Victor Hugo

Biographie Victor Hugo
Victor Hugo
Le Promontoire du songe

Éditions de La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0166-4
Prix : 5 euros
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Victor Hugo

Victor-Marie Hugo est né à Besançon le 26 février 1802. Son enfance s'écoule dans la maison des Feuillantines, à l'exception de l'année 1811 passée à Madrid où Mme Hugo, avec ses trois fils, a rejoint son mari promu général en avril 1809. Fin mars 1812 et jusqu'à fin décembre 1813, la vie reprend aux Feuillantines.

La vocation du jeune Victor-Marie s'affirme vite. En 1816, il note: "Je veux être Chateaubriand ou rien"; en 1819, il est couronné par l'Académie des jeux Floraux et fonde, avec ses frères Abel et Eugène, le Conservateur littéraire qui durera jusqu'en mars 1821. Il écrit son premier roman, Bug-Jargal (première version publiée en 1820, seconde version en 1826), dont le sujet est une révolte de Noirs à Saint-Domingue. En 1820, il reçoit une gratification du roi Louis XVIII pour son Ode sur la mort du duc de Berry. En 1821, il perd sa mère (le général Hugo se remarie peu après).

1822 marque le véritable début de Victor Hugo dans la vie comme dans la carrière des lettres. Le 8 juin, il publie son premier recueil poétique:, Odes et poésies diverses, et en octobre, il épouse son amie d'enfance, Adèle Fouchet. Viennent ensuite un roman, Han d'Islande (1823), Nouvelles Odes (1824), Bug-Jargal (1826), Odes et Ballades (1826), recueil complet des premières poésies (édition définitive en 1828), le drame de Cromwell (1827), qui s'ouvre sur une Préface, où l'auteur se pose en théoricien et en chef du romantisme. À la tragédie classique, dont il critique l'artifice et les limites, il oppose le drame moderne qui doit mêler, comme le fait la nature même, le sublime et le grotesque, ces deux éléments de la réalité. Les mêmes années voient la naissance des premiers enfants, Léopold, Léopoldine, Charles, François-Victor, sa nomination de Chevalier de la Légion d'Honneur, et la mort du général Hugo.

La publication des Orientales (1829), qui exploitent avec un éclat et une virtuosité incomparables le goût et la sympathie des contemporains pour l'Orient, celle du Dernier Jour d'un condamné, appel humanitaire pour la suppression de la peine de mort, affermissent la jeune gloire que les Odes et Ballades et la Préface de Cromwell ont déjà fondée. L'appartement de Victor Hugo, rue Notre Dame des Champs, devient le siège du Cénacle romantique.

Mais au théâtre, il ne s'est pas encore imposé, bien que la rénovation de la scène lui apparaisse comme la première tâche de la génération nouvelle: Cromwell est injouable, et Marion Delorme (1829) n'obtient pas le visa de la censure. Avec Hernani qui, à partir du 25 février 1830, triomphe sur la scène de la Comédie Française, la gloire de Victor Hugo s'impose définitivement, et la victoire de la jeune garde romantique sur la vieille garde classique devient un fait acquis. La même année voit la naissance de sa fille Adèle.

De 1830 à 1843, Victor Hugo connaît une période particulièrement féconde. Il aborde tous les genres. Avec Notre-Dame de Paris (1831), il publie son premier grand roman -- éclatante résurrection du Moyen Âge et, en même temps, poème tragique de la fatalité. En poésie, quatre recueils: Les Feuilles d'automne (1831), Les Chants du crépuscule (1835), Les Voix intérieures (1837), Les Rayons et les Ombres (1840) dépassent la virtuosité extérieure des premiers poèmes, marquent un progrès constant dans le sens d'une inspiration plus grave et méditative.

Au théâtre, il cherche le succès populaire avec un drame en vers: Le Roi s'amuse (1832), et trois drames en prose: Lucrèce Borgia (1833), Marie Tudor (1833), Angelo, tyran de Padoue (1835), mais il revient à une inspiration plus élevée dans Ruy Blas (1838), son chef-d'oeuvre dramatique avec Hernani. Ces années sont consacrées à un labeur acharné, à une création littéraire ininterrompue, cependant que, dans la vie privée du poète, se mêlent, comme les rayons et les ombres, la tristesse et la joie. Son épouse devient la maîtresse de Sainte-Beuve, mais, à partir de 1833, Victor Hugo trouve consolation et réconfort dans l'amour que, jusqu'à sa mort, lui vouera une jeune actrice, Juliette Drouet. En 1841, après trois échecs qui lui furent sensibles, il entre à l'Académie Française.

