Joseph Kessel

Biographie Joseph Kessel
Joseph Kessel
Les Grands Naufragés

Éditions de La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0290-6
Prix : 5 euros
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Joseph Kessel

Écrivain français, Joseph Kessel est né de parents juifs lituaniens à Clara (Argentine), le 10 février 1898.

Il passe une partie de son enfance chez ses grands-parents maternels à Orenbourg, au pied de l'Oural, avant de poursuivre ses études en France, d'abord au lycée de Nice puis à Paris, au lycée Louis-le-Grand en 1914. Il passe une licence de lettres en Sorbonne et suit des cours au Conservatoire d'Art dramatique pour devenir comédien. Il fait ses débuts dans le journalisme en rejoignant en 1915 le service de politique étrangère du Journal des Débats, dans lequel il est chargé de traduire des articles russes. En 1916, il découvre les débuts de l'aviation de guerre en tant qu'observateur. Après la guerre, sa vie à Paris est tumultueuse, toujours à la recherche d'émotions fortes. Il voyage aux États-Unis, fait des reportages sur la Chine, l'Indochine, l'Inde et Ceylan. De ses expériences, il tire la matière de ses premiers romans: L'Équipage (1923) -- roman quasi autobiographique où il raconte son expérience de pilote pendant la Première Guerre mondiale -- et des récits et des reportages: Mémoires d'un commissaire du peuple (1925) et Les Rois aveugles (1925) qui lui vaudront le grand prix du roman de l'Académie française en 1927.

Dès lors, l'oeuvre de Joseph Kessel se développe à un rythme accéléré, parallèlement à une vie d'homme d'action. Sa carrière est bientôt jalonnée de grands reportages à succès publiés dans divers journaux comme La Liberté, Le Matin, Gringoire, Détective, France-Soir, etc. Au début des années 1930, il se rend à plusieurs reprises en Allemagne afin de rendre compte de la montée du nazisme. En 1936, il participe à la guerre d'Espagne; en 1940, il est correspondant de guerre; en 1941 il entre dans la clandestinité puis, en 1942, passe en Angleterre où il devient capitaine d'escadrille. L'Armée des ombres (1943) fera la chronique de ces évènements de la Résistance dont il est devenu l'un des chantres. En compagnie de son neveu Maurice Druon, il écrit les paroles du célèbre Chant des partisans, rédigées à Londres en 1943 pour encourager les soldats du front. Il est élu à l'Académie française en 1963 et poursuit ses voyages en Inde, au Brésil, en Afghanistan.

Pour Joseph Kessel, la littérature est l'expression d'aventures vécues dont il rend de façon réaliste le foisonnement et le mouvement dramatique. L'auteur était là, il dit ce qu'il a vu et c'est son tempérament qui impose à l'oeuvre sa force persuasive. Tout naturellement, l'ensemble des ouvrages de Joseph Kessel -- plus de quatre-vingts volumes -- suit les phases essentielles de son existence. On y trouve toute une imagerie violente évoquant la Russie d'après la révolution d'Octobre -- La Steppe rouge (1922), Le Journal d'une petite fille sous le bolchevisme (1926) -- ou les émigrés russes venus se réfugier à Paris, Nuits de princes (1927). Il y a l'évocation de la fraternité qu'engendrent la guerre ou les dangers, soit qu'un homme seul les ait courus (Mermoz, 1938, témoigage sur l'essor de l'Aéropostale) ou qu'ils aient été partagés: L'Équipage, Vent de sable (1929), Fortune carrée (1930). Il y a enfin les reportages rapportés de pays plus ou moins lointains (En Syrie, 1927, Dames de Californie, 1928) ou puisés dans la faune des hors-la-loi (Bas-Fonds, 1932, Nuits de Montmartre, 1932).

La Seconde Guerre mondiale opère une coupure dans le ton général de l'oeuvre. La curiosité de Joseph Kessel demeure toujours vive, mais elle se teinte de pitié pour parler des drogués de La Tour du malheur (1950) ou des alcooliques (Avec les alcooliques anonymes, 1960) ou d'un petit mendiant bossu: Au grand Socco (1952). Il se veut, comme l'indique un de ses titres, Témoin parmi les hommes (1956). Dans cette oeuvre, où la psychologie de la perversion (Belle de jour, 1928, adapté à l'écran par Luis Bunuel) a occupé une certaine place, se fait jour une fraîcheur toute poétique avec Le Lion (1958), son plus grand succès de librairie, écrit à la suite d'un voyage au Kenya, qui raconte l'amour que porte une fillette à un superbe lion du Kilimandjaro.

Les voyages qu'il effectue en 1966 pour le compte de l'Organisation Mondiale de la Santé lui permettent d'approcher des civilisations encore mal connues comme celle dont il décrit les moeurs, hautes en couleur, dans Les Cavaliers (1967), roman consacré aux Afghans des steppes qu'exalte une "liberté merveilleuse et sauvage". Enfin, parlant devant l'Académie française, il revendique hautement son appartenance au judaïsme, de même qu'il en avait témoigné dans Terre de feu (1948), publié au moment de la création d'Israël où il sera le premier visiteur à obtenir un visa du nouvel état.

Joseph Kessel est mort le 23 juillet 1979 à Avernes (Val-d'Oise), à l'âge de 81 ans.

La presse et l'édition au temps de Kessel

Pour bien comprendre dans quel contexte Joseph Kessel a exercé ses professions de reporter et de romancier, il faut s'intéresser à l'histoire de la Presse et de l'Édition de 1920 à la fin des années 1950. Il est également utile de connaître l'évolution des moyens de diffusion -- journaux et maisons d'édition -- à partir du début du XXe siècle, afin de montrer que Kessel a véritablement débuté sa carrière au moment de l'histoire des médias le plus propice pour les grands reporters de presse écrite. Notre chronologie indicative évoquera simultanément l'histoire de la Presse et de l'Édition, leurs rapports, en insistant par exemple sur les contributions d'écrivains aux journaux, ou, à l'inverse, sur les reporters rédigeant des romans.

A la fin du dix-neuvième siècle, les relations entre le monde de la Presse et celui de l'Édition étaient déjà très étroites, puisque "le principal souci d'un lanceur de journal était de publier un roman sensationnel" (1); ainsi, les écrivains rédigent des articles pour les journaux et les journalistes s'essayent à la création romanesque: "Entre les journalistes et les écrivains, une certaine interférence des rôles s'est instituée: les seconds ont appris à user de l'écriture journalistique avec ses particularités tandis que les premiers ont aspiré à devenir écrivain à part entière." (2)

La plupart des écrivains ont prêté leur plume aux grands quotidiens de leur temps: Zola, Voltaire, Diderot, Mirabeau, Chateaubriand, Victor Hugo... Le public semble être attiré par la présence de ces grands noms de la littérature, et cela explique sûrement en partie "l'âge d'or de la Presse", de 1871 à 1914 (3): "A l'époque de Kraus [début du XXe siècle], les journaux ont déjà tendance à utiliser de plus en plus les écrivains pour rehausser leur prestige, en particulier auprès de la classe cultivée, et augmenter leurs chiffres de vente; et les écrivains se servent eux-mêmes de plus en plus des journaux pour accroître leur notoriété et leur influence sur le grand public et assurer la promotion de leurs propres oeuvres (4)." Il ne s'agit pas encore de grand reportage, mais uniquement d'une relation étroite et profitable entre les romanciers et le monde de la Presse, relation qui annonce déjà celle qui, à partir des années 1920, poussera certains romanciers à s'essayer au reportage.

