Henry James

Biographie Henry James
Henry James
Daisy Miller

Éditions de La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0294-4
Prix : 5 euros
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Henry James

Romancier américain, Henry James — frère du philosophe William James — est né à New York (Etats-Unis) le 15 avril 1843.

Son grand-père, un émigré irlandais, avait amassé une telle fortune dans le Nouveau Monde qu'il épargna à deux générations de ses descendants la "honte de faire du commerce". Son père, visionnaire à la Swedenborg, détracteur de la société, iconoclaste, patriarche et homme d'esprit, fut une des personnalités les plus attachantes de son temps.

Le jeune Henry, taciturne et sensible, se considérait, au milieu des brillants orateurs de sa famille, comme un "fils et frère" respectueux mais insignifiant. À travers les rues de ce "vieux New York" encore provincial qui devait servir de cadre à son premier roman, Washington Square, l'enfant s'abandonnait à une orgie de rêves, où il imaginait cette vie dont il se sentait obscurément exclu. Au dire même de son père, Henry James était, dès son plus jeune âge, un "dévoreur de bibliothèques" et un intarissable écrivain de romans et de pièces de théâtre. Mais, par-dessus tout, il subit le "vaste, profond et aveuglant" rayonnement de cette Europe où sa famille se rendait sans cesse et qui s'imposa à son esprit avec toute la force d'une révélation mystique.

L'éducation des enfants James fut irrégulière et volontairement éclectique, marquée par un changement perpétuel de maîtres, d'écoles, d'études et de résidences, suivant l'idéal pédagogique de leur père qui voulait former des intelligences libres et dépourvues de préjugés.

Après un séjour de cinq ans en Europe, la famille alla s'établir en 1860 en Nouvelle-Angleterre où elle demeura pendant la guerre civile. Bien qu'il ne considérât jamais la Nouvelle-Angleterre comme sa patrie, Henry James en assimila cependant cet aspect du puritanisme qu'est l'introspection, la connaissance des fonctions, des mouvements, des "lois naturelles" de l'âme, et de tout ce qui, dans la tradition puritaine, constitue la "servitude et grandeur de la vie humaine".

Une lésion à la colonne vertébrale l'empêcha de prendre part à la guerre civile, et cette circonstance accentua en lui la sensation d'être un "étranger" sur la scène humaine, destiné, tel un moderne Tirésias, à tout voir et prévoir sans y participer, et à supporter les conséquences merveilleuses et terribles de sa vision. Peu à peu la conscience de ce rôle devint pour lui une règle aussi rigoureuse qu'un voeu monastique. S'y consacrer signifiait pour lui devenir une sorte de "rédempteur", libérer l'expérience humaine de l'aveuglement et du désordre, en la condensant en de lumineuses créations de l'esprit; transformer le "splendide gaspillage" de la vie dans la "sublime économie" de l'art; créer, à partir des données brutes de l'expérience, des "toiles" dont tous les éléments seraient éclairés jusqu'à l'incandescence, des scènes rayonnantes et harmonieuses dans leur perfection tragique, comme celles de Racine.

Pour qu'il en fût ainsi, il lui fallait auparavant choisir un art: après qu'il se fut essayé dans la peinture, Balzac lui révéla sa véritable vocation: la littérature. Ses premiers écrits (contes et articles de critique destinés à des revues) ne laissent cependant pas encore deviner l'artiste de la maturité: ils se distinguent surtout par leur perfection formelle. Dans les contes, comme d'ailleurs dans l'ensemble de son oeuvre, on discerne l'influence de Nathaniel Hawthorne

Pendant quelque temps, les voyages en Europe alternent avec les louables efforts du jeune homme pour s'astreindre à ce jeûne de l'esprit et des sens qu'était pour lui la vie en Amérique. Puis en 1875, âgé de trente-deux ans, il décida, non sans de longues hésitations, de s'établir définitivement à l'étranger. Il connaissait les dangers que comporte pour un artiste le fait de s'expatrier: son roman, Roderick Hudson (1876), était en train de paraître au moment où il s'embarquait pour l'Europe.

