Balzac

Balzac

Romancier français, Honoré de Balzac est né à Tours le 20 mai 1799.

Sa famille paternelle était originaire du Tarn, et son nom véritable était Balssa; sa mère, née Sallambier, appartenait à une famille de la bourgeoisie parisienne. Le père, Bernard-François Balzac, tout jeune, était venu à pied de sa province méridionale; devenu clerc de procureur, puis plus tard secrétaire au Conseil du roi, il est mort en 1829. Honoré fut un enfant sans mère et en souffrit beaucoup: Laure Sallambier lui préféra toujours un frère dont la naissance était douteuse, fit élever Honoré loin d'elle, et, jusqu'à la mort de son fils, restée sa créancière, se montra d'une singulière âpreté.

De 1807 à 1813, pensionnaire au collège oratorien de Vendôme, Balzac ne revint pas une seule fois dans sa famille. Il a évoqué ces années de collège dans Louis Lambert. À partir de 1814, il poursuit ses études dans une pension à Paris, puis à la faculté de droit. Il fait un stage chez un avoué, Maître Guyonnet de Merville, qui servira de modèle au Derville de ses romans. Mais, appelé par la vocation littéraire et certain de son propre génie, il s'installe, à vingt ans, dans une mansarde rue Lesdiguières, et écrit, entre autres, un assez pitoyable Cromwell en vers.

Il prêtera à plusieurs de ses personnages ces débuts austères d'écrivain. En 1810, il habite chez ses parents à Villeparisis et y fait la connaissance d'une femme qui aura une influence décisive sur sa formation: Mme Laure de Berny, de vingt-deux ans son aînée, qui fut pour lui une mère, une maîtresse, et la plus généreuse des amies jusqu'à sa mort en 1836. Balzac l'avait surnommée "la Dilecta"; il la fit beaucoup souffrir, mais lui garda une profonde tendresse.

Honoré de Balzac a été à la fois un écrivain précoce et tardif. La première oeuvre signée de son nom, Les Chouans, ne parut qu'en 1829, suivie de près par La Physiologie du mariage (qui avait été composée et partiellement imprimée plusieurs années auparavant). Mais il avait gardé en portefeuille deux romans philosophiques, Sténie et Falthurne, écrits en 1820-1821 et publiés entre 1821 et 1826 sous divers pseudonymes (A. de Villerglé, Lord R'Hoone, Horace de Saint-Aubin), toute une série de romans faciles, historiques ou populaires, qu'il avait écrits seul ou avec la collaboration d'une équipe de fabricants de littérature: Les Deux Hector, Michel et Christine, L'Héritière de Birague, Jean-Louis ou la fille trouvée, Clotilde de Lusignan ou le Beau Juif, Le Vicaire des Ardennes, L'Excommunié, Argow le Pirate, Wann-Chlore, etc.

Dès 1822, dans une lettre à sa soeur Laure, il parlait d'un de ces ouvrages comme d'une "véritable cochonnerie littéraire". Il refusa toujours de les republier sous son nom, mais il est certain qu'à cette fabrication il se fit la main et qu'ainsi, quand fut venu le temps de son oeuvre véritable, il était entraîné à la technique romanesque.

Ce temps, pourtant, n'était pas encore arrivé. En 1825, Honoré de Balzac tenta d'assurer sa fortune par d'autres moyens: il s'improvisa éditeur, fonda une imprimerie (dans l'actuelle rue Visconti, en face de la maison de Racine), puis une fonderie de caractères (qui, reprise par les enfants de Mme de Berny, devint la célèbre fonderie Deberny). Ce furent autant d'échecs cuisants et de faillites, où Balzac compromit les ressources de sa famille, et celle de la Dilecta. Jusqu'à la fin de sa vie, il devait traîner le poids des énormes dettes contractées dans ces aventures commerciales.

Les Chouans, en 1829, ouvrent la période de quelque vingt ans au cours de laquelle Balzac composa, remania sans cesse, et publia environ quatre-vingt-cinq romans, longs ou brefs. Cette prodigieuse production littéraire, qui semblerait dépasser les forces d'un seul homme, ne l'empêcha pas de mener une vie mondaine très active, de faire de grands voyages, d'avoir des aventures amoureuses, de tenter sa chance (sans succès) dans la politique, et d'échafauder encore les plus extravagantes combinaisons financières.

L'écho rencontré par Les Chouans, et plus encore le bruit fait par La Physiologie du mariage lui avaient ouvert la porte des salons parisiens et des salles de rédaction. Lié avec la duchesse d'Abrantès, dont il rédigea en partie les Mémoires, reçu chez Mme Récamier, chez Sophie Gay, chez la princesse Bagration et le baron Gérard, il fréquentait aussi le milieu des demi-mondaines et des gens de théâtre. Il collaborait activement aux journaux d'Émile de Girardin, La Silhouette, La Mode, Le Voleur, et surtout à La Caricature, dont il fut le principal rédacteur.