Au début du XXIe siècle, une nouvelle catégorie de journalistes attire de plus en plus l'attention du public: "Depuis le début du siècle, des journalistes, appelés grands reporters, avaient fait vivre à leurs lecteurs les événements de l'actualité... (5)" Certains d'entre eux avaient déjà effectué des reportages à la fin du XIXe siècle, puisque le reportage est né en France à cette époque (6), mais c'est surtout dans la décennie qui précède la Première guerre mondiale qu'ils vont véritablement devenir populaires. Outre-Atlantique, un "reportage" avait toutefois déjà enthousiasmé et passionné les lecteurs dès les années 1870: "Le reportage avait déjà gagné ses lettres de noblesse dans des événements du type 'retrouvailles' de l'explorateur et missionnaire britannique David Linvingstone, disparu en Afrique orientale, par Henry Stanley en 1871. Celui-ci avait été envoyé à sa recherche en 1869 à la demande du directeur du New York Herald, James Gordon Benett jr., qui a montré ainsi que la presse pouvait 'créer l'événement' en tenant son public en haleine pendant toute l'expédition (7)."

C'est ce procédé (le récit construit sur les mêmes bases que le roman d'aventures) que les grands reporters français adopteront le plus souvent, à partir des années 1920 essentiellement. Mais au début du XXe siècle, le monde de la Presse ne représente pas encore un secteur professionnel très important: en 1900, environ six mille journalistes exerçaient en France, dont un peu plus de la moitié dans la capitale (8). En 1907, Gaston Leroux, grand reporter, publie son premier roman, Le Mystère de la chambre jaune, dont le très grand succès populaire le poussera à rédiger toute une série de textes ayant pour héros Rouletabille, et le conduira finalement "à quitter la presse pour se consacrer uniquement à l'écriture" (9); son héros va contribuer à donner au public une image glorieuse du grand reporter, même s'il faudra attendre encore quelques années pour que le mythe littéraire soit supplanté (ou tout du moins rattrapé) par le "vrai" journaliste au long cours.

Le 15 novembre 1908, Jean Schlumberger, Jacques Copeau, André Ruyters, Henri Vangeon, Marcel Drouin et André Gide fondent la Nrf (Nouvelle Revue Française), et très vite (en décembre 1910) ils envisagent de "prolonger le succès de la revue par la création d'un comptoir d'édition" (10), dont ils confient la direction à Gaston Gallimard, futur dirigeant de cette respectueuse maison d'édition mais également futur créateur de divers journaux -- et donc acteur important dans la relation entre les mondes de l'édition et de la presse pendant l'entre-deux guerre.

Dès 1910, les journaux semblent commencer à prendre conscience de l'importance des reportages: "Le nouveau reporter qui se fait écrivain, les patrons de presse semblent décidés, dorénavant, à lui donner sa chance, en lui accordant des moyens financiers à la mesure d'une ambition internationale (11)." Mais un grand nombre d'entre eux ont beaucoup de mal à paraître: sur soixante titres de quotidiens parisiens, trente-neuf tirent à moins de 5.000 exemplaires, dont vingt-cinq à moins de 500 (12). Il faut donc à tout prix trouver des moyens pour retenir les lecteurs, et la mise en valeur du grand reportage sera une idée qui, peu à peu, s'imposera logiquement.

En 1914, le journal Le Matin, lancé en 1884 et repris par Maurice Bunau-Varilla quinze ans plus tard, tire à 900.000 exemplaires; son conseil d'administration décide le 13 février d'octroyer un crédit de 30.000 francs pour le lancement de la publication en feuilleton, dans ses colonnes, du roman de Gaston Leroux, Rouletabille à la guerre (13). A cette date, les quatre quotidiens parisiens les plus importants (ils dépassent chacun le million d'exemplaires) sont Le Petit Journal, Le Petit Parisien, Le Matin et Le Journal (14). La pagination moyenne est alors de huit à dix pages, et le prix au numéro généralisé à cinq centimes, ce qui permet d'accroître les tirages de façon considérable: de 1 million en 1870 à 5,5 millions d'exemplaires en 1914 pour ce qui concerne la capitale (15). L'attrait du public pour les articles rédigés par les reporters n'est sans doute pas étranger à cette augmentation; au début de la Première guerre, il cherche à être informé de la situation précaire du pays en lisant les nouvelles que les journalistes rapportent du front; ainsi, Albert Londres, qui n'est pas encore connu, publie le 21 septembre 1914 dans Le Matin un article dans lequel il décrit la Cathédrale de Reims dévastée par les combats.

La situation de guerre profite parfois aux "journalistes en herbe", trop jeunes pour être envoyés au combat mais qui peuvent cependant publier quelques articles dans les quotidiens; c'est le cas de Joseph Kessel qui, au cours de l'été 1915, est affecté grâce à sa parfaite connaissance de la langue russe au service de politique étrangère du Journal des débats, quotidien tirant à peine à 30.000 exemplaires.

Lorsque la guerre se termine enfin pour les journaux, le 12 octobre 1919 (date de la levée de l'état de siège), l'heure est à la reconstruction: de nombreux titres ont disparu, et les conditions économiques et sociales sont catastrophiques. Les quotidiens s'emploient à glorifier les soldats morts pour la patrie, ce qui agace certains écrivains, dont Kessel, qui préférera la vérité des situations lorsqu'il évoquera la vie des soldats dans L'Équipage (1923): "Kessel entend (...) protester en tant qu'écrivain contre le pathétique grossier des journaux. Pour lui, le mode épique sonne faux." (16)

En juin 1919, alors que la revue reparaît après cinq ans d'absence, les fondateurs de la Nrf décident que Gaston Gallimard dirigera la maison d'édition. Le 26 juillet 1919, la "Librairie Gallimard" est ainsi créée, grâce à un capital de 1.050.000 francs réuni par cinq actionnaires: Emmanuel Couvreux, Jean Schlumberger, André Gide, Raymond et Gaston Gallimard (17).

Albert Londres effectue un reportage en Russie pour le quotidien Excelsior, qui commence à paraître le 12 mai 1920: "Nous commençons la publication d'une série d'articles sensationnels de notre envoyé spécial en Russie. M. Albert Londres est le premier journaliste français qui ait réussi à pénétrer, au prix des pires difficultés, jusqu'au coeur même de la République des Soviets. (...) Et nous allons connaître, enfin, par une enquête passionnante comme un tragique roman d'aventures..." (18)

Cette même année, le prix des journaux est trois fois plus important qu'en 1914: le quotidien coûte désormais un sou (19). En avril, une enquête publiée par le B.I.T. (Bureau International du Travail) dévoile les rémunérations moyennes des journalistes français: le salaire d'un reporter est estimé à 1.000 francs, ce qui représente une somme peu importante, puisqu'à titre de comparaison un instituteur, logé par l'administration, gagne 1.060 francs (20). Enfin, le début des années '20 coïncide avec le regain d'attention que le public porte aux reporters, jusque-là assez discrets dans les journaux. Les principaux quotidiens "reconstituent et étoffent leurs équipes de grands reporters" (21), conscients de cette nouvelle demande des lecteurs. C'est le début de "l'âge d'or" du grand reportage et du surcroît de prestige du reporter: "(... ) à partir des années 1920, le cinéma s'empara du mythe: il fera du journaliste un héros soucieux de son rôle social..." (22) Le cinéma qui, avec les actualités filmées diffusées avant le film, commence à inquiéter la presse: "L'impact des actualités filmées n'est pas négligeable, car les réseaux de distribution ont une grande densité, dès les années 1920 (plus de deux mille salles), et connaissent une croissance rapide (23)."

