Ugo Foscolo
Ugo Foscolo
Biographie : Vie et oeuvre de Ugo Foscolo.

Écrivain italien, Ugo Foscolo est né le 6 février 1778 dans l'île de Zante (Grèce), de Diamantina Spathis et Andrea Foscolo (chirurgien sur un vaisseau et, à partir de 1784, directeur de l'hôpital de Split, en Yougoslavie, où il mourut en 1788).

Il quitta définitivement son pays d'origine, et avec ses cadets, Rubina, Gian Dionigi et Giulio, prit le chemin de Venise où il rejoignit sa mère en 1794. Cette ville animée par une vie intellectuelle intense, ouverte aux nouveautés, offrant mille occasions insoupçonnées, dut immédiatement être perçue par l'adolescent comme sa véritable patrie. Venise, donc, lui offrit très vite de quoi satisfaire sa curiosité et exalter son enthousiasme (surtout avec les tragédies de Vittorio Alfieri et la littérature française), ainsi que le succès en amour, avec l'admirable Isabella Teotochi qui venait de quitter son premier mari Marin et n'avait point encore épousé Albrizzi. La "sage" comtesse aimait à s'entourer d'hommes de lettres; le poète lppolito Pindemonte l'appela Ternira, comme l'héroïne du Temple de Gnide, et c'est sous ce nom que Foscolo parlera d'elle quelques années plus tard dans des souvenirs restés à l'état d'ébauche et connus sous le titre de Sixième tome du Moi.

C'est alors que commença l'époque des succès littéraires, avec un bref poème, La Justice et la Piété, en l'honneur d'un "régent" de Chioggia, puis avec la tragédie Thyeste, représentée au théâtre S. Angelo en janvier 1797, et reprise huit fois devant un public enthousiaste. La facilité avec laquelle le jeune poète assimilait et exprimait les aspirations de son temps, le désir de liberté qui hantait les esprits, contribuèrent beaucoup à lui assurer ces petits triomphes, et expliquent le succès que remporta l'ode À Bonaparte libérateur, publiée en mai 1797 par les soins de la ville de Bologne où Foscolo, qui se donnait des allures de jacobin, s'était réfugié pour éviter les représailles possibles de l'Inquisition vénitienne dont les jours étaient comptés.

Une sorte de programme établi dans le courant de 1796, intitulé Plan d'études, témoigne des préoccupations politiques de l'auteur qui ne s'en tenait pas qu'à la littérature. Le sentiment qu'il avait de lui-même et de son indépendance semblait malheureusement incompatible avec les circonstances: la chute de la République de Saint-Marc se produisit pendant l'été de 1797, et Foscolo rentra à Venise pour prendre les fonctions de secrétaire de la municipalité.

Il recommença d'exhorter ses compatriotes en publiant une ode véhémente, Aux nouveaux républicains, dirigée contre la tyrannie, et composée alors même que Napoléon Bonaparte ratifiait à Campo-Formio la cession de Venise à l'Autriche. Cet acte, qu'il tint pour la trahison la plus noire, contraignit ce jacobin qui n'avait pas encore vingt ans à chercher refuge à Milan. Il demanda vainement à remplir une charge publique et à faire partie "des écrivains nationaux, ou des gardes de la bibliothèque publique". On lui permit de rédiger des comptes rendus sur les séances que tenait l'assemblée législative, pour le compte du Monitore Italiano, qui devait cesser de paraître quelques mois plus tard.

À Venise, Ugo Foscolo avait fait la connaissance de Vincenzo Monti qu'il défendit chaleureusement dans un Examen des accusations portées contre le compositeur de la Bassvilliana. Il s'éprit du même coup de la belle Teresa Pikler, femme de Monti, mais elle le rejeta et il faillit se suicider.

Ce fut peut-être pour échapper à ses souvenirs qu'il se rendit à Bologne pendant l'été 1798; là il obtint un petit emploi au tribunal, collabora au Monitore Bolognese et au Genio Democratico, et publia enfin une œuvre de plus grande envergure, pleine de songes et de mélancolie, de cette sensibilité un peu morbide qui avait fait la fortune des plus célèbres romans du siècle, œuvre dans laquelle l'auteur montre combien passionnément il s'intéressait au sort de l'Italie: Les Dernières Lettres de Jacopo Ortis. Mais cette entreprise fut interrompue par l'invasion austro-russe; l'éditeur chargea un certain Angelo Sassoli d'achever l'ouvrage; Sassoli en trahit l'esprit, le ramenant au conformisme le plus plat. L'auteur, occupé par d'autres affaires, ignora assez longtemps le sort réservé à ce roman épistolaire qu'il dénoncera comme apocryphe en 1801. L'édition des Dernières Lettres de Jacopo Ortis connaîtra par la suite plusieurs remaniements et ajouts de l'auteur, notamment en 1802 chez les éditeurs milanais Mainardi puis Genio Tipographico, en 1816 chez l'éditeur zurichois Orell et Fussli, jusqu'à l'édition définitive anglaise en 1817. Pour l'heure, officier dans l'armée cisalpine, Foscolo se trouva à la bataille de Cento où il fut blessé; puis il fut envoyé à Trebbia, à Novi, à Gênes (pendant le siège), avant d'avoir enfin quelque répit qu'il consacra à son activité littéraire. L'infortune d'une belle dame lui inspira la première de ses Odes, si parfaites, si aériennes: A Luigia Pallavicini tombée de cheval. Après les faits d'armes du fort des "Due fratelli" et de la "Colle della Coronata", dans lesquels il se distingua et fut de nouveau blessé, il suivit l'état-major du général Pino en Toscane.

