Vladimir Ilitch Lénine

Vladimir Ilitch Lénine

Avocat, écrivain, révolutionnaire russe, dirigeant du parti bolchevik, fondateur de l'Etat soviétique, Vladimir Ilitch Oulianov — qui se fait appeler Lénine à partir de 1901 — est né le 10 avril 1870 à Simbirsk (aujourd'hui Oulianovsk, sur la Volga).

Issu d'une famille de la petite bourgeoisie. Son père est inspecteur d'académie et sa mère, Maria Blank, appartient à une famille d'origine allemande depuis longtemps russifiée. Le principal événement de sa jeunesse est l'exécution, en 1887, de son frère aîné Alexandre qui a participé à une conspiration visant le tsar.

Lénine suit des études de droit à l'université de Kazan, mais il est impliqué dans des menées révolutionnaires et renvoyé de l'université. Il passe en 1891 son examen à l'université de Saint-Pétersbourg, où il s'installe en 1893 comme avocat. Ici aussi, il est actif au sein des cercles révolutionnaires.

En 1895, après avoir fait la connaissance en Suisse de Plekhanov lors de son premier voyage à l'étranger, il fonde à Saint-Pétersbourg la "ligue de combat pour la libération de la classe ouvrière", dont sera plus tard issu le parti social-démocrate de Russie.

En 1897, il est arrêté et déporté trois ans en Sibérie, dans la région des sources du fleuve Lénisseï. La relative liberté de mouvement dont il dispose lui permet de se consacrer à l'étude de la littérature marxiste. Il y écrit Le Développement du capitalisme en Russie (1899). En 1898, il épouse en exil Nadejda Kroupskaïa, qui sera à la fois sa compagne et sa collaboratrice jusqu'en 1924.

À son retour de Sibérie, il émigre pour la première fois. De 1900 à 1905, il séjourne successivement à Londres, Munich et Genève où il publie le journal Iskra ("L'Étincelle") et sous le pseudonyme de Lénine son Que faire ? (1902).

En 1903, il participe au IIe Congrès du parti social-démocrate de Russie (qui se tient d'abord à Bruxelles puis à Londres) — congrès qui entraîne la division de la formation entre la tendance modérée des mencheviks dirigée par Julius Martov et la fraction radicale des bolcheviks sous sa propre conduite. Cette rupture est consommée à Prague en 1912. À cette date, les bolcheviks publient leur propre organe de presse, la Pravda ("Vérité").

Pendant la révolution de 1905-1906, qu'il considère comme une "répétition générale" en vue d'une révolution socialiste en Russie, Lénine séjourne à Saint-Pétersbourg. À la suite de cet événement commence pour lui une deuxième période d'émigration (1907-1917) qui le fait voyager à Genève, Paris, Cracovie et, finalement pendant la Première Guerre mondiale, à Berne et Zurich. Résidant en Suisse, il participe aux conférences de Zimmerwald (1915) et de Kienthal (1916), au cours desquelles il se prononce pour transformer la "guerre impérialiste" en guerre civile et pour la création d'une IIIe Internationale, celle-ci communiste, qui verra le jour en 1919 à Moscou.

Pendant ses années d'exil, il développe une théorie révolutionnaire qui est certes fondée sur la pensée de Karl Marx mais qui est aussi fortement imprégnée de l'héritage intellectuel russe. Dans ses nombreux écrits, parmi lesquels il convient de citer tout particulièrement Que faire ? (1902), L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916) et L'État et ta Révolution (1917), il applique de manière pratique les thèses marxistes aux particularités de l'évolution en Russie, pour réclamer une révolution anticipée qui mènera au socialisme et au communisme après le stade intermédiaire d'une "dictature du prolétariat". Selon lui, le vecteur de la révolution russe doit être le prolétariat allié à la paysannerie, mais servi par I'avant-garde du parti bolchevique, un petit groupe de révolutionnaires expérimentés. Cette révolution devra entamer l'ère de la révolution mondiale.

L'essentiel de son oeuvre — l'édition la plus complète de ses textes comprend 55 volumes d'articles, de brochures, d'ouvrages, de lettres et de documents internes au parti, à l'État ou à l'Internationale communiste — est constituée de textes polémiques et programmatiques qui débouchent sur des mots d'ordre. En effet la politique est pour Lénine un art d'énoncer des tâches selon une analyse des rapports de forces. Elle relève de l'art de la guerre car, en raison même de la lutte des classes, le combat et la guerre sont la vérité de la politique — aussi la représentation est-elle dénoncée comme une mystification, ce qui conduit par exemple à préférer l'insurrection aux élections. Mais la politique n'est pas qu'une technique de combat puisqu'elle s'appuie sur un savoir scientifique, le marxisme. Aussi le style de Lénine repose-t-il sur un mélange de véhémence et de pédagogie très éloigné de celui de son auteur de référence, Karl Marx. Dès son premier texte important, Le Développement du capitalisme en Russie (1899), il affirme sa spécificité: selon lui la voie révolutionnaire en Russie est possible, mais il souligne le retard relatif du pays en raison du poids du despotisme et de l'asiatisme. Il est donc conduit à majore, dans Que faire ? (1902) et dans Un pas en avant, deux pas en arrière (1904), le rôle du parti jusqu'à en faire un véritable démiurge qui transforme les rapports de forces et qui détient la vérité. Lors de la révolution de 1905, il défend une ligne radicale de transformation révolutionnaire du pouvoir.