Dès l'année suivante, en juin 1921, a lieu la première retransmission radiophonique -- un média qui va concurrencer de plus en plus le monde de la Presse écrite, puisqu'il permet aux auditeurs d'être informés beaucoup plus rapidement. A partir du 24 décembre 1921 (24), l'émetteur situé sur la tour Eiffel commence à diffuser ses émissions de façon régulière, même si très peu de Français peuvent les suivre. En 1922, le Prix Goncourt est, pour la première fois, décerné à un reporter romancier, Henri Béraud, pour son livre Le Martyr de l'obèse.

En 1923, Albert Londres effectue un grand reportage qui fera date dans l'histoire du journalisme pour deux raisons: tout d'abord, par son ton volontairement polémique -- il y exprime librement ses opinions -- et aussi parce qu'il s'agit de l'un des premiers reportages à être repris sous la forme d'un livre diffusé en librairie peu de temps après (même si Jules Huret, entre autres, avait déjà l'habitude de recourir à ce procédé). Au bagne paraît dans Le Petit Parisien du 8 août au 6 septembre, puis sort en volume à l'automne, dans une nouvelle collection dirigée par le grand reporter Henri Béraud chez Albin Michel intitulée "Grands reportages" (cette collection publiera ensuite des reportages de Henri Béraud (L'affaire Landru), d'Albert Londres (Dante n'avait rien vu) ou encore d'Edouard Helsey (Au pays de la monnaie de singe). Londres va par la suite utiliser de façon presque systématique ces deux moyens de diffusion que représentent le journal et le livre. "C'est devenu une règle. Elle répond d'abord à une saine logique commerciale à laquelle Londres, tout désintéressé qu'il soit, ne se montre pas indifférent (25)."

Très vite, d'autres éditeurs suivent cette voie pour répondre à l'engouement des lecteurs: la même année, Horace de Carbuccia, qui vient de fonder les Editions de France, publie des reportages des mêmes Henri Béraud (Ce que j'ai vu à Moscou, Le Flâneur salarié) et Albert Londres (Marseille, port du sud) (26). Dans un article publié en 1929, Béraud revient sur cette "frénésie" des éditeurs qui se sont tous empressés de créer une collection de textes rédigés par de grands reporters: "(... ) encouragées par la faveur du public, les librairies avaient pris coutume d'éditer des grands reportages. Il en existe un peu partout, des collections. Oserais-je rappeler que la première en date fut dirigée par votre serviteur chez Albin Michel ? Pierre Bonardi groupa ensuite aux Editions de France les auteurs de Notre temps. Puis Maurice Dekobra fut, chez Baudinière, le meneur de Toute la Terre..." (27)

Il faut signaler que les recueils d'articles existaient déjà avant la Première guerre, mais qu'ils "émanaient surtout de chroniqueurs et de critiques" (28) et que le reportage était encore marginal dans l'édition. La même année, la plupart des grands quotidiens sont visés par une série d'articles de Boris Souvarine publiés dans le journal L'Humanité en décembre 1923. Ils révèlent l'ampleur de la corruption dans la presse avant le début de la Première guerre mondiale puisque un grand nombre de journaux avaient reçus des pots-de-vin du gouvernement russe pour vanter les mérites des emprunts russes et mentir aux souscripteurs sur la santé économique de l'Empire. Le Matin, quotidien pour lequel Joseph Kessel travaillera quelques années plus tard, figure dans la liste des accusés et intente un procès contre L'Humanité, qu'il perd car les documents de Souvarine se révèlent authentiques (29). Mais le scandale n'affectera apparemment la confiance des lecteurs envers les journaux.

En 1923, l'éditeur Arthème Fayard lance une revue, Candide, qui atteint bientôt un tirage de 300.000 exemplaires. Le procédé est repris quelque temps après par Horace de Carbuccia avec Gringoire, et par Gaston Gallimard avec Détective.

Dans un article publié le 21 juin 1924 dans le numéro 9 du Journal littéraire, intitulé "Le roman reportage", Jean Rodes précise que le rôle du reporter est "bien moins de renseigner le public que de le tenir en haleine", et qu'il se doit d'utiliser les mêmes méthodes que les romanciers. Le lien entre reportage et création romanesque est ainsi déjà parfois analysé, ou tout du moins décrit par quelques journalistes. À cette époque Le Journal tire à 610.000 exemplaires et Le Matin à 598.000, ce dernier perdant toutefois régulièrement des lecteurs, ce qui expliquera en partie pourquoi son directeur, Maurice Buneau-Varilla, fait appel six ans plus tard à Joseph Kessel, alors renommé et très populaire.

A l'automne 1925, Henri Béraud quitte Albin Michel et rejoint les Editions de France de Horace de Carbuccia qui "publie, outre Béraud, des auteurs tels que Joseph Kessel, Raymond Recouly et Paul Chack" (30). La même année, Gallimard créé la collection Cinario "dans le but de donner au 7e art sa littérature propre et de faire écrire les plus visuels et les plus spectaculaires de ses auteurs, les Kessel et les Mac Orlan, directement pour des producteurs" (31). Roland Dorgelès publie les onze articles de son reportage "Sur la route mandarine" dans L'Illustration du 31 janvier au 18 avril. Il profite ensuite comme beaucoup de reporters de l'engouement du public -- et donc des éditeurs -- pour le genre en publiant son reportage en volume chez Albin Michel dès la fin du mois d'avril, soit à peine plus d'une semaine après la parution de son dernier article dans les colonnes du journal (32). Grasset publie également en volume un reportage de Louis Roubaud, Les Enfants de Caïn.

En mai 1927, avec l'affaire Nungesser et Coli, "la presse est prise en flagrant délit de fausse nouvelle" (33): plusieurs journaux annoncent sans en avoir attendu la confirmation l'arrivée victorieuse à New York des deux aviateurs français; mais bientôt, le public apprend l'affreuse nouvelle: leur avion s'est abîmé dans l'Atlantique. C'est, selon Francis Lacassin, un quotidien particulier qui a véhiculé la fausse information: "La bourde la plus célèbre dans ce genre a été faite en 1927 par le quotidien La Presse. Il annonçait sur cinq colonnes, en première page, l'arrivée triomphale à New York des premiers vainqueurs de l'Atlantique, les aviateurs Nungesser et Coli. Les malheureux n'ont jamais atterri. Leur avion l'Oiseau blanc a disparu sans laisser la moindre trace..." (34) "Les excuses collectives des journaux n'atténuent pas l'effet désastreux de la fausse nouvelle sur l'opinion" (35) et le public se méfie désormais des nouvelles qui lui sont annoncées. Cet "incident" est d'autant plus regrettable pour les journaux qu'un nouveau moyen d'information commence à faire discrètement son apparition: en 1927, 850.000 foyers sont déjà pourvus de postes de radio (36), chiffre qui ne cessera d'augmenter jusqu'au début de la Seconde guerre mondiale. Les maisons d'édition continuent cependant d'exploiter le filon du grand reportage: Gallimard publie notamment le livre Seule en Russie de la Baltique à la Caspienne, qui regroupe des articles rédigés par l'une des rares femmes grand reporter de l'époque: Andrée Viollis.