Ses oeuvres se succèdent rapidement. Au début de 1830, Balzac publie les Scènes de la vie privée, recueil de six nouvelles: La Vendetta, Gobseck, Le Bal de Sceaux, La Maison du Chat-qui-pelote, Une double famille, La Paix du ménage, qui constituent la première cellule de La Comédie humaine et qui, du jour au lendemain, font de lui un romancier célèbre.

Dès lors, s'il rencontre la résistance de la critique et des censeurs patentés, il est lu par toutes les femmes et par un public croissant. La Peau de chagrin, en 1831, confirme sa célébrité et, tout en composant les ouvrages plus difficiles qui entreront plus tard dans les Études philosophiques, Balzac est un peu grisé par sa gloire. C'est l'époque de son dandysme: tilbury et chevaux, domestiques en livrée, cannes à pommeau d'argent ciselé (en attendant le pommeau d'or serti de turquoises), loge personnelle à l'Opéra. La folie de l'ameublement, qui lui coûtera si cher, apparaît dans son appartement de la rue Cassini, qu'il fait installer somptueusement. Il travaille la nuit, revêtu de son fameux froc blanc en cachemire, la cafetière de porcelaine toujours à portée de la main. Il commence les Contes drôlatiques, où il s'amuse à écrire la langue du XVIe siècle. Et, libéral teinté de saint-simonisme jusque-là, il se rallie au parti légitimiste, devient le défenseur du trône et de l'autel.

Il s'est épris depuis peu de la marquise de Castries, qui se joue de lui, le traîne à sa remorque à Aix-les-Bains et à Genève en 1832, puis l'abandonne sèchement. Il s'en vengera en écrivant La Duchesse de Langeais (1833). Datent de la même époque, entre autres, Le Curé de Tours, Le Colonel Chabert, Ferragus, La Fille aux yeux d'or, Le Médecin de campagne, Eugénie Grandet, c'est-à-dire des ouvrages très divers évoquant les milieux aristocratiques et petits-bourgeois de Paris et de province, développant des thèses politiques et sociales, compliquant à plaisir les intrigues les plus romanesques et cédant parfois au goût des conspirations et des influences occultes.

Cependant, à la fin de 1832, Balzac a reçu une lettre anonyme lui exprimant l'admiration éperdue d'une femme. Il arrivera à découvrir l'identité de celle qu'il devait appeler "L'Étrangère": la comtesse polonaise Eveline Hanska, avec qui s'engage une longue correspondance et qui ne deviendra qu'en 1850 Mme Honoré de Balzac. Il la rencontre une première fois, avec son mari, M. Hanski, en Suisse, à Neuchâtel, en septembre 1833, puis passe quelques semaines avec elle à Genève au début de l'année 1834. Cela n'empêchera pas Balzac de reprendre à Paris sa vie mondaine et de nouer, cette même année 1834, une liaison durable avec la comtesse Guidoboni-Visconti, née Sarah Lovell. Il achève Séraphita et Le Père Goriot, inaugurant dans ce dernier livre — écrit en seulement trois jours et trois nuits chez ses amis Margonne, au château de Saché --, son système des personnages reparaissant de roman en roman, mais sans concevoir encore le plan d'ensemble de La Comédie humaine.

Tout en conservant son appartement de la rue Cassini, Balzac en a fait aménager un second, secret, rue des Batailles, à Chaillot. En mai 1835, il est à Vienne auprès de Mme Hanska et, au début de 1836, fait, pour défendre les intérêts des Guidoboni-Visconti dans une affaire d'héritage, un voyage en Italie où l'accompagne la jeune Mme Caroline Marbouty, déguisée en page. Il publie Le Lys dans la vallée et fonde une revue, La Chronique de Paris, qui va lui coûter cher.

Sa situation financière se complique, il est poursuivi par son éditeur, Werdet, et doit vivre caché pour éviter la contrainte par corps. Mais il n'en achète pas moins la villa des Jardies, près de Ville-d'Avray, qu'il fait rebâtir et installer magnifiquement en 1837. Au cours d'un nouveau voyage en Italie, il a rencontré Manzoni. Au début de 1838, le voici en Sardaigne, à la recherche des mines d'argent de l'Antiquité, qu'il a projeté de remettre en exploitation. Paraissent César Birotteau, La Vieille Fille, le début des Illusions perdues, la première partie de Splendeurs et misères des courtisanes (ces deux romans majeurs ne seront achevés respectivement qu'en 1843 et 1847), un peu plus tard Beatrix et Le Curé de village. Un drame, Vautrin, échoue en 1840 à la Porte-Saint-Martin. Quelque temps auparavant, Balzac a tenté, à Bourg-en-Bresse, de sauver la tête d'un condamné à mort, l'assassin Peytel, qu'il avait connu dans les milieux du journalisme parisien.