Cette dure et féconde période qui a permis à Victor Hugo de conquérir le premier rang s'achève sur un échec littéraire et sur un malheur. D'un voyage fait en 1840 dans la vallée du Rhin avec Juliette Drouet, Victor Hugo rapporte un admirable journal de route, Le Rhin (1842) et l'idée d'un drame épique, Les Burgraves, qui est sifflé en mars 1843 au Théâtre-Français. Découragé, Victor Hugo renonce au théâtre. En juillet, il part pour les Pyrénées avec Juliette. Le 9 septembre, revenant de Cauterets, il apprend par les journaux la mort de sa fille Léopoldine, noyée à Villequier. Il semble que, nommé pair de France en 1845, il ait cherché dans l'activité politique une diversion à ce malheur.

De 1843 à 1851, il continue à écrire: des poèmes (dont notamment À Villequier), le début d'un roman qui deviendra Les Misérables, mais il n'achève rien. Aucun ouvrage n'est publié dans cette période. En revanche, il participe de plus en plus activement à la vie politique. Il intervient souvent à la tribune dans un sens libéral et humanitaire, mais il n'est encore ni républicain ni socialiste. En 1848, le 4 juin, il est élu sur une liste de droite. Il fonde un journal, L'Évènement, qui soutient la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République. Élu en 1849 à l'Assemblée législative comme conservateur, il rompt avec le parti de l'ordre par son discours sur la misère, puis par son discours sur les affaires de Rome, enfin sur la loi Falloux. Le 17 juillet 1851, il prononce un violent réquisitoire contre les desseins dictatoriaux de "Napoléon le Petit". En vain, il essaie d'organiser la résistance au coup d'Etat, mais il doit fuir en Belgique. Napoléon III signe peu après son décret d'expulsion.

L'exil durera de décembre 1851 à septembre 1870. Après un séjour à Bruxelles, Victor Hugo se réfugie en août 1852 avec sa famille à Jersey, dans la maison de Marine-Terrace. En octobre 1855, sur ordre du gouvernement anglais, il doit quitter Jersey. Il s'installe à Guernesey, dans la propriété d'Hauteville House, qu'il ne quittera qu'en 1870. Ces vingt années d'exil -- et de labeur solitaire -- sont la période la plus féconde et la plus haute de son génie, et lui-même en a le sentiment: "Ma proscription est bonne, et j'en remercie la destinée." La maison d'Hauteville House est aménagée selon ses goûts. Levé dès six heures du matin, il travaille toute la journée dans une pièce vitrée qui a vue sur les côtes de France. Sa femme et ses enfants sont auprès de lui, mais font sur le continent des séjours de plus en plus prolongés. Juliette Drouet s'est installée non loin de lui, et ne le quitte pas un instant. Il réunit aussi des amis, avec lesquels il s'initie au spiritisme, organisant de fréquentes séances de "tables mouvantes". Devenu ardemment républicain, il ne cesse de dénoncer le nouveau régime. Il refuse l'amnistie que lui accorde Napoléon III en 1859. Le proscrit de Guernesey jouit alors d'un prestige mondial. C'est l'époque la plus haute de la vie et de l'oeuvre.

Napoléon le Petit (1852), virulent pamphlet en prose, et surtout Les Châtiments (1853), recueil de poèmes satiriques, engagent le combat contre l'usurpateur. Mais l'année suivante, commençant La Fin de Satan, et écrivant des milliers de vers qui prendront place dans les recueils ultérieurs, Victor Hugo se tourne vers la poésie philosophique et lyrique. Les Contemplations, qui paraissent à Paris et à Bruxelles en 1856, sont accueillies comme son chef-d'oeuvre lyrique. Dieu et La Fin de Satan sont en voie d'achèvement, mais l'éditeur Hetzel pousse l'écrivain à terminer Les Misérables et à entreprendre un recueil de poèmes narratifs inspirés par l'histoire universelle: Les Petites Épopées, qui deviennent La Légende des siècles (première série) en 1859.