En 1928, les Editions de la Nouvelle Critique lancent la collection "La vie d'aujourd'hui", qui publie des reportages d'Emile Coudroyer, de Léo Gerville-Réache, de Joseph Kessel... (37) La même année, quelques spectateurs parisiens peuvent découvrir le premier film sonore, The jazz singer, dont la bande son est diffusée par un disque (38). Mais 1928, c'est surtout le lancement, par des patrons de maisons d'édition, de deux revues auxquelles collaborera activement Joseph Kessel. Le premier numéro de Détective sort en kiosques le 25 octobre. L'histoire de sa création, par Gallimard, est intéressante. Il s'agit d'une revue créée par un détective privé, André-Claude Brouillet, afin de lui apporter quelque publicité. Mais sa publication lui coûtant plus cher que ce que lui rapportaient les retombées publicitaires, il accepta de la vendre à Gallimard, l'éditeur lui assurant qu'il disposerait d'un encart publicitaire gratuit. Kessel relate la création de ce journal dans une interview inédite réalisée le 5 janvier 1976: "(... ) un jour, j'ai reçu la visite d'un homme qui s'appelait Achelbé et qui dirigeait une petite agence de détective privé. Pourquoi était-il venu me voir, je ne m'en souviens plus, sans doute parce qu'on lui avait parlé de moi. Toujours est-il qu'il m'a apporté une feuille qui s'appelait Détective, qu'il dirigeait, et dans laquelle il publiait un certain nombre d'histoires tirées de ses expériences personnelles de détective, ainsi que d'autres glanées à gauche et à droite dans les bas-fonds de Marseille et de Paris. Les noms des personnages étaient camouflés, les articles n'étaient pas signés, et le but de ce journal était en fait de faire de la publicité pour son agence. Mais Acheldé perdait de l'argent sans voir le nombre de ses clients augmenter, si bien qu'il m'a dit: "Voilà, je voudrais m'en débarrasser. Peut-être connaissez-vous quelqu'un susceptible d'être intéressé. Je suis prêt à vous vendre Détective à un prix très raisonnable". Il est parti en me laissant deux ou trois exemplaires. Or, comme j'adorais les romans policiers, et qu'il n'y avait aucune concurrence dans ce domaine à l'époque (la Série Noire n'existait pas), j'ai pensé qu'un hebdomadaire axé sur ce sujet pourrait avoir un succès considérable. J'allais immédiatement proposer l'idée à Gaston Gallimard qui l'a approuvée et qui deux jours plus tard a acheté Détective à Achelbé. Restait maintenant à trouver quelqu'un pour s'en occuper. Gallimard a donné carte blanche pour la direction de ce magazine à un garçon qui avait vingt-quatre ans et qui était mon frère."

Georges Kessel se charge donc de recruter divers collaborateurs: Marcel Montarron, Pierre Mac Orlan, Georges Simenon, Francis Carco, Paul Morand, et bien sûr Joseph Kessel. Tous ces reporters ne s'engagent pas immédiatement dans le projet, préfèrant se contenter de piges. Le premier numéro, tiré à 350.000 exemplaires, est un véritable succès. Au troisième numéro, publié le 15 novembre, un problème se pose: deux pages restent blanches. Georges Kessel demande alors à son illustre frère de l'aider à boucler le numéro, ce qu'il fait volontiers (39). Détective publie ainsi, dès 1928, les contes inédits La Coupe fêlée et Un Drôle de Noël. Profitant du succès du magazine, Gallimard créera par la suite une collection "Détective", dirigée par Maurice Sachs, qui se chargera de publier en volumes les enquêtes des collaborateurs du journal: quatre-vingt-six volumes paraîtront de 1934 à 1939 (40).

Gringoire est créé le 9 novembre 1928 (soit deux semaines après Détective) par Horace de Carbuccia, le directeur des Editions de France, Georges Suarez et Joseph Kessel; dès sa création, il compte une prestigieuse équipe de collaborateurs: Marcel Prévost, Lugné-Poe, Alfred Savoir, André Tardieu, Henri Béraud, Paul Lombard, Pierre Bonardi, Hauteclocque, et bien sûr Kessel (41). Le premier numéro de l'hebdomadaire, qui paraîtra tous les vendredi, compte douze pages et coûte cinquante centimes. Il propose en page 10 le premier chapitre d'un roman inédit de Joseph Kessel, Belle de jour. Sur cette même page, qui contient également un portrait de Kessel par Jean Cocteau (42), un petit encart publicitaire rappelle les ouvrages de Kessel disponibles aux éditions de la NRF -- alors que cette maison d'édition est dirigée par Gallimard, concurrent direct des Editions de France dont le directeur, Carbuccia, lance Gringoire... Parmi les titres disponibles, le lecteur apprend que le roman Belle de jour est "sous presse", ce qui indique qu'il sera très prochainement publié par Gallimard après avoir considérablement favorisé le lancement de la revue de Carbuccia. L'éditorial de la Une de ce premier numéro, intitulé "Naissance de Gringoire", indique que l'hebdomadaire publiera des textes romanesques mais également des récits de voyage: "Les meilleurs écrivains lui apporteront [les histoires] que leur confie une imagination souriante ou pathétique. (... ) Il n'est point que des fictions pour faire de belles histoires. Le vaste monde -- à notre époque surtout -- en regorge. Les voyageurs nous diront les routes et les mers..." Le premier numéro est tiré à 155.000 exemplaires, mais le succès que va progressivement rencontrer l'hebdomadaire permettra d'augmenter considérablement ce chiffre dès le début des années 1930.

Le lien entre Presse et Edition est donc, dans le cas de ces deux revues, extrêmement étroit. Gallimard ne se contente pas de lancer Détective en 1928: il publie également une revue consacrée au cinéma, sobrement nommée Du cinéma, qui commence à paraître en décembre. Ayant compris le profit qu'il pouvait retirer de la publication de tels magazines, surtout après les débuts très satisfaisants de Détective, Gallimard créé le 28 décembre la Z.E.D., une société chargée de lancer des journaux et des revues (43).

En août 1929, Albert Londres rédige à Evian une série d'articles intitulée "Le drame de la race juive: des ghettos d'Europe à la terre promise", publiée dans Le Petit Parisien. Il réfléchit simultanément à la publication de son reportage en volume: "Parallèlement, il prépare déjà le livre qu'il en tirera: Le juif errant est arrivé. C'est devenu une habitude, un réflexe naturel. De toute façon, pour "augmenter" son texte, selon la formule consacrée, il pourra largement puiser dans ses notes restées inédites." (44)

Peu de temps après, la crise de la bourse de New York a des répercussions économiques internationales, y compris en ce qui concerne le monde de la Presse, qui traverse alors une période assez difficile, d'autant que la concurrence d'autres médias est de plus en plus menaçante: avant ce "drame" économique, les spectateurs parisiens ont pu découvrir les premières actualités parlantes dans les salles françaises. Le cinéma concurrence ainsi de plus en plus la presse, d'autant que le nombre de salles ne cesse d'augmenter: "Dès janvier 1929, la Fox-Movietone présente au public parisien ébahi ses premières actualité parlantes. (...) Avec le parlant, le réseau de distribution s'élargit, pour atteindre cinq mille salles, à la fin des années 1930." (45)

Dans l'hebdomadaire Gringoire, Francis Ambrière brosse régulièrement les portraits des grands reporters, et indique par exemple qu'"entre deux reportages, [Louis-Charles] Royer travaille (...) à un troisième livre, un roman" (46), agissant ainsi de la même manière que Kessel ou bien d'autres reporters. Le 19 juillet, Ambrière relate sa rencontre avec Albert Londres, et la distinction que le grand reporter établit entre le journalisme et la création romanesque:

"- N'écrirez-vous pas un jour quelque roman ? (...)

