Henri Focillon
Henri Focillon
Biographie : Vie et oeuvre de Henri Focillon.

Historien et critique d'art français, Henri Focillon est né le 7 septembre 1881 à Dijon. Fils du graveur Victor-Louis Focillon, ami entre autres de Claude Monet et d'Auguste Rodin, il suit d'abord des études de Lettres classiques à la Sorbonne puis entre en 1901 à l'École Normale Supérieure. Il commence à s'intéresser à l'histoire de l'art et s'engage également en politique en adhèrant la même année au Parti Socialiste. Il passe son agrégation de lettres en 1906, séjourne à Rome où il prépare une thèse de doctorat sur Piranèse, et collabore au journal socialiste Le Démocrate. Il enseigne ensuite l'histoire de l'art pendant plusieurs années dans les écoles d'art de Bourges et de Chartres tout en poursuivant son activité politique dans L'Emancipateur, le journal socialiste du Berry.

En 1913, Henri Focillon est chargé du cours d'histoire de l'art moderne à la Faculté des Lettres de l'Université de Lyon. Il est également nommé conservateur du Musée des Beaux-Arts de la ville, poste qu'il occupera une dizaine d'années dans un contexte marqué par la Première Guerre mondiale. En 1918, il soutient à la Sorbonne sa thèse sur Giovanni-Battista Piranèse, publiée la même année, et obtient la Chaire d'histoire de l'art à l'université de Lyon en remplacement d'Emile Bertaux. Il reçoit plusieurs décorations honorifiques, dont l'Ordre impérial du Trésor sacré du Japon et l'Ordre de la Couronne de Belgique, qui témoignent du caractère international de ses activités. Il publie toujours des articles politiques, notamment dans le journal socialiste parisien La France libre.

Le jeune maître consacre des essais aux arts asiatiques: L'Art bouddhique (1921), Hokusaï (1924), à la peinture européenne: Raphaël (1926), Histoire de la peinture en Europe au XIXe et au XXe siècle (1928) et à la gravure: Technique et Sentiment (1919), Maîtres de l'estampe, les peintres graveurs (1930).

Mais sa nomination comme professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne, où il succède à Émile Mâle en 1924, ouvre dans sa vie une nouvelle carrière de médiéviste où il s'impose et renouvelle l'approche de l'art médiéval avec L'Art des sculpteurs romans (1931), Art d'Occident, le Moyen âge roman et gothique (publié en 1938, un an après sa titularisation à la Chaire d'esthétique et d'histoire de l'art au Collège de France) et Peintures romanes des églises de France (1938). Deux livres posthumes, Moyen Âge, Survivances et Réveils (1943) et L'An mil (1952), contribueront également, après la Seconde Guerre mondiale, à diffuser sa vision du Moyen Age.

Cet excellent professeur, aux dons d'orateur et de pédagogue hors pair, qui forme dans les années '30 toute une génération d'historiens de l'art, sait aussi s'élever aux lois de la création esthétique. Il développe une interprétation personnelle et non schématique de la "pure visibilité" avec un essai de méthodologie et de doctrine qui reste aujourd'hui son oeuvre principale: La Vie des formes, publié en 1934. Dans cet ouvrage majeur, proche de la pensée d'Henri Bergson, il synthétise sur un ton philosophique et poétique ses travaux consacrés aux lois de composition de l'art médiéval et interroge la notion de style qu'il décompose en quatre états: "expérimental", "classique", "de raffinement" et "baroque"..

En 1939, Henri Focillon est nommé membre de l'Académie royale des sciences d'Amsterdam. Il s'exile volontairement aux Etats-Unis où il enseigne déjà comme professeur invité à l'Université de Yale depuis 1937. En juin 1940, il se prononce ouvertement contre l'armistice et en faveur de la France libre. En 1941, il devient Directeur de l'École libre des hautes Études de New York et prononce de nombreux discours radio sur la BBC invitant à la résistance. L'année suivante, le gouvernement de Vichy le raye de la liste des professeurs du Collège de France.

Henri Focillon meurt à New Haven (Connecticut, Etats-Unis) le 3 mars 1943, à l'âge de 62 ans.