Knut Hamsun

Biographie Knut Hamsun
Knut Hamsun
La Faim

Éditions de La République des Lettres
ISBN 978-2-8249-0307-1
Prix : 5 euros
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Knut Hamsun

Knut Hamsun — pseudonyme de Knut Pedersen — naît le 4 août 1859 à Garmostraet, un village situé près de Lom (Norvège). Il est le quatrième d'une famille paysanne qui comptera au total sept enfants.

Son père quitte en 1862 la ferme familiale pour aller exercer le métier de tailleur sur la péninsule de Hamaroy, dans la province du Nordland, au-delà du Cercle Polaire Arctique. C'est là que Knut Hamsun passe son enfance et son adolescence, dans une région sauvage composée de fjords, de forêts et de montagnes côtières. À l'âge de neuf ans, il est confié à un oncle prédicateur piétiste, excessivement puritain et sévère, auquel il échaperra aussi souvent que possible pour vagabonder dans la forêt (il décrira plus tard cette période dans la nouvelle Le Fantôme, publiée en 1918).

À dix-sept ans, Knut Hamsun est placé comme apprenti chez un cordonnier de Bodö (Nordland). Il étudie en autodidacte la littérature et commence à écrire. En 1877 et 1878, il publie sans grand succès trois poèmes de jeunesse décevants: Den Gaadefulde (L'Homme secret), Bjorger et Gjensyn (Retrouvailles). Il tente de faire publier un roman, Frida, par l'éditeur Gyldendal de Copenhague mais son manuscrit est refusé. Le jeune écrivain décide alors d'aller voir ailleurs. Pendant plus de dix ans, il multiplie les voyages, notamment aux Etats-Unis (en 1882-84 et 1886-88) et en France (1884-85), ainsi que les emplois: docker, terrassier, marin, colporteur, ouvrier agricole, livreur, cantonnier, receveur de tramway, précepteur, journaliste, etc, tout en continuant à écrire.

A l'automne 1888, il publie anonymement dans le magazine danois Ny jord (Terre nouvelle) un récit semi-autobiographique d'une grande finesse psychologique intitulé Sult (La Faim). La nouvelle relate les déboires d'un auteur solitaire et famélique errant dans les rues de Christiania (aujourd'hui Oslo). Refusant toute contrainte matérielle, le narrateur provoque lui-même sa misère et son désespoir afin de pouvoir écrire, s'inventer d'autres destinées, d'autres identités. La Faim est publiée en 1890 sous forme d'un livre qui connaît aussitôt un immense succès. Bientôt traduit en allemand et en russe, ce récit opposé au genre réaliste alors en vogue (Émile Zola en France, Henrik Ibsen en Norvège, August Strindberg en Suède,...) signe le véritable début de la carrière littéraire de Knut Hamsun. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des chef-d'oeuvres de la littérature européenne du XXe siècle. En 1890 également, Knut Hamsun publie deux essais: l'un de psychologie, De la vie inconsciente de l'âme, l'autre socio-politique, La Vie intellectuelle de l'Amérique contemporaine. Suivront un texte satirique, Le Rédacteur Lynge (1893), et surtout plusieurs romans dont entre autres Mystères (1892), Pan (1894) et Victoria (1898) qui lui apporteront définitivement la gloire. Knut Hamsun fascine alors par la maîtrise de son style et sa capacité à décrire les tourments de personnages hors du commun, généralement des "vagabonds par essence" comme il le précisera lui-même dans l'une de ses futures conférences. Il s'essaie aussi, mais avec moins de succès, à l'art dramatique, notamment à travers la pièce de théâtre Le Jeu de la Vie (1896) fortement influencée par la lecture de Nietzsche.

Au début du XXe siècle, après un séjour en Finlande, Knut Hamsun délaisse quelque peu la psychologie. Son oeuvre investit désormais un vaste champ social et historique tout en continuant à célébrer la nature et le vagabondage comme expérience existentielle. Il voyage en Perse, en Turquie et en Russie (Au pays des contes, 1903), publie un recueil de poèmes, Le Choeur sauvage (1904) et plusieurs romans et recueils de nouvelles: Rêveurs (1905), Sous l'Étoile d'automne (1906), Benoni (1908), Rosa (1908), Un Vagabond joue en sourdine (1909),... En 1907, il déclenche une vive polémique en prononçant une conférence intitulée Honneur aux jeunes (publiée en 1912 dans le magazine Politiken) où il affirme que la jeunesse ne doit aucun respect aux parents et aux personnes âgées.

Côté vie sentimentale, Knut Hamsun a épousé en 1896 Bergliot Bech, dont il a une fille baptisée Victoria (comme le roman). Il divorce en 1906 puis se remarie en 1909, à l'âge de 50 ans, avec la jeune actrice Marie Andersen (26 ans) qui restera sa compagne jusqu'à la fin de sa vie. Ils vivront ensemble avec leurs enfants, d'abord à Hamaroy où il achète plusieurs fermes, puis à Larvik, dans le sud du pays.