- Je ne songe pas à cela. Pour être romancier, il faut le temps de méditer et d'écrire, cela suppose qu'on s'arrête un moment, et j'ai bien peur de ne m'arrêter jamais." (47)

Pourtant, le grand reporter avait déjà rédigé quelques manuscrits, et pensait écrire un texte romanesque lorsqu'il disparut brutalement (48).

Les années 1920 ont véritablement révélé le genre du grand reportage au public, et les ouvrages qui regroupent les articles publiés quelques semaines plus tôt dans les grands quotidiens sont très appréciés. Le grand reportage continue donc d'être plébiscité: "Net durant les années 1920, l'essor du grand reportage dans les journaux s'accentue encore dans la décennie suivante, engendrant pour les différentes publications qui s'y adonnent de lourds sacrifices financiers (49)." Par exemple, en 1930, Le Matin est le premier quotidien à publier un reportage sur le Tour de France par téléphotographie, technique nouvelle qui permet d'ajouter l'image au texte et dont l'acquisition a coûté cher au journal. Ce quotidien, qui coûte alors vingt-cinq centimes, publie dans ses colonnes à partir du mois de juillet un roman de Jean Ricard intitulé Fille de Tsar ?, méthode fréquemment employée par les principaux journaux qui ne pouvait que jeter le trouble dans l'esprit des lecteurs quant à la nature des textes qu'on lui propose; en effet, articles de reportages et extraits de textes romanesques se côtoient sur le même support.

Le 28 mars 1931, un nouveau magazine nommé Voilà est lancé par Gaston Gallimard. La direction en est confiée à Georges Kessel, qui s'occupe déjà de Détective (Il restera deux ans à ces postes, remplacé par Florent Fels à Voilà et par Marius Larique à Détective (50). Joseph Kessel soutient activement le lancement de cette revue en y publiant en feuilleton son roman Le Coup de grâce, avant que celui-ci ne soit, la même année, publié en volume aux Editions de France d'Horace de Carbuccia.

Le 26 octobre 1932, le premier numéro de Marianne est dans les kiosques. Gallimard en a confié la direction à Emmanuel Berl, et le tirage est de 120.000 exemplaires (il se maintiendra à ce niveau jusqu'en 1936) (51). Les collaborateurs de ce nouveau journal sont prestigieux: Jean Giraudoux, Edouard Herriot, Georges Duhamel, Paul Morand, Paul Painlevé, Tristan Bernard, Alfred Savoir, Colette, Saint-Exupéry, Joseph Kessel...

Le 16 mai 1932, Albert Londres disparaît lors du naufrage du paquebot Georges-Philipar. À cette date, 1.200.000 foyers sont équipés d'un poste de radio (52). Tout un symbole...

Le 10 décembre 1933, Ernest Hemingway arrive à Nairobi. Le romancier américain s'inspirera de ce voyage pour rédiger le texte des Vertes collines d'Afrique, qui sera publié le 25 octobre 1935 (53). La même année, Emile Condroyer est le premier lauréat du prix Albert-Londres (dans le jury, on trouve les noms de Edouard Helsey, Andrée Viollis, Ludovic Naudeau, Roland Dorgelès et Joseph Kessel) et les frais de reportage d'un grand quotidien comme Le Petit Parisien "représentent 32% de l'ensemble des sommes consacrées à la rédaction" (54).

L'hebdomadaire Marianne, dans lequel Kessel publie un reportage sur la guerre en Espagne intitulé Orage sur Barcelone à partir du 17 octobre 1934, coûte 75 centimes et compte 16 pages. Dans le numéro du 17 octobre, on trouve des publicités pour La Steppe rouge de Kessel, Le Caprice espagnol de Marcel Brion, Les Mémoires d'un tricheur de Sacha Guitry, Chantiers anglais d'André Maurois, La Vie de Tolstoï de M. Hofmann / A. Pierre et Gandhi de Soumyendranath Tagore. Tous ces ouvrages sont publiés aux Editions de la NRF, dirigée par Gallimard qui est également à l'origine de Marianne. L'hebdomadaire représente ainsi un support non négligeable pour la publicité des auteurs Gallimard.

A la Une de Marianne du 3 novembre 1934, un encart annonce que "Mr Gaston Doumergue parlera ce soir par T.S.F à 19h30", preuve que la radio commence à avoir quelque importance. Le 26 avril 1935, c'est la première émission officielle de télévision (55). Une loi est votée concernant les "Droits d'auteur" du journaliste, ce qui le rapproche, d'un point de vue juridique, du statut d'écrivain: "Le journaliste (... ) garde un droit moral sur son oeuvre comme n'importe quel auteur ou créateur. (...) Aucun employeur français ne peut céder la production d'un journaliste (...) sans son accord formel et sans rétribution nouvelle (56)." En 1936, la carte de journaliste est créée et, en janvier, le salaire minimal d'un reporter est fixé à 2.000 francs. Les deux frères Kessel, Georges et Joseph, lancent un nouveau magazine le 3 décembre: Confessions (57), qui ne connaîtra pas le succès escompté malgré la présence dès le premier numéro d'un récit inédit de Kessel, Florence, ma métisse. Le reporter retira son nom du journal à partir du numéro 27, alors que le tirage avait amorcé une plongée irréversible dès le numéro 15 (58). La même année, Candide tire à 500.000 exemplaires, et Gringoire à 600.000 avec des pointes à 800.000 (59).

Une campagne de diffamation contre Roger Salengro, ministre de l'intérieur du gouvernement du front populaire, menée par Gringoire et L'Action française, conduit ce dernier à se suicider le 17 novembre 1936 (60). Une nouvelle "bavure" médiatique qui montre l'importance politique de la presse écrite mais offre aussi au public une très sale image du journalisme.

En 1937, les frais consacrés aux reportages dans Le Petit Parisien représentent désormais 66% de l'ensemble des sommes consacrées à la rédaction, dont 42% pour les seuls voyages à l'étranger (61). Deux ans avant le début de la Seconde guerre mondiale, le grand reportage semble atteindre son apogée. Un nouveau quotidien écrase ses concurrents, Paris-Soir, repris en 1931 par Jean Prouvost qui, aidé de Pierre Lazareff, Hervé Mille et Charles Gombault, fait passer son tirage de 80.000 à 1,6 millions d'exemplaires en six ans (62).

La radio entretient elle de plus en plus de liens avec la presse écrite et le monde de l'édition. En 1938, une émission, Le quart d'heure de la NRF, est même créée sur les ondes pour favoriser les ventes des Editions Gallimard.

A la veille de la Seconde guerre mondiale, Paris-Soir tire à environ deux millions d'exemplaires. En mars, les tirages du Journal et du Matin sont respectivement de 411.000 et de 313.000 exemplaires (63), soit beaucoup moins que durant les années '30. Détective avoisine les 100.000 exemplaires, avec quelques pointes à 350.000 (64). Il y a alors en France 520.000 postes de radio (65), chiffre qui peut en partie expliquer la baisse du tirage de plusieurs journaux. Les deux domaines -- presse et littérature romanesque -- sont de plus en plus souvent mêlés entre les deux guerres: "Nombreux sont les écrivains (...) qui, plus ou moins durablement, se tournent vers le reportage (...) L'interpénétration des milieux littéraires et journalistiques (...) s'intensifie dans l'entre-deux guerres, portée par la vague éditoriale des collections de reportages qui, chez Albin Michel ou aux Éditions de France, assurent la promotion de l'écrit journalistique au statut, plus littéraire et plus durable, du livre (66)."

