Abdelkébir Khatibi
Abdelkébir Khatibi
Biographie : Vie et oeuvre de Abdelkébir Khatibi.

Écrivain marocain de langue française, Abdelkébir Khatibi est né le 11 février 1938 à El Jadida (Maroc) où il passe son enfance. Son père est un lettré originaire de Fès, d'abord imam de mosquée avant de s'installer comme négociant à El Jadida.

Après le décès de son père, Abdelkébir Khatibi intègre en 1950 le Collège Sidi Mohammed de Marrakech puis le Lycée Lyautey de Casablanca où il passe le baccalauréat en 1957. En 1959, il entame des études de sociologie et de philosophie à la Sorbonne à Paris, et soutient en 1965 une thèse sur le roman maghrébin. Il fait partie d'un des premiers groupes d'études sur la littérature maghrébine d'expression française, animé par Albert Memmi, et commence à collaborer à la revue Souffles, publiée par l'Association des Écrivains méditerranéens. Il adhère parallèlement au mouvement des étudiants communistes marocains regroupés autour de L'Union Nationale des Étudiants du Maroc (UNEM).

De retour au Maroc, Abdelkébir Khatibi occupe à partir de 1964 un poste d'enseignant-chercheur à l'Institut de sociologie de Rabat. Il participe à la fondation du Syndicat de l'enseignement supérieur marocain et mène une intense activité intellectuelle et politique qui le propulse bientôt parmi les penseurs et écrivains marocains les plus en vue de sa génération. Il est nommé directeur de l'Institut Universitaire de la Recherche Scientifique de Rabat et dirige le Bulletin économique et social du Maroc (renommé en 1987 Signes du présent).

Son oeuvre va du roman: La Mémoire tatouée (1971), Le Livre du sang (1979), Amour bilingue (1983), Triptyque de Rabat (1993), Un été à Stockholm (1990), Pèlerinage d'un artiste amoureux (2003), Le scribe et son ombre (2008), à l'essai: Le Roman maghrébin (1968), La Blessure du nom propre (1974), Vomito Blanco (1974), Maghreb pluriel (1983), Figures de l'étranger (1987), Paradoxes du sionisme (1989), Penser le Maghreb (1993) en passant par la poésie: Le Lutteur de classe à la manière taoïste(1976), Dédicace à l'année qui vient (1986), Aimance (2004) le théâtre: Le Prophète voilé (1979) et la critique d'art: Du signe à l'image (1995), L'Art contemporain arabe (2001). Plusieurs de ses ouvrages ont été couronnées par divers prix littéraires: Grand Prix de l'Académie française (1994), Grand Prix du Maroc (1998), Prix de la Société des Gens de Lettres (2008),...

Abdelkébir Khatibi introduit et impose, dans la variété de ses écrits, une pensée tout à fait singulière fondée sur deux notions qui articulent toute son oeuvre: celle de "pensée autre" et de "bi-langue". Ces notions sont largement influencées par la pensée de Jacques Derrida, de Maurice Blanchot, dans une filiation double avec les grands textes de poésie française (Mallarmé, surtout), et de la tradition intellectuelle, mystique et littéraire arabo-musulmane (Ibn Arabi, Hallâj, mais aussi Abu Nawas). La proposition la plus intemporelle et la plus originale de son oeuvre tient sans doute dans son style particulier, entre autofiction et du roman à thèse, un vacillement du langage aux limites du social, de la philosophie et de la poésie.

Abdelkébir Khatibi est mort le 16 mars 2009 à Rabat, à l'âge de 71 ans.

Triptyque de Rabat

Abdelkébir Khatibi, poète, critique, penseur, se révèle ici à nouveau également un maître de l'énigme, de la volute chatoyante et de l'allusion suggestive. Le Triptyque de Rabat, qui est en quelque sorte une manière de parabole politique et en même temps un traité de la vie amoureuse, s'efforce de débusquer les ressorts d'une nouvelle sainteté laïque, entre Islam et Modernité, en démêlant les fils inextricables d'un monde tissé de mirages, de sous-entendus, de chuchotements, de cris de terreurs et de jouissance étouffés. Il nous offre ainsi un portrait inquiétant de l'univers du Pouvoir en vase clos, sibyllin, brutal et feutré, château de cartes interchangeables, palais de miroirs toujours à la merci d'une soudaine irruption du réel. Le Triptyque de Rabat peut être une sorte de réplique inversée ou en chiasme de l'univers du Quatuor d'Alexandrie de Lawrence Durrell, magie d'un monde insinuant et occulte où le démiurge règne en maître. C'est un livre de maturité qui se dérobe à toute facilité manichéenne et se fraye un chemin courageux entre Occident et Orient, Français et Arabes, Modernité et Tradition. Aux forces délétères de la corruption, du népotisme et du secret endémique, véritables puissances du règne de l'éphémère et de la dissipation, Khatibi oppose l'éternité d'un symbole invaincu qui est également une métaphore féconde et complexe: le Faucon magique.