En 1861, après un court voyage en Belgique, Victor Hugo termine Les Misérables qui paraissent l'année suivante. Le succès est considérable. Viennent ensuite William Shakespeare (1864) -- long essai qui devait primitivement servir de préface à la traduction de Shakespeare entreprise par François-Victor Hugo, où le poète expose très librement sa théorie du génie -- les Chansons des rues et des bois (1865), recueils de poésies légères depuis longtemps commencé, et deux romans: Les Travailleurs de la mer (1866), L'Homme qui rit (1869). En 1858, Mme Hugo meurt à Bruxelles.

Revenu à Paris le 5 septembre 1870, élu à l'Assemblée nationale qui siège à Bordeaux, Victor Hugo donne en pleine séance sa démission de député. Battu aux élections suivantes, il est élu sénateur de Paris en 1876. Il intervient vigoureusement pour l'amnistie en faveur des Communards. Mais il est déçu par l'orientation du nouveau régime. En août 1872, il regagne même Hauteville House, sa demeure d'exil, pour y séjourner près d'un an. Il se mêle de moins en moins à la vie politique. Il continue d'écrire, mais le rythme n'est plus celui des années précédentes, et la plupart des oeuvres publiées de 1870 à 1885 sont des oeuvres déjà commencées dans l'exil.

Les publications de cette dernière période de Victor Hugo sont: L'Année terrible (1872), Quatre-Vingt-Treize (1874), Actes et Paroles (1875-76), les dernières séries de La Légende des siècles (1877-83), L'Art d'être grand-père (1877), poèmes inspirés par ses deux petits-enfants, Georges et Jeanne, qui occupent une grande place dans les dernières années de sa vie, le consolant de la perte de ses enfants (Charles est mort en 1871, et François-Victor en 1873), réquisitoire contre Napoléon III, Le Pape (1878), La Pitié suprême (1879), Religions et Religion (1880), L'âne (1880), Les Quatre vents de l'esprit (1881), important recueil où figurent des pièces souvent très anciennes, Torquemada (1882).

À sa mort, en 1885, Victor Hugo laisse en outre de nombreux manuscrits qui feront l'objet de publications posthumes: Théâtre en liberté, La Fin de Satan (1886), Choses vues (1887-1900), Toute la lyre (1888-1893), Alpes et Pyrénées (1890), Dieu (1891), France et Belgique (1892), Les Années funestes (1898), Post-scriptum de ma vie (1901), Dernière gerbe (1902), Océan, Tas de pierres (1942).

À vrai dire, de 1870 à 1885, Victor Hugo se contente de récolter la moisson semée pendant ses années d'exil. Sa gloire ne cesse de grandir et, en dépit des deuils et des malheurs domestiques qui l'assombrissent et des manifestations de plus en plus pénibles d'un érotisme sénile qui amène, entre la fidèle Juliette et lui, de fréquentes et dramatiques ruptures, cette vie donne l'impression d'un destin exceptionnelement réussi. Elle s'achève en apothéose. Pour tout le peuple républicain, Victor Hugo est un éclatant symbole. Ses discours sur la tombe d'Edgar Quinet, sur Voltaire, pour l'ouverture du Congrès littéraire international, ont un vaste retentissement. Les manifestations se multiplient en l'honneur du vieux poète. Le 26 février 1880, c'est le banquet pour le cinquantenaire d'Hernani. Le 27 février 1881, Paris célèbre officiellement son entrée dans sa quatre-vingtième année. Le 4 mars, les sénateurs unanimes se lèvent en son honneur.

Le 11 mai 1883, Juliette Drouet meurt. Quelques semaines plus tard, Victor Hugo prend ses dispositions testamentaires: "Je refuse l'oraison de toutes les Églises, je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu." En 1884, il fait un bref voyage en Suisse. Le vendredi 15 mai 1885, Victor Hugo est atteint de congestion pulmonaire. Il meurt le 22 mai. Le 1er juin, le gouvernement décide les funérailles nationales. Son cercueil est exposé sous l'Arc de Triomphe et transporté au Panthéon.

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