Mais en août 1939, c'est la censure. Presque immédiatement, l'audience de la plupart des quotidiens chute de moitié, parfois même des deux tiers (67). Curieusement, Le Matin, contrairement aux autres quotidiens, accroît son tirage qui, après avoir été autorisé à reparaître dans la capitale occupée (68), atteint les 532.000 exemplaires en décembre 1940. Dès la signature de l'armistice, certains journaux choisissent de se saborder ou de quitter la zone Nord, occupée par les Allemands, pour tenter de reparaître en zone libre, mais un nombre aussi important de journaux continuent à paraître dans la capitale occupée: "Trois cent cinquante journaux sont diffusés en zone Nord, et presque autant en zone Sud. Qu'elle soit quotidienne, hebdomadaire ou mensuelles, la presse demeure le premier média d'information sous l'occupation (69)."

Lorsque les Allemands s'installent à Paris, leur but n'est pas de priver les Français de quotidiens, bien au contraire; ils mettent tout en oeuvre pour que les journaux, évidemment étroitement surveillés, reparaissent (ou continuent de paraître) dans de bonnes conditions: "(...) dès juin 1940, [les Allemands] favorisent la reconstruction de l'appareil de presse en zone Nord, et singulièrement à Paris, jusqu'à recréer de toutes pièces des titres qui existaient dans la capitale avant leur arrivée. Paris-Soir en fournit un exemple typique (70)." Les Allemands placent à la tête de ces journaux des collaborateurs qui, souvent, voient là une chance unique de faire carrière dans la profession, et la presse qui paraît en zone occupée prend garde de respecter les consignes dictées par l'occupant: "Sage, docile même, toute dévouée au Maréchal, la presse, dans son ensemble, applique scrupuleusement les consignes de la censure (71)." Les journalistes ne sont pourtant pas tous des collaborateurs par idéologie. Lorsqu'ils seront jugés, à la Libération, et sommés de s'expliquer sur leurs activités exercées sous l'Occupation, beaucoup évoqueront le besoin, financier et moral, de travailler. De plus, cette presse "sert (...) de couverture à de nombreux journalistes résistants" (72), ce qui est rendu possible par la relative liberté dont elle dispose: "(...) comparé à ce qu'il fut entre 1914 et 1918, le contrôle des journaux n'est guère sévère (73)."

Le 14 juillet 1941, un nouveau journal clandestin, Défense de la France, est lancé par Robert Salmon et Philippe Viannay (74). Il jouera un rôle essentiel à la fin de la guerre puisqu'il sera rebaptisé France-Soir et deviendra l'un des principaux quotidiens parisiens. Ce quotidien voit son tirage augmenter fortement pendant la guerre (de 10.000 exemplaires en 1942 à 300.000 en 1944). Il est financé dans un premier temps par l'industriel André Lebon, puis par des fonds envoyés de Londres (75). Les journaux clandestins de ce type publiés pendant l'Occupation contiennent généralement de quatre à six pages, et sont imprimés dans un petit format (le plus souvent 270 par 210) (76). "Plus de 1.200 feuilles clandestines paraissent en France entre 1940 et 1944 (77), malgré les difficultés matérielles et les dangers encourus: "(...) la Résistance a bien peu de moyens pour développer sa propre presse. D'une part parce que la répression est impitoyable, d'autre parce que la pénurie est encore plus cruelle dans le maquis que dans les villes (78)." La loi allemande du 18 décembre 1942 proclame que "quiconque aura confectionné ou distribué des tracts sans y être autorisé sera puni de la peine de travaux forcés, et les cas graves, de peine de mort" (79). Il est donc extrêmement dangereux de collaborer à des journaux clandestins, même s'il ne s'agit que d'assurer leur diffusion.

Mais ces journaux clandestins ne sont pas les seuls exemples du travail effectué par les journalistes résistants sous l'Occupation. Certains d'entre eux ont quitté la France et collaborent à divers journaux, étrangers ou français: "(...) il convient de ne pas oublier les journaux de la France libre, comme La France, quotidien qui paraît à Londres dès le 27 juin 1940, sous la direction de Georges Gombault... (80)" Kessel, réfugié à Londres, rédigera plusieurs articles pour ces journaux expatriés, dont la diffusion est certes limitée mais dont le rôle est très important. La plupart d'entre eux sont publiés à Londres, terre d'accueil privilégiée des journalistes français fuyant l'Occupation: "Le 26 août 1940, sort le premier quotidien français publié à Londres, France. Le projet, constitué grâce aux capitaux fournis par Churchill, est piloté par Emile Comert..." (81)

Les maisons d'édition tentent aussi de continuer à publier des ouvrages sous l'Occupation. Ainsi, Gallimard, qui a lu et apprécié L'Étranger, contacte Albert Camus en novembre 1941, par l'intermédiaire d'André Malraux, pour lui proposer d'éditer son roman (82). Mais de grandes difficultés matérielles viennent s'ajouter à la censure. Dans une édition de La Chanson de Roland publiée par H. Piazza le 16 février 1944, l'éditeur indique à ses lecteurs que certains ouvrages épuisés "seront réimprimés dès que les circonstances le permettront". Pendant la guerre, Gallimard n'a eu d'autre choix, pour sauver sa revue et sa maison d'édition, que d'accepter, comme tous les éditeurs, le contrôle des autorités allemandes sur les textes publiés par la maison: "(...) le marché était simple (...): si les Gallimard ressuscitaient la NRF et acceptaient qu'elle fût publiée sous la direction d'un homme agréé par les forces allemandes d'occupation, ils seraient autorisés à poursuivre leurs activités d'édition (...); sinon, les Allemands risquaient de prendre le contrôle de la maison d'édition et d'en faire ce qu'ils voudraient (83)." Mais Gallimard, même s'il a favorisé ses intérêts, n'a pas pour autant abandonné ses auteurs, en particulier ceux qui, comme Kessel, étaient d'origine juive et donc en grand danger. Le 6 mai 1944, c'est le rétablissement de la liberté de la presse, et c'est l'heure de "l'épuration" dans la profession. Les collaborateurs sont arrêtés et jugés, certains quotidiens qui avaient continués à paraître dans la capitale occupée et étaient devenus des moyens de propagande pour les Allemands sont fermés et leurs locaux sont investis par les journaux clandestins: "L'ordonnance du 6 mai 1944, prise à Alger par le Comité de la libération nationale, organise la tabula rasa de la presse française en interdisant toutes les publications ayant paru en France après l'armistice du 22 juin 1940 pour la zone Nord et le 11 novembre 1942 pour la zone Sud (84)." George Suarez est fusillé en novembre. Henri Béraud est condamné à mort le 29 décembre, mais sera finalement relâché après six ans de détention. Cette épuration organisée de la profession poursuit celle qui, pendant la guerre, sévissait "sous sa forme sauvage ou extrajudiciaire" (85). Mais malgré la volonté d'écarter du métier tous les collaborateurs, l'épuration est très limitée dans les faits: "Le sentiment d'une épuration tronquée est d'autant plus sensible que les sanctions prononcées ne trouvent pas toujours une application pratique (86)."