En 1912, il décide de quitter le Parti ouvrier social démocrate russe pour donner aux bolcheviks leur existence organisationnelle autonome. L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916) apporte son fondement économique à sa position politique pendant la guerre de 1914: les révolutionnaires doivent chercher à transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire contre leur propre gouvernement. Lénine est dans ce contexte, où il est très isolé, véhément contre les socialistes (une de ses cibles habituelles) qui se sont rangés derrière leur gouvernement.

Après la révolution de février 1917, Lénine parvient à regagner en avril la Russie en traversant l'Allemagne et la Suède, grâce à l'aide du gouvernement et de l'état-major allemands. Dans ses célèbres Thèses d'avril, il réclame un changement radical de la politique du parti bolchevique et préconise l'insurrection armée. Avec une grande force de persuasion, car il est à la fois un brillant dialecticien et un orateur convaincant, il s'oppose à tout soutien au gouvernement provisoire et plus tard à Alexandre Kerenski. Il rédige L'État et la Révolution (1917) qui fait apparaître que tout État est un appareil de violence au service d'une classe et exige de transférer "tout le pouvoir aux Soviets" (conseils de soldats et d'ouvriers). Il se prononce pour "la paix, la terre et le pain". Le parti bolchevik monopolise dès lors le pouvoir, ce qu'il justifie dans Les bolcheviks garderont-ils le pouvoir ? (1917).

Après l'échec du soulèvement bolchevique de juillet 1917, il doit à nouveau s'enfuir en Finlande, jusqu'à ce que les bolcheviks, sous la conduite de Léon Trotski, conquièrent le pouvoir les 25-26 octobre (7-8 novembre) 1917. La révolution se propage rapidement dans le peuple, d'autant plus que les bolcheviks promulguent aussitôt des décrets sur la terre et la paix, ce qui leur permet de gagner la sympathie de la masse des paysans et des soldats.

Au sein du nouveau gouvernement, qui porte le nom de Conseil des commissaires du peuple, Lénine occupe le poste de président. Sa position dominante dans le comité central du Parti bolchevique, qui se nomme Parti communiste à partir de 1918, reste indiscutable jusqu'à sa mort Il est accaparé par les tâches de direction, néanmoins il s'exprime fréquemment, notamment pour justifier l'exercice de la dictature du parti unique. Ses propos sont souvent violents — cf Comment organiser l'émulation (1917) — et ses décisions sont souvent implacables (ouverture en juillet 1918 du premier camp de concentration). II appuie toutes les mesures, plus ou moins brutales, qui favorisent la consolidation du pouvoir bolchevique, écarte toute opposition, encourage la création d'une police politique (la Tchéka) et dissout l'Assemblée constituante en janvier 1918.

Les dernières années de sa vie sont assombries par la maladie et par des soucis croissants quant à la bureaucratisation de l'appareil du Parti. La question de sa succession le préoccupe aussi vivement. Dernier retournement tactique de sa carrière, il annonce lors du Xe Congrès du Parti en mars 1921, l'introduction de la "Nouvelle politique économique" (NEP) qui redonne une place au marché, dans le but de stabiliser la situation économique. Dans son Discours au Xe Congrès du parti (1921), il valorise à l'extrême l'"unité de la volonté", jugeant qu'une organisation est d'autant plus forte qu'elle est plus unie, ce qui légitime le recours à l'épuration, méthode qui vaut à l'intérieur du parti comme dans les rapports du parti avec l'ensemble de la société.

Dans son Testament (1922), il propose que Joseph Staline soit écarté de son poste de secrétaire général du Parti communiste soviétique.

Après plusieurs attaques d'apoplexie, Lénine meurt à Nijni-Novgorod (aujourd'hui Gorki, près de Moscou) le 21 janvier 1924, à l'âge de 53 ans. A l'opposé de son style de vie dépouillé, son corps est exposé dans un mausolée sur la place Rouge.

Vladimir Ilitch Lénine
L'impérialisme, stade suprême du capitalisme