Paris, où il voulut tout d'abord se fixer, n'était pas fait pour lui plaire malgré ses rencontres avec Gustave Flaubert, Ivan Tourgueniev, les frères Goncourt et Emile Zola. Il se rendit finalement en Angleterre, où il devait rester jusqu'à la fin de ses jours. Les contrastes intimes et les conflits entre la vie européenne et américaine lui fournirent pendant plusieurs années ce qu'on appelle le "thème international" de L'Américain (1877), des Européens (1878), de Daisy Miller (1878), de Washington Square (1880), etc.

La figure symbolique de Daisy Miller devint à son tour le point de départ de ses études qui ont pour sujet l'une de ces jeunes Américaines à l'âme noble et au coeur pur comme les siens pour qui l'Europe marque l'étape d'un réveil moral: Isabelle Archer, l'héroïne d'Un portrait de femme (1881), est la première d'une longue lignée de femmes qui aboutit à Maggie Verver et Milly Theale.

Tout d'abord, entre 1886 et 1890, un groupe de trois romans expérimentaux vit le jour: Les Bostoniennes (1886), La Princesse Casamassima (1886) et La Muse tragique (1890), très différents l'un de l'autre, et aussi du reste de l'oeuvre de James par le sujet de la construction, mais tous également parfaits. Le deuxième d'entre eux, considéré autrefois comme un mauvais roman-feuilleton à sujet politique, oeuvre d'un écrivain tout à fait ignorant de la politique, a été reconnu comme le récit le plus perspicace qui ait jamais été écrit sur les aspects psychologiques et moraux des mouvements révolutionnaires au XIXe siècle.

En 1890, la vieille passion d'Henry James pour le théâtre, qui apparaît dans toute son oeuvre, le poussa à écrire un certain nombre de drames dont l'échec total le fit souffrir toute sa vie. Mais son expérience de dramaturge profita à son art de romancier. Ce dernier atteignait alors à un degré d'économie dans la composition, de rigueur et de raffinement inconnus jusqu'à cette heure dans la prose narrative, même en France. Et la virtuosité technique déployée dans des oeuvres telles que Ce que savait Maisie (1897) et L'Age ingrat (1899) cacha pendant longtemps aux yeux du public leur étonnante poésie.

Dans Les Dépouilles de Poynton (1897), ce ne fut pas la technique, mais une certaine ressemblance trompeuse avec le roman social, qui empêcha les lecteurs d'apprécier le véritable sens de l'écroulement intérieur et de la métamorphose d'un ordre social, de cette "destruction par le feu" qui n'était que vérité poétique en 1897, mais devint vérité historique en 1914.

La fin du siècle trouve Henry James en train d'écrire Le Tour d'écrou (1898) et trois romans qu'il avait depuis longtemps mûris: Les Ailes de la colombe (1902), Les Ambassadeurs (1903), La Coupe d'or (1904), dans lesquels son imagination s'aventure à des hauteurs si vertigineuses qu'une quarantaine d'années devaient se passer pour que quelques rares lecteurs eussent le courage de le suivre tout au long de son ascèse.

Un voyage en Amérique en 1904 donne naissance à la Scène américaine (1907), qui elle aussi, après quarante ans, fut reconnue comme une des oeuvres les plus extraordinaires qui aient été écrites sur la civilisation américaine.

Entre 1907 et 1909, James travailla à une série de préfaces pour un recueil de ses romans. Ces préfaces sont la première analyse cohérente du roman en tant que forme d'art. L'annonce de la guerre mondiale le bouleversa: il ne savait que trop bien -- ne l'avait-il pas annoncé ? -- que ce qui allait venir à la surface n'était que l'immense fond de bestialité de cette "haute civilisation" dont toute son oeuvre avait été l'exaltation. Le découragement le conduisit à laisser sur le métier les deux nouveaux romans qu'il projetait d'écrire: La Tour d'ivoire et Le Sens du passé, publiés à titre posthume en 1917, dans lesquels il se proposait d'explorer ces obscures régions de l'esprit où personne ne s'était encore aventuré, sinon peut-être Hawthorne dans les oeuvres également inachevées de ses deux dernières années. Pendant le conflit, il se consacra à des oeuvres d'assistance, demanda et obtint en 1915 la nationalité anglaise.

Henry James devait s'éteindre à Londres l'année suivante, le 28 février 1916, à l'âge de 73 ans.

Henry James
Daisy Miller
La Mort du lion