Beaucoup de quotidiens n'ont plus le droit de paraître, mais le public, à la Libération, est plus que jamais demandeur de nouvelles. Il faut donc, pour répondre à cette attente, créer de nouveaux journaux: "L'interdiction des journaux collaborationnistes est compensée par la création de nouveaux titres. Quelques-uns sont les descendants directs de la presse résistante comme Combat (...) D'autres naissent sur les ruines de leurs prédécesseurs interdits à l'image du Monde qui s'installe dans les locaux du Temps, du Parisien libéré qui succède au Petit Parisien..." (87) Le 9 août 1944, le quotidien Défense de la France reparaît (la Gestapo s'était emparée le 18 janvier 1944 de son imprimerie clandestine (88)), puis adopte le 8 novembre le titre de France-Soir. La direction en est confiée à Pierre Lazareff, qui engage rapidement Joseph Kessel, malgré les moyens limités dont il dispose aux débuts: "A sa création, France-Soir ne disposait que des trois millions accordés par le gouvernement à titre d'avance remboursable aux journaux nouveaux-nés (...) Ce qui n'empêcha pas Lazareff d'offrir [à Kessel] autant par amitié que pour attacher une grande signature à son quotidien, la somme faramineuse de 30.000 francs par mois. Salaire énorme en 1945. A titre de comparaison, France-Soir se vendait 1,50 franc !" (89) Pour avoir une idée plus précise de la somme importante que représente le salaire accordé à Kessel, nous pouvons nous référer à une autre indication: en octobre 1944, soit quelques mois seulement avant le contrat liant Kessel à France-Soir, le minimum salarial mensuel d'un reporter a été fixé à 10.000 francs, salaire qui sera revalorisé de 30% en juin 1945 (90).

A partir de 1945, c'est l'Etat qui fixe les règles du monde de la presse. Il maintient une censure préalable jusqu'au 15 juin 1945, et impose "une stricte égalité entre tous les titres: prix de vente unique, répartition du contingent de papier, format, périodicité" (91). Mais ces contraintes ne découragent pas les professionnels de la presse écrite, qui s'empressent de répondre à la demande du public: "Jamais, depuis 1848, on n'avait connu une telle fièvre éditoriale et un tel engouement de la population pour la presse" (92).

Cependant, en 1946, plusieurs facteurs viennent déstabiliser la reprise des ventes de journaux, dont le tirage, au niveau national, était passé de 12 à 15 millions d'exemplaires depuis 1945 (93). Tout d'abord, une inflation des prix de près de 80% entre le 1er juillet (où le prix de vente au numéro était déjà passé de 1,50 à 4 francs) et le 31 décembre (94). Ensuite, une grève des typographes, directement liée au nombre très important de nouveaux journaux créés à la Libération, éclate au cours de l'hiver 1946-1947 (95). Le public n'est plus demandeur des mêmes nouvelles qu'avant la guerre: les quotidiens, pour surmonter la crise, se doivent de créer de nouvelles rubriques pour retenir leurs lecteurs: "Après l'euphorie de la Libération, la presse d'information générale et politique a du mal à préserver son attrait. Les diffusions baissent inexorablement..." (96). De plus, à partir d'octobre 1947, les émissions télévisées sont diffusées régulièrement, même si seulement quelques centaines de Français peuvent les suivre (97). Pourtant, le danger pour la presse écrite est de plus en plus réel: "La guerre avait favorisé les progrès de la radio; l'après-guerre vit la télévision prendre une place croissante dans la vie des lecteurs de la presse (...) La presse avait désormais perdu le monopole de l'information collective qu'elle avait exercé pendant trois siècles (98)." En 1944, on comptait 19 quotidiens parisiens; quatre ans plus tard, malgré l'effervescence de la Libération et les nombreuses tentatives (souvent infructueuses) de création de journaux, il n'en reste que 16 (99). Malgré tout, la situation de certains quotidiens s'améliore peu à peu. S'ils sont encore limités dans leur approvisionnement en papier cinq ans après la Libération, ils sont désormais autorisés à compter six pages, même si le marché du papier n'est officiellement libéré que l'année suivante, en 1950 (100). Cette nouvelle arrive à point nommé pour contrer la menace de la télévision, qui se fait de plus en plus pressante: à partir du 2 octobre 1949, le Journal Télévisé (créé le 29 juin) s'installe plusieurs soirs par semaine, puis quotidiennement, entre 21h et 21h15 (101). Mais le nombre limité de postes en France (10.000 en 1952) permet, pour quelques temps encore, à la presse écrite et à la radio de conserver le monopole de l'information.

La fin des années 1940 correspond aussi à celle de l'engouement des critiques littéraires pour le genre le plus prisé par Joseph Kessel, le roman d'aventure "réel": "La critique des années 1950 avait pris en France une tournure sartrienne intellectualiste que l'on retrouvait presque partout, soulignera André Beucler. A la NRF, la dictature Paulhan n'admettait pas la littérature Kessel. Pour elle, il était "à part". Aux Temps modernes ou à Esprit, on se pâmait déjà pour Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, Samuel Beckett, et l'on rejetait purement et simplement le roman d'aventures (102)." En 1950, Gallimard lance la collection "L'air du temps", dont il confie la direction au directeur de France-Soir, Pierre Lazareff. Celui-ci "va en faire une des collections les plus prolifiques du catalogue et imposer la marque et l'esprit France-Soir dans une partie de la production de la vieille NRF-Gallimard" (103). 1953, année aussi de l'introduction du marketing dans le domaine de l'édition, notamment avec la création d'un nouveau format de livre qui va connaître un grand succès populaire, le Livre de poche, dont Gallimard va bientôt assurer un tiers de la production.

Les articles que Joseph Kessel a rédigés lors de son voyage en Afghanistan au cours de l'été 1956 sont publiés par France-Soir au mois de décembre 1957. Il est important de remarquer que la publication d'un reportage de Kessel dans un journal ne semble plus en faire augmenter le tirage: le 29 novembre 1957, soit juste avant que les articles de Kessel ne commencent à être publiés, le tirage était de 1.372.900 exemplaires; quelques jours plus tard, le 4 décembre, il est de 1.355.200 exemplaires, même s'il augmente parfois (1.414.900 le 7 décembre). Le temps où la signature de Kessel suffisait à faire augmenter le tirage du Matin, en 1930, paraît bien loin...

De 1948 à 1958, nous pouvons constater une progression du tirage des journaux qui privilégient l'information aux dépens des opinions politiques trop accentuées (104), même si plusieurs quotidiens, dont France-Soir, ont ouvert leur capital à des investisseurs, tout comme Gallimard qui a signé dès le 29 mars 1932 un contrat avec la librairie Hachette (105).

La télévision -- 500.000 postes en 1957, 1,3 millions en 1960 -- concurrence fortement la presse écrite. En janvier 1959, une émission entièrement dédiée au reportage, animée par des journalistes de la presse écrite -- Pierre Lazareff, Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes -- et réalisée par Igor Barrère, fait son apparition sur les écrans: Cinq colonnes à la Une. Elle sera diffusée jusqu'en 1968 (106). Grâce à cette émission, et à bien d'autres, la télévision va jouer un rôle de plus en plus important dans la diffusion des nouvelles auprès du grand public. Il y a trois millions de postes en France dès 1963, la deuxième chaîne est lancée le 18 avril 1964, la couleur est disponible le 1er octobre 1967, la troisième chaîne est lancée le 31 décembre 1972.

