles, et de sa femme au cours d'un voyage en Europe, et analyse des réactions de deux tempéraments très différents devant le changement des valeurs entre leur pays et l'Europe.

Après un autre roman., Ann Vickers (1933), Œuvre d'art (1934) révise le jugement rendu sur les milieux d'affaires américains dans Babbitt. Le libéralisme fondamental de Lewis fut affirmé d'ailleurs de façon plus définitive encore dans un ouvrage où il attaquait violemment le fascisme: Impossible ici (1935). La même année paraissent un Choix de nouvelles, en 1939, Les Parents prodigues et, en 1940, Bethel Merriday.

Les dernières années de la vie de Lewis furent malheureuses tant du point de vue personnel que littéraire. Cependant plusieurs ouvrages virent le jour: Gideon Planish (1943), Cass Timberlane (1945), De sang royal et enfin Le Monde si vaste (1951), son vingt-deuxième et dernier roman qui traite de l'existence d'Américains en Italie.

Il fut élu membre de l'Institut national des arts et des lettres en 1935 et de l'Académie américaine des arts et des lettres en 1938.

Sinclair Lewis est mort à Rome le 10 janvier 1951, à l'âge de 66 ans.