Cependant, il a fondé à nouveau une revue, la Revue parisienne, qu'il rédige à lui seul et qui ne dépassera pas le troisième numéro; il y publie deux articles restés célèbres: la critique féroce du Port-Royal de Sainte-Beuve, et l'éloge de La Chartreuse de Parme de Stendhal. Contraint de vendre sa propriété des Jardies, il s'installe à Passy, rue Basse. À la fin de 1841, il met sur pied le vaste plan de La Comédie humaine et signe un traité avec quatre éditeurs associés pour soutenir l'entreprise. Il rédige le programme ou Avant-Propos qui figurera en tête du premier volume, et qui est la proclamation de ses ambitions littéraires, la charte de son empire personnel. Les romans les plus importants de cette période sont Ursule Mirouet, Un ménage de garçon, Albert Savarus, Honorine, Modeste Mignon.

M. Hanski est mort à la fin de 1841. Mais c'est deux ans plus tard seulement que Balzac peut faire le voyage à Saint-Pétersbourg, où il revoit "L'Étrangère", et revenir en visitant les villes d'Allemagne. Désormais, il a une idée fixe: épouser Mme Hanska. Et il redouble de travail pour lui assurer une existence digne d'elle, tout en faisant appel en plus d'une circonstance à la fortune de l'amie lointaine. Il la rejoint en 1845 à Dresde, l'emmène en Italie, puis à Paris, en Hollande, en Belgique. Sa servante-maîtresse, Louise Breugnot, dite Mme de Brugnol, fait main basse sur les lettres de l'Étrangère et menace Balzac d'un chantage. En 1846, Mme Hanska accouche à Dresde d'un fils mort-né, Victor-Honoré. C'est pour Balzac un coup terrible, dont il ne se relèvera pas.

Il a acquis en 1846 une maison rue Fortunée (actuelle rue Balzac), qu'il installe à grands frais pour y recevoir Mme Hanska, et se ruine chez les antiquaires. La Cousine Bette et Le Cousin Pons sont achevés et publiés en 1846-1847. Ce sont les dernières grandes oeuvres. À partir de cette date, Balzac, malade, épuisé, sent ses facultés créatrices décroître. Il n'en échafaude que plus de projets de romans, et de plus en plus vastes, mais n'en termine aucun. De septembre 1847 à février 1848, il séjourne en Ukraine, à Wierzchownia, chez Mme Hanska, dont la famille essaye d'empêcher le mariage avec Balzac. Elle-même semble hésiter, effrayée par le gaspillage balzacien. Nouveau séjour ukrainien à la fin de l'année 1848. Balzac échoue aux élections législatives et, par deux fois, à l'Académie, où il n'obtient que les voix de Lamartine et de Victor Hugo. Sa santé décline rapidement.

Au début de 1850, il n'en part pas moins pour Kiev, où il retrouve Mme Hanska, sa fille et son gendre. Le 14 mars, à Berditcheff, il épouse son amie, et au mois de mai suivant M. et Mme Honoré de Balzac reprennent le chemin de Paris, à petites étapes, parce que la santé de l'écrivain exige des précautions. Lorsque, le 21 mai, ils arrivent rue Fortunée, où Balzac avait tout fait préparer pour leur entrée dans la maison du bonheur, personne ne répond à leurs coups de sonnette. Le gardien chargé de les recevoir avait perdu la raison et se cachait, prostré, dans un coin de la demeure illuminée ! Balzac ne manqua pas de voir là un funeste présage. À peine arrivé, il est forcé de s'aliter, pour ne plus se relever.

En juillet, ses souffrances deviennent atroces. Au début d'août, les étouffements commencent. Il entre en agonie le 18. Ce jour-là, Victor Hugo est venu le voir, et il a raconté cette dernière visite dans Choses vues. Mme de Balzac se tenait loin de la chambre du moribond. Balzac meurt le 18 août 1850. L'enterrement eut lieu le 21 août, après un office à l'église Saint-Philippe-du-Roule, au cimetierre du Père Lachaise, ce haut-lieu de l'oeuvre balzacienne, d'où le jeune Rastignac avait jeté son défi à Paris: "À nous deux maintenant", où gisaient Esther Gobseck, Lucien de Rubempré, tant d'autres personnages. Victor Hugo prononça l'éloge funèbre du romancier.