La lecture des quotidiens ne cesse pour sa part de chuter après la Seconde guerre mondiale, passant de 370 exemplaires pour mille habitants en 1945 à 185 en 1986 (107). Pourtant, de nos jours, télévision, radio et presse écrite ne semble plus vraiment se concurrencer, peut-être parce que le public n'a plus l'attrait de la nouveauté; l'information est plus développée dans les colonnes des journaux, et le principal concurrent du quotidien vendu en kiosques est dorénavant Internet, service attrayant qui permet de suivre l'actualité en temps réel. Mais le recul n'est-il justement pas nécessaire à la compréhension et à l'analyse pertinente de l'événement ? Il est sans doute dangereux et formidablement prétentieux et naïf de croire que l'on peut appréhender le monde qui nous entoure d'une façon directe, simultanée, sans se tromper. Il y a peu de temps, le directeur de la rédaction du Journal Télévisé de France 2 a (temporairement) démissionné à la suite d'une bévue concernant un homme politique. Dans la course au "scoop" faut-il voir un progrès par rapport à l'âge d'or du journalisme de reportage et d'enquête cher aux grands reporters des années 1920 à 1950 ? Commenter l'événement, le faire partager au lecteur ou au spectateur, tel est la base du métier de reporter, et pour qu'il puisse mener sa mission à bien, celui-ci a besoin d'un minimum de recul. D'autre part, trop d'image tue l'analyse: pour rendre compte d'une situation, décrire un visage, susciter une émotion, qu'y a-t-il de plus approprié que le texte écrit ? Nous étudions encore de nos jours des reportages qui ont été composés il y a plus de cinquante ans, pour leur valeur documentaire mais aussi pour leur valeur esthétique. Le genre du grand reportage écrit à la Kessel n'est peut-être pas encore totalement mort.

Pascal Genot (Août 2009)

NOTES
1. Arthur Meyer, Ce que mes yeux ont vu, Paris, Plon-Nourrit, 1912, P. 211.
2. Géraldi Leroy, Julie Bertrand-Sabiani, La Vie littéraire à la Belle Epoque, Paris, PUF, 1998, P. 16.
3. Pierre Albert, Histoire de la presse, tome III, Paris, PUF, 1972, P. 55.
4. Jacques Bouveresse, Schmock ou le triomphe du journalisme, Paris, Seuil, 2001, P. 140.
5. Hervé Mille, Cinquante ans de presse parisienne, Paris, La Table Ronde, 1992, P. 128.
6. Myriam Boucharenc, Joëlle Deluche, préface de Littérature et reportage, op. cit. P. 7.
7. Michel Mathieu, Les Journalistes, Paris, PUF, 1995, P. 62.
9. Christian Delporte, Histoire du journalisme et des journalistes en France, Paris, PUF, 1995, P. 36.
9. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 73.
10. Pierre Assouline, Gaston Gallimard, Paris, Seuil, 2001, P. 43.
11. Ibid., P. 61.
12. Pierre Albert, Histoire de la presse, op. cit. P. 69.
13. Ibid., P. 62.
14. Yves Guillauma, La Presse en France, Paris, La Découverte, 1988.
15. Pierre Albert, Histoire de la presse, op. cit. P. 57 et 65.
16. Elianne Tonnet-Lacroix, La Littérature française de l'entre-deux guerres, op.cit. P.22.
17. Pierre Assouline, Gaston Gallimard, op. cit. pp. 111-112.
18. Cité par Pierre Assouline dans Albert Londres, Paris, Balland, 1988, P. 175.
19. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 200.
20. Ibid., P. 202.
21. Ibid., P. 236.
22. Michel Mathieu, Les Journalistes, op. cit. P. 56.
23. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 71.
24. Ibid., P. 74.
25. Pierre Assouline, Albert Londres, op. cit. P. 288.
26. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 240-241.
27. Henri Béraud, article "Reporters" dans Gringoire, 5 avril 1929.
28. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 241.
29. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 53.
30. Pierre Assouline, Albert Londres, op. cit. P. 292.
31. Ibid., P .249.
32. Philippe Baudorre, article "Sur la route mandarine: un bon modèle de reportage ?" in Littérature et reportage, op. cit. P. 210.
33. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 228.
34. Francis Lacassin, Conversations avec Simenon, op. cit. P. 36.
35. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 84.
36. Ibid., P. 76.
37. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 241.
38. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 71.
39. Selon Pierre Assouline in Gaston Gallimard, op. cit. PP. 227-229. En réalité La Coupe fêlée a été publiée dans le 1er numéro de Détective daté du 1er novembre 1928, la suite et fin dans le second numéro daté du 8 novembre 1928. Le troisième numéro, du 15 novembre 1928, publie L'émeraude et Les Palmes de Roger Allard.
40. Ibid., P. 230.
41. René de Livois, Histoire de la presse française, tome II, Paris, Éditions SPES, 1965, P. 464.
42. Voir "Annexes", P. 872.
43. Pierre Assouline, Gaston Gallimard, op. cit. P. 224.
44. Ibid., P. 405.
45. Ibid., P. 72.
46. Gringoire, 30 août 1929 (voir "Annexes", P. 829).
47. Voir "Annexes", P. 821.
48. Pierre Assouline, Albert Londres, op. cit. P. 443.
49. Christian Delporte, Les journalistes en France, op. cit. P. 242.
50. Pierre Assouline, Gaston Gallimard, op. cit. P. 232.
51. Ibid., P. 234.
52. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 76.
53. Kenneth S. Lynn, Hemingway, Paris, Payot, 1990, P. 436 et 447.
54. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 242.
55. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 153.
56. Michel Mathieu, Les Journalistes, op. cit. P. 76.
57. René de Livois, Histoire de la presse française, op. cit. P. 526.
58. Yves Courrière, Joseph Kessel ou Sur la piste du lion, op. cit. P. 579.
59. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, PP. 91-92.
60. Pierre Albert, Histoire de la presse française, op. cit. P. 84.
61. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 242.
62. Yves Courrière, Joseph Kessel ou Sur la piste du lion, op. cit. P. 587.
63. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 226.
64. Ibid., pp 229-230.
65. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 76.
66. Myriam Boucharenc, article "Choses vues, choses lues : le reportage à l'épreuve de l'intertexte", op. cit. P. 122.
67. Ibid., P. 97.
68. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 112 et 114.
69. Ibid., P. 111.
70. Ibid., P. 112.
71. Ibid., P. 119.
72. Ibid., P. 131.
73. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 321.
74. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 130.
75. Ibid., P. 131.
76. Ibid., P. 132.
77. Ibid., P. 130.
78. Isabelle Girard, Frédéric Roy, Lire la presse, op. cit. P. 21.
79. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 133.
80. Ibid., P. 134.
81. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 373.
82. Herbert R. Lottman, Albert Camus, Paris, Seuil, 1978, P. 267.
83. Ibid., P. 263.
84. Michel Mathieu, Les Journalistes, op. cit. P. 80.
85. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 385.
86. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit.
87. Isabelle Girard, Frédéric Roy, Lire la presse, op. cit. P. 22.
88. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 133.
89. Yves Courrière, Joseph Kessel ou Sur la piste du lion, op. cit. P. 759.
90. Christian Delporte, Les Journalistes en France, op. cit. P. 405.
91. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 150.
92. Ibid., P. 145.
93. Pierre Albert, Histoire de la presse française, op. cit. P. 120.
94. Yves Guillauma, La Presse en France, op. cit..
95. Pierre Albert, Histoire de la presse française, op. cit.
96. Isabelle Girard, Frédéric Roy, Lire la presse, op. cit.
97. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. P. 154.
98. Pierre Albert, Histoire de la presse française, op. cit. pp 110-111.
99. Yves Guillauma, La Presse en France, op. cit.
100. Pierre Albert, Histoire de la presse en France, op. cit. P. 120.
101. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, P. 155.
102. Christian Delporte, Fabrice d'Almeida, Histoire des médias en France, op. cit. pp 809-810.
103. Pierre Assouline, Gaston Gallimard, op. cit. P. 474.
104. Yves Guillauma, La Presse en France, op. cit.
105. Pierre Assouline, Gaston Gallimard, op. cit. P. 254.
106. Christian Delporte, Histoire du journalisme et des journalistes en France, op. cit. P. 97.
107. Ibid., P. 93.

Joseph Kessel
Les Grands naufragés