Ce fut la première rencontre de Foscolo avec un pays qui devait prendre place dans son monde poétique, tout comme Zante et Venise, monde où régnaient la beauté classique et la grâce; ce fut là également qu'il découvrit l'image de la femme parfaite, en la personne d'Isabella Roncioni, blonde créature destinée à un autre, et dont il parla dans la version remaniée des Dernières lettres de Jacopo Ortis. Là, il fut pris d'une passion orageuse pour Antonietta Fagnani, personnage qu'il évoque dans la seconde des Odes, À l'amie rétablie, et qui lui inspire des lettres frémissantes. Dans cette période qui fait suite à une longue et incessante errance, il entreprit différents ouvrages: tout d'abord, un roman autobiographique, où il est question de Ternira, roman laissé à l'état d'ébauche; un discours écrit pour le congrès de Lyon (où devait se décider le sort de la République cisalpine); les huit Sonnets publiés en 1802; un commentaire de la Chevelure de Bérénice, où l'auteur ne laissait pas de railler plus ou moins ouvertement la pure érudition philologique.

Certains embarras d'argent contraignirent Foscolo à suivre, en 1804, une division italienne destinée à l'armée de l'Océan, c'est-à-dire à un hypothétique débarquement en Grande-Bretagne. Pendant qu'il était en garnison dans le nord de la France, il se prit à étudier l'anglais, puis à traduire le Voyage sentimental en France et en Italie de Laurence Sterne, qu'il avait senti, à travers les traductions déjà existantes, particulièrement proche de sa propre sensibilité. Il connut alors une jeune Anglaise, Fanny Emerit, dont il eut un enfant.

En mars 1806,il put enfin retourner à Milan. En réaction à une mesure prise par le gouvernement, naquit, l'année suivante, le plus beau et le plus puissant de ses poèmes: Les Tombeaux.

Au début de 1809, on lui attribua la chaire d'éloquence à l'université de Pavie; cette situation nouvelle et stable semblait digne de lui; le discours d'entrée à l'université qu'il composa alors, De l'origine et des fonctions de la littérature, en témoigne suffisamment, tout comme les leçons qui suivirent. Mais cette chaire lui fut subitement enlevée; cette déception ne vint pas seule; son mariage manqué avec Franceschina Giovo, sa querelle avec Monti, offensé par des articles publiés inconsidérément dans les journaux, des polémiques toujours plus âpres, l'échec de l'Ajax furent autant de déboires qui incitèrent l'écrivain à quitter Milan et à gagner, en août 1812, Florence où il mit la dernière main à sa traduction du Voyage sentimental, publiée en juillet 1813, avec la Notice sur Didimo Chierico. Puis il travailla à une troisième tragédie, qui n'eut pas plus de succès que les précédentes, la Ricciarda, et écrivit Les Grâces, où il tentait d'exprimer encore plus nettement son idéal poétique.

La chute de Napoléon eut lieu alors que Foscolo se trouvait à Milan qu'il avait regagné en novembre 1813, un mois après la bataille de Leipzig; il s'était efforcé d'ailleurs de s'engager à nouveau. Le nouveau gouvernement autrichien sembla adopter une attitude bienveillante envers cet homme qui s'était montré un si farouche adversaire de Napoléon et ses adulateurs, et lui offrit par l'intermédiaire du maréchal Bellegarde la direction d'une revue littéraire; mais les considérations d'ordre matériel (il avait notamment à sa charge sa mère et sa sœur) ne purent prévaloir sur son aversion à l'égard de toute domination étrangère; il se ressouvenait trop d'avoir été le disciple d'Alfieri, et il abhorrait les formes de la tyrannie, quelles qu'elles fussent.

À la fin de mars 1815, et peu avant de prêter serment comme il aurait dû le faire, Foscolo résolut de quitter Milan pour la Suisse. Il s'arrêta quelque temps à Zurich où il travailla à sa nouvelle édition des Dernières lettres de Jacopo Ortis, écrivit une amère satire en style biblique, qu'il signa du nom de Didimo Chierico: l'Ipercalisse, ainsi que des Discours inspirés par les derniers événements et intitulés De la servitude de l'Italie.

En septembre 1816, Foscolo passa de Suisse en Angleterre, où la fortune dont jouissait alors la littérature italienne pouvait lui faire espérer des conditions de vie meilleures. Au cours de ce séjour, il ne revient qu'épisodiquement à la polémique politique, avec la Lettre apologétique restée inachevée, et le Récit des changements et de la cession de Parga (1824) où il traite d'un triste épisode qui marqua alors l'histoire de la Grèce, terre natale et idéal refuge. Les Lettres écrites d'Angleterre, plus généralement connues sous le titre de Petite gazette du beau monde, restèrent elles aussi inachevées.

Il revint à sa vocation de critique avec quatre Essais sur Pétrarque, publiés dans une édition magnifique en 1821, et un commentaire sur La Divine Comédie dont il ne parut, en 1825, qu'une première partie intitulée Discours sur le texte de la poésie de Dante. Il donna également un Discours historique sur le texte du Décaméron publié au cours de cette même année, et les six Discours sur la langue italienne, qui parurent après sa mort.

Mais les multiples occasions qui s'offrirent à lui en Angleterre, pays alors singulièrement attentif à la culture et aux problèmes politiques du continent, contribuèrent à lui faire perdre la notion des réalités, de sorte qu'il s'embarqua dans des aventures financières ruineuses. Lorsqu'il retrouva sa fille naturelle, Floriana, en 1822, il était dans une situation désastreuse. Mais il trouva quelque réconfort dans l'affection que lui portait la jeune fille, et la maladie, qui devait entraîner sa mort, l'affecta grâce à elle moins cruellement.

Ugo Foscolo est mort à Turnham Green, près de Londres, le 10 septembre 1827, à l'âge de 49 ans.