Knut Hamsun continue de publier: La dernière joie (1912), Enfants de ce temps (1913), Le Village de Segelfoss (1915) et surtout Les Fruits de la Terre (traduit aussi sous le titre L'Eveil de la glèbe, 1917), où il associe son passé vagabond à son retour à la terre à travers le personnage du paysan Isak, conjuguant dans une même dialectique individualité et communauté. Comme dans la plupart de ses autres livres de l'époque, il y clame son aversion pour le mercantilisme et la violence de la civilisation urbaine contemporaine. L'oeuvre n'est pas sans résonnances avec celle d'un Herman Hesse ou d'un Jean Giono et lui vaut le Prix Nobel de littérature 1920. Ses livres suivants, dont notamment Femmes à la fontaine (1920), Vagabonds (1927), August (1930) et La vie continue (1933), sont traduits dans le monde entier et connaissent des tirages considérables. En 1929, pour son 70e anniversaire, la fine fleur de la République des Lettres — de Thomas Mann à André Gide en passant entre autres par Maxime Gorki, Bertolt Brecht, John Galsworthy ou encore H.G. Wells — lui dédie un livre d'or.

Par élistisme nietzschéen, par anti-américanisme, par pangermanisme, mais sans antisémitisme, Knut Hamsun soutient l'Allemagne hitlérienne lorsqu'éclate la Seconde Guerre Mondiale. À 80 ans, il adhère au parti du populiste Vidkun Quisling, le "Nasjonal Samling", équivalent norvégien du parti national-socialiste allemand. Il appelle publiquement ses compatriotes à lutter pour Berlin, rencontre Adolf Hitler et fait don de sa médaille du Prix Nobel à Joseph Goebbels, le chef des services de propagande nazie.

À la mort d'Adolf Hitler, il rédige même une nécrologie célébrant "un guerrier pour l'humanité, et un prophète de l'évangile de la justice pour toutes les nations". Cette collaboration avec le régime nazi détruit durablement sa réputation après-guerre. Il est emprisonné en 1945. Son procès est longtemps reporté. Afin de ne pas être obligées de le juger, les institutions norvégiennes décident de le considérer comme "personnalité aux facultés mentales affaiblies" mais il est néanmoins condamné en 1948 à une très forte amende de 325.000 couronnes. Ses droits d'auteur sont confisqués.

Il publie un dernier livre, Sur les sentiers où l'herbe repousse (1949), qui n'a rien de l'oeuvre d'un homme sénile. Il y fustige avec ironie les milieux judiciaires et psychiatriques et relate le traitement qu'il a subi, ballotté d'hospice en hospice: "Un, deux, trois, quatre - je reste ainsi assis à noter et rédiger de petits morceaux pour moi-même. Pour rien, juste par habitude. Je distille des mots prudents. Je suis un robinet qui goutte, un, deux, trois, quatre".

Knut Hamsun décède le 19 février 1952 dans sa ferme de Norholm, près de Grimstad, à l'âge de 92 ans. Les Norvégiens entretiennent encore avec leur grand écrivain déchu — il est l'un des trois seuls Prix Nobel de Littérature du pays avec Bjornstjerne Bjornson et Sindgrid Undset — une relation d'amour-haine, ne lui pardonnant pas ses positions favorables au IIIe Reich. Seul un début de reconnaissance commence aujourd'hui à se faire jour, la Banque centrale de Norvège ayant décider d'éditer en 2009, à l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance, une pièce de monnaie commémorative. Mais l'écrivain vit sans doute plus à travers ses oeuvres que redécouvrent actuellement les jeunes générations.

De nombreux auteurs vouent à Knut Hamsun une admiration sans bornes. Parmi eux citons Isaac Bashevis Singer qui dans une préface à La Faim considère que "Toute la littérature moderne prend sa source chez Hamsun", ou encore Henry Miller dans une préface à Mystères: "L'amertume, la folie, la haine, le mépris, les dénigrements qui se donnent libre cours dans Mystères ne doivent pas nous faire oublier que Knut Hamsun était d'abord et avant tout un amoureux de la nature, un solitaire, un poète du désespoir. Il est capable de nous faire rire aux moments les plus inattendus — parfois même au beau milieu d'une scène d'amour passionnée — et pas toujours pour de bonnes raisons. Il peut, en un clin d'oeil, retourner une situation. De fait, il paraît souvent vouloir se libérer, s'extraire de sa propre peau. Mais si incisif que soit son humour, si mordantes que soient ses récriminations, cela ne nous empêche pas d'avoir le sentiment, la certitude, que c'est là un homme qui aime, un homme qui aime l'amour, et qui est condamné à ne jamais rencontrer une âme accordée à la sienne. Hamsun est vraiment ce qu'on pourrait appeler un aristocrate de l'esprit."

Knut Hamsun
La Faim
Pan